Règles en matière de dette : Bruno Lemaire critique la position du ministre allemand des Finances

Le ministre français de I'Économie, Bruno Le Maire, a averti que les objectifs chiffrés appliqués de manière uniforme et automatique dans les règles budgétaires actuelles avaient conduit à des récessions dans le passé et ne devraient pas être inclus dans la réforme des règles de l’UE.

Euractiv.com
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« Nous avons déjà essayé des objectifs chiffrés et automatiques par le passé. Cela a conduit à la récession, à des difficultés économiques, à une perte de production et de croissance en Europe, c’est le contraire de ce que nous voulons », a indiqué le ministre français de I'Économie, Bruno Le Maire. [EPA-EFE/Christophe Petit Tesson]

Le ministre français de I’Économie, Bruno Le Maire, a averti que les objectifs chiffrés appliqués de manière uniforme et automatique dans les règles budgétaires actuelles avaient conduit à des récessions dans le passé et ne devraient pas être inclus dans la réforme des règles de l’UE.

Jeudi (15 juin), le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a appelé à des objectifs chiffrés de réduction de la dette dans une tribune cosignée par dix autres ministres des Finances européens, issus pour la plupart de petits pays d’Europe centrale.

Les ministres des Finances de l’UE se sont réunis à Luxembourg ce vendredi (16 juin) pour discuter des propositions législatives présentées par la Commission européenne en avril.

Avant la réunion, Bruno Le Maire a expliqué aux journalistes pourquoi il n’était pas d’accord avec des objectifs chiffrés.

« Nous avons déjà essayé des objectifs chiffrés et automatiques par le passé », a-t-il déclaré.

« Cela a conduit à la récession, à des difficultés économiques, à une perte de production et de croissance en Europe, c’est le contraire de ce que nous voulons », a-t-il indiqué à propos de cette expérience avec les règles fiscales qui sont actuellement inscrites dans la législation de l’UE.

La plupart des économistes reconnaissent aujourd’hui que les politiques d’austérité menées par l’UE dans le sillage de la crise de l’euro ont aggravé la situation économique de la plupart des pays qui ont dû les appliquer, entraînant un taux de chômage élevé, et qu’elles n’ont pas permis de réduire les taux d’endettement. C’est également l’avis de la Commission européenne.

Lacunes actuelles

« Les lacunes de nos règles actuelles n’ont été que trop évidentes », a affirmé le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, lors de la discussion publique avec les ministres des Finances de l’UE vendredi. Il a également souligné la montée en flèche des niveaux d’endettement et le ralentissement du développement économique au cours des deux dernières décennies.

Il a rappelé aux ministres des Finances que les circonstances actuelles étaient « à mille lieues de celles des années 90 », lorsque le pacte de stabilité et de croissance, qui définit les règles budgétaires de l’UE, a été élaboré.

Selon la Commission, les règles budgétaires devraient permettre aux États membres de l’UE de disposer d’une plus grande flexibilité pour mettre en place leurs propres plans de réduction de la dette en fonction de leur situation spécifique.

« L’objectif de notre proposition est d’avoir une trajectoire graduelle mais plus efficace pour la réduction de la dette et en même temps d’encourager l’investissement public, en particulier sur nos priorités communes », a expliqué M. Gentiloni.

Cependant, pour M. Lindner, les propositions de la Commission européenne ne sont pas assez fortes. Soulignant l’inflation élevée et les coûts croissants du service de la dette, il plaide pour des finances publiques plus « solides ».

« Nous avons besoin de règles communes qui soient les mêmes pour tout le monde », a-t-il déclaré à Luxembourg, indiquant qu’il doutait de la capacité de la Commission à être suffisamment stricte lorsqu’elle négocie les trajectoires de réduction nationales avec les États membres.

Alors que pour lui, l’objectif des règles fiscales devrait être de réduire les niveaux d’endettement, son homologue français a une vision différente.

« Le pacte de stabilité et de croissance est un instrument technique au service d’un objectif politique », a affirmé M. Le Maire, ajoutant que l’ambition politique de l’Europe devait être d’investir, d’innover, de mener à bien la transition verte et numérique, et de maintenir sa position géopolitique.

Les deux positions semblent pour l’instant très éloignées l’une de l’autre. Néanmoins, la ministre suédoise des Finances, Elisabeth Svantesson, qui a présidé la réunion, s’est dite confiante dans la possibilité de trouver un accord à l’automne de cette année.

Si aucun accord n’est trouvé d’ici la fin de l’année, les anciennes règles fiscales — actuellement suspendues en raison de la pandémie et de la crise énergétique qui a suivi — devraient entrer à nouveau en vigueur en 2024.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]