La Commission envisage de transformer les antennes 5G en détecteurs de drones
De tels systèmes viendraient compléter les réseaux militaires existants de surveillance aérienne plutôt que de les remplacer.
La Commission européenne a proposé une initiative à l’échelle de l’UE visant à développer un système de détection de drones alimenté par l’IA et utilisant des antennes radio 5G avancées, dans le but de protéger les aéroports, les installations militaires et d’autres infrastructures critiques.
Cette initiative fait suite à une série d’incursions de drones à proximité de sites militaires dans plusieurs pays de l’UE et à des perturbations répétées dans des aéroports civils, ce qui a incité la commissaire à la souveraineté technologique, Henna Virkkunen, à présenter mercredi un plan d’action de l’UE sur la sécurité des drones et la lutte contre les drones.
Ce plan prévoit des partenariats public-privé pour développer des technologies européennes souveraines capables de détecter et de répondre aux menaces aériennes, une technologie que les pays de l’UE ne maîtrisent pas encore pleinement.
En septembre dernier, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait annoncé des plans pour la mise en place d’un « mur anti-drones » à grande échelle le long de la frontière orientale de l’UE avec la Russie.
L’initiative de mercredi s’inscrit dans le prolongement civil de cet effort axé sur la défense, en étendant la surveillance des drones aux infrastructures critiques de l’ensemble du bloc.
S’exprimant lors d’une conférence de presse avant l’appel à manifestation d’intérêt prévu par la Commission pour le deuxième trimestre 2026, Mme Virkkunen a déclaré que « l’Europe doit développer des solutions locales » pour renforcer sa souveraineté et sa sécurité.
Les antennes radio 5G de nouvelle génération, qui ne sont pas encore largement déployées en Europe, peuvent être configurées comme des capteurs de type radar capables de détecter la position spatiale d’objets volants non identifiés, y compris les drones et les ballons, indique le plan d’action.
Ces systèmes viendraient compléter les réseaux militaires de surveillance aérienne existants plutôt que les remplacer.
La Commission a l’intention de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour développer des « systèmes de commandement et de contrôle souverains européens basés sur l’IA ».
Cette initiative réunirait l’exécutif européen, les ministères nationaux de la défense et l’industrie dans un effort coordonné, sur le modèle des appels conjoints précédents visant à construire des installations de formation stratégiques en IA.
L’Ukraine sera également invitée à participer, ce qui permettra à l’UE de « tirer les leçons » de son expérience en temps de guerre, a déclaré M. Virkkunen.
Réseaux mobiles de détection
Au cœur de la proposition se trouve la technologie de détection et de communication intégrées (ISAC), actuellement testée dans des laboratoires de recherche.
Le déploiement de l’ISAC sur les réseaux 5G nécessiterait de détourner une partie du courant électrique utilisé par les antennes pour émettre des ondes radio supplémentaires capables de détecter les objets se déplaçant dans la zone, a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE à Euractiv.
L’objectif est d’identifier les drones qui ne fonctionnent pas sur les réseaux 5G standard, n’utilisent pas de cartes SIM enregistrées et ne sont pas liés à des opérateurs enregistrés auprès de l’Agence européenne de la sécurité aérienne.
Les futurs réseaux 6G pourraient intégrer des capacités de détection directement dans l’infrastructure radio dès leur conception, indique le plan d’action.
Réduire les dépendances étrangères
Les mêmes responsables européens ont suggéré que ce système permettrait à l’UE de mettre en place un système concurrent de celui des entreprises américaines telles que Palantir, dont le logiciel de détection de drones basé sur l’IA a été déployé en Ukraine pour aider à contrer les attaques russes.
Alors que le bloc s’efforce de renforcer sa réponse aux menaces croissantes liées aux drones, la Commission affirme que l’UE peut s’appuyer sur ses atouts industriels clés. Les responsables ont déclaré à Euractiv que les fabricants européens de télécommunications Ericsson et Nokia sont à la pointe du développement de la technologie ISAC.
Ils ont également mis en avant les installations de formation aux modèles d’IA de pointe au sein du bloc, qui, selon eux, pourraient être utilisées pour développer les systèmes d’IA sous-jacents.
Dans le cadre du plan d’action, la Commission envisage également des modifications réglementaires afin de s’adapter à un environnement sécuritaire plus hostile.
La récente proposition de loi sur les réseaux numériques (DNA) permettrait aux futures stratégies de l’UE en matière de spectre de réserver une bande passante radio dédiée à la détection des drones, intégrant ainsi des fonctions de sécurité directement dans le cadre télécoms de l’Union.