Les socialistes européens confrontés à une crise d’identité

Réunis à Amsterdam, les dirigeants du Parti socialiste européen (PSE) tentent de redéfinir la ligne politique du centre-gauche européen, alors que le mouvement connaît un net recul dans l’Union européenne — il ne dirige plus que trois des 27 États membres du bloc.

EURACTIV.com
Stefan Löfven speaks during the Party of European
Stefan Löfven, président du Parti socialiste européen (PSE).

Le PSE, qui regroupe les partis sociaux-démocrates du continent, du Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD) allemand au Partito Democratico (PD) italien, en passant par le Labour britannique, se retrouve aujourd’hui confronté à des fractures internes profondes sur des sujets clés comme l’immigration, la défense ou les droits des personnes LGBT.

Des clivages régionaux persistants

Les partis du Sud plaident pour une approche plus humanitaire sur la migration, tandis que les formations nordiques privilégient des règles plus strictes. En Europe centrale, certains partis adoptent un ton plus conservateur : le Partidul Social Democrat (PSD) roumain envisage même de remplacer le terme « progressisme » dans son programme par des valeurs « nationales, religieuses et traditionnelles ».

Malgré ces divergences, les délégués voteront vendredi 17 octobre sur 14 résolutions communes, vues par Euractiv, parmi lesquelles on retrouve « Plus de féminisme = plus de démocratie » et « Pour une transition verte juste ».

Aucune, cependant, ne traite directement des sujets les plus sensibles, à savoir la migration, la défense et la compétitivité — des questions qui sont pourtant au cœur de la politique européenne. « C’est inquiétant », estime une source socialiste d’un pays nordique. « Nous ne pouvons pas aller à l’encontre de la direction que prennent les politiques de l’UE », a-t-elle expliqué à Euractiv.

Un porte-parole de la cheffe des Socialistes et Démocrates (S&D) au Parlement européen, Iraxte Garcia Pérez, relativise toutefois les tensions : « Ce n’est pas une question de division ; parfois, c’est une question de sensibilité d’un pays ».

Les pays nordiques sont des exceptions, poursuit le porte-parole. « Historiquement, le Danemark a eu une position particulière sur des sujets tels que la défense, Schengen et l’immigration. »

Une résolution rappelle que le PSE a rejeté par le passé toute pratique de l’UE visant à étendre les contrôles migratoires aux pays tiers, alors que cette pratique reste une pierre angulaire des politiques menées par le gouvernement danois, dirigé par la social-démocrate Mette Frederiksen (parti Socialdemokratiet).

Une ligne prudente sur la scène internationale

La politique étrangère s’annonce également comme un terrain miné.

Une première version des conclusions de la réunion évoquait au début du mois la nécessité de « rester unis » pour « contrer la voie dangereuse tracée par [Donald] Trump et ses alliés ». Mais dans la version finale, diffusée jeudi 16 octobre, au premier jour de la conférence (qui s’achève le 18 octobre), le nom du président américain a disparu, remplacé par un appel plus général à « lutter pour la paix, la démocratie et le progrès ».

Le PSE n’a pas répondu à notre demande de commentaire sur les raisons de ces changements.

Entre départs et nouvelles recrues

Sur le plan organisationnel, les délégués devraient renouveler la direction actuelle du PSE, confirmant l’ancien Premier ministre suédois Stefan Löfven à la présidence et l’Italien Giacomo Filibeck au poste de secrétaire général.

Le congrès d’Amsterdam a lieu quelques semaines avant les élections nationales aux Pays-Bas. Frans Timmermans (GroenLinks), ancien commissaire européen, devrait s’adresser à l’assemblée vendredi, en compagnie du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez (Partido Socialista Obrero Español, PSOE).

Frans Timmermans espère rejoindre le petit club des chefs de gouvernement affiliés au PSE, qui ne compte actuellement que Pedro Sánchez, la Danoise Mette Frederiksen et le Maltais Robert Abela (Partit Laburista). Ni Mette Frederiksen ni Robert Abela ne devraient être présents à Amsterdam.

Par ailleurs, aucun eurodéputé danois ne sera présent, la cheffe de la délégation Christel Schaldemose ayant annulé sa participation à la dernière minute, invoquant des affaires privées urgentes.

Le congrès actera aussi l’exclusion du parti slovaque SMER de Robert Fico, décidée le mois dernier, et l’arrivée de trois nouveaux membres : le Parti de la Liberté et de la Justice serbe (Stranka slobode i pravde), le parti kosovar Autodétermination (Vetëvendosje, LVV), et le parti français Place Publique, la formation de Raphaël Glucksmann, déjà affiliée au groupe S&D au Parlement européen.