Quel changement aux Pays-Bas ? Le suspense reste entier à la veille des législatives

Après un record de longévité de 13 ans à la tête du gouvernement néerlandais, Mark Rutte cèdera la place à un nouveau visage qui sera issu des élections législatives du 22 novembre, dont le résultat est incertain.

2023 House of Representatives elections posters in Amsterdam
Un tout nouveau parti, le Nouveau Contrat Social (NSC) fondé en août par le charismatique lanceur d'alerte et politicien iconoclaste Pieter Omtzigt, a rapidement grimpé dans les sondages. [Robin van Lonkhuijsen/EPA-EFE]

Après un record de longévité de 13 ans à la tête du gouvernement néerlandais, Mark Rutte cèdera la place à un nouveau visage qui sera issu des élections législatives du 22 novembre, dont le résultat est incertain.

Parmi les candidats, Dilan Yesilgoz, du parti de centre droit de Mark Rutte, pourrait devenir la première femme cheffe du gouvernement, selon les sondages qui la donne au coude à coude avec le nouveau parti de Pieter Omtzigt, une figure anticorruption.

« Quiconque prétend savoir qui va gagner cette élection ment », a déclaré à l’AFP la politologue Julia Wouters. Et les élections législatives devraient marquer le début d’une longue période de négociations pour former une coalition.

Juste derrière les deux favoris, figure, dans les sondages, l’ancien commissaire européen Frans Timmermans, qui mène une alliance des verts et sociaux-démocrates. Il est vu comme un homme de confiance doté de solides références en matière d’environnement après avoir défendu le Pacte Vert de l’UE.

Le PVV anti-islam de Geert Wilders compte également peser, d’autant que Mme Yesilgoz s’est dite ouverte à une éventuelle coalition avec le parti d’extrême droite.

Dilan Yesilgoz, 46 ans, a succédé à M. Rutte à la tête de la liste du parti de centre droit VVD. Née en Turquie, elle est arrivée aux Pays-Bas à huit ans en tant que demandeuse d’asile, mais ne cache pas ses ambitions de réduire l’immigration.

« Je sais ce que signifie rechercher la liberté et rechercher la sûreté et la sécurité », a-t-elle déclaré à l’AFP, en marge d’un rassemblement, estimant que l’afflux de demandeurs d’asile, de travailleurs et d’étudiants internationaux, est « bien trop élevé ».

Maitresse dans l’art des réseaux sociaux sur lesquels elle publie régulièrement des clichés de ses chiens, Mme Yesilgoz est aussi une habituée des talk-shows politiques néerlandais.

Mais les critiques pointent des difficultés à articuler des politiques claires, et à expliquer en quoi elle gouvernerait différemment de M. Rutte, qui a surmonté de nombreux scandales.

« Yesilgoz souligne qu’ils feront les choses différemment, sans entrer dans le détail des mesures clés », affirme à l’AFP Sarah de Lange, professeure de sciences politiques à l’université d’Amsterdam.

« Messie »

Un tout nouveau parti, le Nouveau Contrat Social (NSC) fondé en août par le charismatique lanceur d’alerte et politicien iconoclaste Pieter Omtzigt, a rapidement grimpé dans les sondages.

M. Omtzigt, un polyglotte âgé de 49 ans, semble avoir déclenché un séisme électoral avec sa promesse de rendre la politique néerlandaise digne de confiance. Il adopte également une position dure sur l’immigration.

« La façon dont nous faisons de la politique a conduit à de nombreuses crises sans apporter aucune solution », a déclaré son chef Pieter Omtzigt.

« Nous avons besoin d’un meilleur contrôle et pour y parvenir nous avons besoin de réformes, y compris d’une réforme de l’Etat néerlandais », a-t-il ajouté dans un entretien à l’AFP.

Mais il a régulièrement déclaré qu’il ne souhaitait pas devenir Premier ministre, et n’a pas donné d’autre candidat à la tête du gouvernement, soulevant de nombreuses interrogations chez les électeurs.

« Pour moi, savoir qui devient Premier ministre ou même ministre est secondaire », a-t-il déclaré, n’excluant pas de nommer à la tête du gouvernement quelqu’un qui ne figurerait même pas sur sa liste électorale.

Pour Mme Wouters, de nombreux Néerlandais voient M. Omtzigt comme « une sorte de messie ».

« Il est fondamentalement un héros national, mais beaucoup de gens ne savent pas ce qu’il représente réellement », tempère la politologue.

Honnête ?

Le Mouvement agriculteur-citoyen (BBB), surfant sur la colère d’agriculteurs contre des plans environnementaux, a lui récolté une victoire impressionnante lors d’élections en mars, devenant le plus gros parti au Sénat. Mais sa popularité semble s’essouffler.

« La question la plus importante pour de nombreux électeurs néerlandais à l’heure actuelle est la manière dont nous sommes gouvernés », selon Mme Wouters.

« Le gouvernement est-il honnête ? Est-il transparent ? Beaucoup de gens ont le sentiment qu’on leur a menti sous Mark Rutte ».

Les derniers jours de la campagne seront critiques, a souligné Tom Louwerse, professeur de sciences politiques à l’université de Leyde, soulignant que « 10 à 15 % des électeurs se décident seulement le jour du scrutin » et qu’environ « 30 % se décident quelques jours avant ».