Qatargate : les réformes doivent être approfondies, selon les experts
Des experts dans le domaine de la transparence ont exhorté les eurodéputés à faire pression en faveur de réformes internes plus strictes à la suite du scandale du Qatargate. Ils ont en outre souligné que le Qatar n’était pas le seul État à pratiquer la « diplomatie du chéquier ».
Des experts dans le domaine de la transparence ont exhorté les eurodéputés à faire pression en faveur de réformes internes plus strictes à la suite du scandale du Qatargate. Ils ont en outre souligné que le Qatar n’était pas le seul État à pratiquer la « diplomatie du chéquier ».
S’exprimant lors d’une audition de la commission spéciale du Parlement européen sur l’ingérence étrangère (INGE), jeudi (26 janvier), Christian Chesnot, journaliste à Radio France et co-auteur des « Qatar Papers », a déclaré ne pas être surpris par les allégations relatives au Qatargate. Il a également indiqué qu’un certain nombre de diplomates et de responsables politiques français ont été identifiés comme ayant demandé de l’argent et des cadeaux au Qatar dans les années 2010.
M. Chesnot a ajouté que d’autres pays, notamment le Maroc, pratiquaient également des formes de « diplomatie du chéquier ».
Dans le sillage du scandale de corruption du Qatargate — qui a secoué le Parlement et conduit à l’arrestation de plusieurs eurodéputés, dont l’ancienne vice-présidente Eva Kaili — un ensemble de réformes a été proposé par la présidente Roberta Metsola au début du mois afin de renforcer les contrôles sur le lobbying au sein de l’institution.
Ces réformes comprennent l’interdiction des « groupes d’amitié » des eurodéputés, qui permettent à ces derniers d’entretenir des liens avec des pays tiers.
Elles prévoient également l’introduction de contrôles réguliers de tous les groupes de lobbying dans le registre de transparence (en leur demandant de vérifier leurs liens avec des pays tiers), de publier toutes les réunions avec des tiers liées à un rapport ou à une résolution du Parlement, et de déclarer tout voyage à l’étranger.
Nick Aiossa, directeur adjoint de Transparency International UE, a décrit les propositions rédigées par Mme Metsola comme « un pas dans la bonne direction », mais considère qu’elles ne vont pas assez loin.
Il a par ailleurs demandé l’introduction d’un enregistrement obligatoire pour les représentants des pays tiers et a souligné que les propositions de réforme de Mme Metsola n’offriraient pas de protection aux fonctionnaires du Parlement et aux collaborateurs des eurodéputés en cas de signalement.
Bien que les eurodéputés aient adopté la directive européenne relative à la protection des lanceurs d’alerte en 2019, les mesures de protection de la loi ne s’appliquent pas au personnel de l’UE, qui est en revanche couvert par le statut interne du personnel.
« Aucun des statuts du personnel des institutions européennes ne correspond aux protections prévues par la directive, et les statuts du Parlement européen sont les pires. Les assistants et le personnel du Parlement européen bénéficient de l’un des niveaux de protection les plus faibles de l’Union », a déclaré M. Aiossa, ajoutant que ce manque de protection pourrait en partie expliquer pourquoi le scandale n’a pas été signalé plus tôt.
Le scandale a également déclenché une vague de déclarations financières tardives de la part de certains eurodéputés, y compris de la part de Mme Metsola elle-même. Cette situation, associée à l’absence de régime de sanctions pour les infractions aux règles relatives aux déclarations financières, a mis en évidence une « culture de l’impunité qui s’est développée au cours de la dernière décennie ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]