Radicalisation en ligne des mineurs : la présidence espagnole du Conseil de l’UE met en garde

Étant donné la vulnérabilité des mineurs face aux manipulations par des organisations terroristes, davantage de mesures doivent être prises. C’est ce qu’il ressort d’un document de la présidence espagnole du Conseil consulté par Euractiv.

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Les terroristes sont plus susceptibles de « concevoir leurs stratégies de communication pour attirer des publics plus jeunes », comme le souligne le rapport 2022 de l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) sur la situation et les tendances en matière de terrorisme. [[Shutterstock/Kletr]]

Étant donné la vulnérabilité des mineurs face aux manipulations par des organisations terroristes, davantage de mesures sont nécessaires pour répondre rapidement à cette menace croissante. C’est ce qu’il ressort d’un document de la présidence espagnole du Conseil de l’UE daté du 10 octobre et consulté par Euractiv.

Le document, qui fait « l’état des lieux » et dresse la liste des « prochaines étapes » de la lutte contre la radicalisation en ligne des mineurs par des terroristes, a été envoyé au Comité des représentants permanents (COREPER) et au Conseil.

Selon ce document, les mineurs et les groupes terroristes sont de plus en plus présents en ligne. Les terroristes sont plus susceptibles de « concevoir leurs stratégies de communication pour attirer des publics plus jeunes », comme le souligne le rapport 2022 de l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) sur la situation et les tendances en matière de terrorisme.

La présidence espagnole estime qu’il est nécessaire d’avoir une compréhension précise et actualisée de la menace, d’impliquer les acteurs concernés et d’adopter les stratégies et les outils adéquats pour prévenir et répondre rapidement et efficacement à cette menace.

Radicalisation

Le document indique que même si les attentats terroristes ont diminué dans lUE au cours des dernières années, le niveau dimplication des mineurs, âgés de 13 à 17 ans, reste inchangé.

Par exemple, en juin 2022, un jeune de 16 ans a été arrêté « pour des liens avec des activités terroristes » en Espagne, pour avoir accédé à des vidéos et à des manuels d’entraînement, et avoir ensuite planifié de rejoindre des terroristes dans une zone de conflit.

Le document souligne qu’« il n’existe pas de profil unique du mineur radicalisé ». Cependant, les chiffres montrent que les garçons sont plus susceptibles d’être radicalisés (70 %) et que la moitié d’entre eux n’ont pas d’antécédents judiciaires. Les caractéristiques communes comprennent le manque de socialisation et d’autres problèmes psychologiques.

Contenus limites et réseaux sociaux

Il est indiqué dans le document que les contenus limites peuvent véhiculer les idéologies des terroristes « par un langage adouci et de l’humour », ou même via des mèmes. Ces éléments facilitent la radicalisation, comme l’a montré une étude du Forum de l’UE sur l’Internet (EUIF).

Ces contenus sont particulièrement dangereux car ils restent dans les limites de la légalité tout en étant dangereux.

Les contenus terroristes sont également diffusés sur les réseaux sociaux utilisés par les mineurs, tels que TikTok, ou même sur les plateformes de jeux en ligne, où l’on peut trouver de très jeunes enfants. Le secteur des jeux étant celui qui connaît la croissance la plus rapide au monde, « avec plus de 900 millions de joueurs ».

Bien que les plateformes de réseaux sociaux s’efforcent de modérer les contenus, cela peut s’avérer difficile car les acteurs tentent de contourner la modération. Ils peuvent également utiliser des sites plus petits ou des plateformes Internet alternatives qui ne disposent pas d’une modération du contenu aussi développée.

Les applications de messageries cryptées sont également utilisées pour partager des contenus limites, qui peuvent permettre de véhiculer des contenus extrémistes, poursuit le document.

Mesures préventives

La présidence espagnole du Conseil a reconnu « les efforts et les progrès significatifs » de la Commission et des États membres dans ce domaine, « qui ont considérablement renforcé la réponse de l’Union européenne à cette menace ».

Elle a salué le rôle du Réseau de sensibilisation à la radicalisation (RSR), axé sur l’éducation et la prévention, et de l’EUIF, également axé sur la prévention et impliquant les gouvernements des États membres et les acteurs de l’industrie de l’Internet.

Le document mentionne également l’adoption de la loi sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) comme une aide à la prévention.

Prochaines étapes

La présidence espagnole du Conseil estime que des politiques nationales pertinentes seraient nécessaires, de même que de meilleures « connaissances en matière de prévention » des risques sur Internet, « du point de vue de la sécurité et de la société ».

Le renforcement de l’esprit critique et de la culture numérique chez les jeunes devrait également faire partie de la solution, et les mineurs devraient être considérés comme des acteurs pouvant contribuer à la prévention, plutôt que comme des cibles.

« Il serait souhaitable de parvenir à un consensus au sein de l’Union européenne sur la délimitation des contenus considérés comme légaux mais préjudiciables ». Ce travail pourrait être effectué par l’EUIF et « dans le contexte du DSA afin de renforcer les orientations données à l’industrie » et de soutenir la prévention.

En outre, pour éviter les chevauchements, une meilleure coordination au niveau de l’UE serait nécessaire.

La Commission européenne prévoit de lancer l’année prochaine un centre de l’UE dédié à la prévention de la radicalisation, et la présidence espagnole du Conseil est convaincue que cela renforcera la « collaboration entre les décideurs politiques, les chercheurs et les praticiens impliqués dans la prévention de la radicalisation en ligne des mineurs, et que cela encouragera et facilitera la formation des États membres dans ce domaine ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]