Rachida Dati, la BCE et le député luxembourgeois

Habituellement discrète en tant que députée européenne, l’ex-ministre de la Justice sort du bois pour voler au secours des femmes, trop absentes à la BCE. "Votre appel n’est pas crédible", lui rétorque le député luxembourgeois Robert Goebbels.

EURACTIV.fr

Habituellement discrète en tant que députée européenne, l’ex-ministre de la Justice sort du bois pour voler au secours des femmes, trop absentes à la BCE. « Votre appel n’est pas crédible », lui rétorque le député luxembourgeois Robert Goebbels.

Depuis lundi, un problème de parité agite le Parlement européen. La commission des affaires économiques a refusé d’auditionner le candidat luxembourgeois Yves Mersch. 

«La désignation d’un sixième membre du directoire masculin sans avoir même présélectionné aucune femme ôterait toute crédibilité aux appels lancés par la BCE, la Commission et le Conseil européen à la modernisation de leurs économies», estiment les députés dans un communiqué

La nomination d’Yves Mersch porterait prolongerait l’absence de femme au directoire de la BCE jusqu’en 2018. 

La petite polémique a rebondi mardi 11 septembre. A 11h50, alors que les parlementaires sont réunis en session plénière à Strasbourg, la députée Rachida Dati (PPE) envoie un email à tous les assistants parlementaires. Dans cette correspondance, dont EURACTIV.fr a pris connaissance, la Française encourage les parlementaires à « refuser toute audition, bloquant ainsi toute nomination, afin de protester contre cette régression ». 

Selon Mme Dati, l’absence de femmes dans le processus de nomination des nouveaux membres de la BCE « est totalement contradictoire avec la volonté aujourd’hui en Europe, y compris à la Commission européenne, de légiférer en faveur d’un plus grand respect de la parité dans nos instances publiques et dans les entreprises ». 

Pour l’anecdote, Rachida Dati était absente de la réunion de la commission Econ lundi.

Pas crédible

Côté luxembourgeois, la réaction ne se fait pas attendre. A 13h, le député social-démocrate Robert Goebbels répond vertement à l’email de Rachida Dati. 

« Votre appel au sujet du processus de nomination de M. Mersch comme nouveau membre du Directoire de la BCE serait peut-être crédible, si vous aviez manifesté le même engagement pour la présence de femmes au sein de la BCE lorsqu’il s’agissait de nommer le représentant masculin français, proposé à l’époque par un Gouvernement français que vous avez soutenu », écrit le député. Ambiance. 

Formellement, les parlementaires n’ont pas leur mot à dire sur cette nomination, ils sont simplement consultés. Les États ont la main sur le choix des membres du conseil des gouverneurs. Pour le moment, le projet de nomination d’Yves Mersch est donc simplement retardé. 

Officiellement, le vote devait avoir lieu en commission le 13 septembre et en séance plénière le 23 octobre. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, le nom d’une femme circule pour remplacer le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke. Il s’agit de Janet Yellen, actuellement vice-présidente de la Fed.