Qatargate : malgré les accusations de Pier-Antonio Panzeri, Marc Tarabella se dit « serein »

Accusé par l’ancien eurodéputé Pier-Antonio Panzeri d’avoir été impliqué dans un système de corruption opérant au cœur du Parlement européen, l’eurodéputé belge Marc Tarabella a confié qu’il était « serein » et a de nouveau nié avoir reçu de l’argent ou des cadeaux du Qatar.

Euractiv.com
Qatar Corruption case in Belgium
L'eurodéputé belge Marc Tarabella, accusé par Pier-Antonio Panzeri d'être impliqué dans le Qatargate, en décembre dernier. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Accusé par l’ancien eurodéputé Pier-Antonio Panzeri (S&D) d’avoir été impliqué dans un système de corruption opérant au cœur du Parlement européen, l’eurodéputé belge Marc Tarabella (S&D) a confié mercredi à la télévision belge RTL qu’il était « serein » et a de nouveau nié avoir reçu de l’argent ou des cadeaux du Qatar.

Le 9 décembre dernier, les autorités belges ont lancé une vaste opération anticorruption, lors de laquelle quatre personnes ont été arrêtées, notamment l’ancien eurodéputé Pier-Antonio Panzeri, la vice-présidente du Parlement Eva Kaili (S&D) et son compagnon, Francesco Giorgi.

Le Qatar et le Maroc ont été cités par certains politiques et dans la presse comme étant derrière le réseau de corruption. Les deux États auraient offert des sommes d’argent et des cadeaux pour influencer les décisions politiques prises au Parlement.

Le 10 décembre, M. Panzeri, qui apparaît comme le « cerveau » du système mis en place, a accusé M. Tarabella — vice-président de la Délégation du Parlement pour les relations avec la péninsule arabique (DARP) — d’avoir reçu des « cadeaux » du Qatar.

Le lendemain, le domicile de l’eurodéputé belge avait été perquisitionné. Aucune somme d’argent n’avait été trouvée à son domicile, et il n’avait pas été arrêté ou même entendu. Depuis lors, le Belge n’a cessé de clamer son innocence, directement ou par l’intermédiaire de son avocat. Il avait tout de même été suspendu de son parti national, le Parti socialiste (PS, Wallonie), et s’était lui-même suspendu du groupe S&D au Parlement européen pour la durée de l’enquête.

Mardi (17 janvier), on apprenait dans la presse belge que, le 10 décembre, M. Panzeri avait également révélé aux enquêteurs belges qu’il avait remis 120 000 à 140 000 euros en espèces à M. Tarabella pour avoir pris « certaines positions » sur des dossiers liés au Qatar.

Interrogé par RTL sur cette accusation en particulier, M. Tarabella a déclaré qu’il ne souhaitait pas faire de commentaires pour le moment et qu’il préfère d’abord être entendu par les enquêteurs, à qui il « réserve la primeur des premières déclarations que je pourrai faire. »

Mardi, M. Panzeri a signé un « accord de repenti » et la justice a indiqué qu’il collaborerait avec les autorités en échange d’une « peine limitée ». Il est donc possible que de nouvelles preuves soient présentées à la justice, mais aussi que de nouveaux noms soient cités et, selon certains observateurs, que d’autres institutions soient impliquées.

Toutefois, l’avocat de M. Tarabella, Maxim Toller, avait expliqué mardi que les déclarations de M. Panzeri « doivent être remises en question d’autant plus qu’il s’exprime en échange de quelque chose ». La promesse du procureur d’alléger la peine de M. Panzeri dépend de la qualité des informations que ce dernier fournira à la justice.

Les accusations de M. Panzeri doivent donc encore être corroborées par d’autres éléments.

Levée d’immunité parlementaire

Après la levée de son immunité parlementaire, M. Tarabella sera entendu par la justice belge, ce qu’il attend depuis 5 semaines, indiquait-il à RTL hier. Plus tôt, il s’était déjà prononcé en faveur de cette levée d’immunité, affirmant qu’il ne souhaitait pas « se cacher derrière » celle-ci.

La procédure de levée d’immunité a été lancée lundi (16 janvier) en séance plénière du Parlement européen, et une décision est attendue pour le 13 février. La commission des affaires juridiques (JURI) sera chargée de rendre un avis et aura la possibilité d’entendre les deux eurodéputés à huis clos.

L’avocat de M. Tarabella a toutefois déjà annoncé que son client ne souhaite pas être entendu par la commission JURI, car il préfère garder ses explications pour les enquêteurs, indiquait Le Soir mardi.

Double exclusion du S&D et du PS

Le S&D souhaitait que M. Tarabella s’auto-exclue et devienne un membre non-inscrit du Parlement européen. En raison de son refus de le faire, le groupe parlementaire a décidé mercredi soir que le Belge devait être exclu du parti.

Le groupe a « décidé à l’unanimité d’exclure Marc Tarabella en tant que membre, conformément à l’article 2.6 de notre règlement intérieur », a déclaré le S&D dans un tweet accompagné d’une image sur laquelle on peut lire « Tolérance zéro pour la corruption ». Le tweet mentionne également le fait qu’Andrea Cozzolino — ancien président de la Délégation pour les relations avec les pays du Maghreb (DMAG), qui est également sous le coup d’une procédure de levée d’immunité — a décidé de s’exclure lui-même. Pendant la durée de l’enquête, les deux membres seront désormais non inscrits.

En concertation avec le groupe S&D, le parti national de M. Tarabella, le PS, a également décidé de son exclusion hier. Il sera toutefois réintégré si aucune preuve de corruption n’est apportée à l’issue de cette enquête.

Invité sur le plateau de la RTBF mercredi soir, Me Toller a souligné que son client était « exclu du S&D et du Parti socialiste sans jamais avoir été entendu », ce qu’il avait précédemment jugé « injuste ».

Selon lui, il faut « raison garder » et, « avant d’offrir de petites peines à certains inculpés », il faudrait peut-être « entendre M. Tarabella ».