Relations énergétiques : en quête d'une meilleure coopération entre l'UE et le Royaume-Uni
Alors que le nouveau gouvernement britannique cherche à améliorer ses relations avec Bruxelles, le secteur de l’énergie offre des bases claires pour une coopération plus étroite entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.
Alors que le nouveau gouvernement britannique cherche à améliorer ses relations avec Bruxelles, le secteur de l’énergie offre des bases claires pour une coopération plus étroite entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni. Euractiv s’est entretenu avec l’expert Joël Reland du think tank « UK in a Changing Europe » pour comprendre les possibilités de rapprochement.
Depuis son arrivée au pouvoir en juillet, le nouveau gouvernement travailliste britannique a clairement indiqué qu’il souhaitait oeuvrer pour une coopération plus étroite avec l’Europe dans le domaine de l’énergie.
Le ministre britannique du Climat, Kerry McCarthy, a déclaré lors d’une conférence sur l’énergie offshore en Norvège le 28 août : « La transition vers l’énergie propre est cruciale et cela implique de travailler avec des partenaires en Europe ».
Un sentiment réciproque
Les orientations politiques d’Ursula von der Leyen, publiées juste avant le 18 juillet — date à laquelle elle a réussi à se faire reconduire à la présidence de la Commission européenne — s’engagent à renforcer les relations avec le Royaume-Uni « sur des questions d’intérêt commun ». L’énergie figure en tête de liste de ces orientations.
Si les perspectives sont positives, « il n’y a pas d’étapes définitives », selon Joël Reland, chercheur au sein du think tank « UK in a Changing Europe » (Le Royaume-Uni dans une Europe en mutation). « Tout dépend des priorités politiques », a-t-il ajouté.
Les relations entre le Royaume-Uni et l’UE sont actuellement gérées par l’accord de commerce et de coopération UE-Royaume-Uni (TCA) de 2021, qui contient un chapitre important sur l’énergie et qui doit être réexaminé en 2026.
Cependant, Joël Reland, « ne pense pas que [la révision] sera très importante, très franchement », évoquant la réticence de la Commission à renégocier fondamentalement l’accord.
Au lieu de cela, « il y a quelques questions dans le TCA qui n’ont toujours pas été traitées », a-t-il poursuivi.
L’électricité et le commerce du carbone
Le départ du Royaume-Uni du dispositif du marché de l’énergie de l’UE signifie que « l’échange d’énergie via les interconnexions entre la Grande-Bretagne et le continent européen est désormais légèrement moins efficace », a exposé Joël Reland, ce qui s’accompagne d’une augmentation des coûts.
Le TCA prévoit une nouvelle procédure de « couplage multirégional à volume réduit » pour gérer les échanges d’électricité. Toutefois, selon l’expert, cette procédure n’a pas encore été mise en œuvre, « ce qui s’explique en partie par la nature très technique du travail, mais aussi par un manque de volonté politique ».
L’autre grande question est celle du lien entre les systèmes d’échange de quotas d’émission (ETS) de l’UE et du Royaume-Uni.
Depuis mai 2021, le Royaume-Uni gère son propre système d’échange de quotas d’émission. Bien que cela crée des obstacles techniques à la liaison avec le système de l’UE, ceux-ci ne devraient pas être insurmontables.
« En fait, le Royaume-Uni a créé une version copiée du système d’échange de quotas d’émission de l’UE » précise Joël Reland. « Il y a de légères différences, mais elles ne sont pas radicales ».
Le TCA stipule que les deux parties « envisageront sérieusement » de lier leurs systèmes d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre. À ce jour, cela ne s’est pas produit, bien que Joël Reland ait déclaré que le nouveau gouvernement britannique avait indiqué qu’il serait « potentiellement intéressé ».
Toutefois, la politique joue également un rôle à cet égard.
Dans un système lié, « le Royaume-Uni devrait renoncer à un certain degré de contrôle, […] il devrait se soumettre aux décisions de la Commission, et il ne contrôlerait pas la destination des revenus », a fait savoir l’expert.
« Il s’agit donc de défis politiques qui pourraient être difficiles à relever. »
« Il s’agit d’un problème potentiellement très sérieux », a-t-il ajouté. Si les systèmes d’échange de quotas d’émission de carbone ne sont pas liés, le Royaume-Uni sera soumis au « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » de l’UE, qui entrera en vigueur à partir de 2026, et qui se traduira par des droits de douane sur les exportations britanniques d’électricité vers l’Europe.
Ce n’est pas la seule échéance. Le chapitre du TCA consacré à l’énergie expirera en juin 2026, à moins que les deux parties ne conviennent de le renouveler. Même si une refonte des relations entre l’UE et le Royaume-Uni n’est pas prévue pour 2026, un dialogue sera nécessaire pour maintenir le statu quo.
Sécurité et climat
Lors des négociations sur le climat de la COP29 en Azerbaïdjan en novembre, l’UE et le Royaume-Uni feront à nouveau partie de délégations séparées. « Les deux parties ont perdu quelque chose », résume Joël Reland.
Toutefois, les responsables politiques des deux parties considèrent de plus en plus que la sécurité énergétique et l’action en faveur du climat sont liées.
Ed Miliband, secrétaire d’État britannique à la Sécurité énergétique et à la Neutralité carbone, qui dirigera l’équipe de négociation du Royaume-Uni, a récemment déclaré que « dans un monde instable, le seul moyen de garantir notre sécurité énergétique (…) est d’accélérer la transition des combustibles fossiles vers des énergies propres et locales ».
L’Europe et le Royaume-Uni comptent sur d’importants parcs éoliens en mer du Nord pour remplacer les combustibles fossiles russes. D’ici à 2030, les pays de la mer du Nord devraient ainsi disposer d’une capacité éolienne offshore d’au moins 120 GW, soit plus que la capacité totale de production d’électricité de l’Italie en 2022.
Selon Joël Reland, cette priorité commune accordée à la sécurité pourrait s’étendre à la coopération sur « d’autres technologies moins développées, telles que l’hydrogène, l’hydrogène vert, la capture et le stockage du carbone, ainsi que le partage d’expertise dans ce type de domaines ».