Remaniement ministériel en Ukraine après une vague de démissions
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky devrait annoncer jeudi 5 septembre son nouveau gouvernement, après avoir demandé à une série de ministres de premier plan de démissionner dans le cadre du plus grand remaniement ministériel depuis le début de la guerre en février 2022.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky devrait annoncer jeudi 5 septembre son nouveau gouvernement, après avoir demandé à une série de ministres de premier plan de démissionner dans le cadre du plus grand remaniement ministériel depuis le début de la guerre en février 2022.
Le parlement ukrainien, la Verkhovna Rada, devrait « examiner les démissions au cours de l’une des prochaines réunions », a annoncé son président Rouslan Stefantchouk mercredi 4 septembre, peu avant que la chambre ne vote en faveur du pas de côté de plusieurs ministres.
Plus tôt cette semaine, plusieurs ministres ukrainiens de premier plan ont présenté leur lettre de démission, notamment le ministre des Industries stratégiques, Oleksandr Kamychine, le ministre de la Justice, Denys Maliouska, le ministre de l’Écologie, Rouslan Strilets, la vice-Première ministre chargée de l’intégration européenne et euroatlantique, Olha Stefanishyna, et la vice-Première ministre et ministre de la Réintégration, Iryna Verechtchouk.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouléba, a également remis sa démission mercredi, sans donner d’explications supplémentaires. La rumeur de sa démission circulait depuis longtemps dans les cercles gouvernementaux ukrainiens.
En août dernier, Dmytro Kouléba avait par ailleurs déclaré à la télévision nationale qu’il ne s’inquiétait pas de cette éventualité car « aucun emploi n’était permanent ».
Il avait ajouté qu’il était clair depuis le début qu’il « partirait dans deux circonstances : la première est si le président me le demande. La seconde est si je me trouve en contradiction fondamentale avec la politique étrangère et que je considère qu’il n’est pas possible de travailler ainsi ».
Les démissions de Oleksandr Kamychine, Olha Stefanishyna, Denys Maliouska et Rouslan Strilets ont été approuvées. Cependant, le nombre de voix de députés recueillies n’a pas été suffisant pour permettre la démission de Iryna Verechtchouk. Le vote sur la démission de Dmytro Kouléba a quant à lui été suspendu.
Aucun des ministres n’a justifié sa décision, mais Volodymyr Zelensky avait annoncé mardi 3 septembre dans la soirée qu’un remaniement du gouvernement était attendu le lendemain.
« L’automne sera extrêmement important pour l’Ukraine. Et nos institutions étatiques doivent être mises en place de manière à ce que l’Ukraine obtienne tous les résultats dont nous avons besoin — pour nous tous », avait-t-il affirmé.
« Pour ce faire, nous devons renforcer certains secteurs du gouvernement, et les décisions relatives au personnel ont été anticipées. »
Le président ukrainien a indiqué que d’autres changements allaient probablement intervenir au sein de son cabinet et que « certains domaines de notre politique étrangère et intérieure auront une orientation légèrement différente ».
Ainsi, le ministre ukrainien de la Défense, Roustem Oumérov, a annulé une rencontre avec la presse et son homologue allemand, Boris Pistorius, prévue à Berlin mardi soir. Il n’a pas été précisé si on lui avait également demandé de présenter sa démission.
Volodymyr Zelensky a également démis Rostyslav Chourma de ses fonctions de chef adjoint du cabinet du président ukrainien.
Vitalii Koval, directeur du Fonds des biens de l’État ukrainien, a lui aussi présenté sa démission neuf mois après avoir pris ses fonctions.
Des sources ukrainiennes indiquent que d’autres licenciements sont en préparation au sein du gouvernement, tandis que le Premier ministre Denys Chmyhal devrait rester en fonction.
Plusieurs portefeuilles élargis
« Comme promis, on peut déjà s’attendre à un remaniement majeur du gouvernement cette semaine. Plus de 50 % du personnel du Conseil des ministres changera », a déclaré David Arakhamia, chef du parti Serviteur du peuple de Volodymyr Zelensky au parlement ukrainien.
Certains démissionnaires devraient être reconduits à de nouveaux postes ou se voir attribuer de nouvelles tâches, ont indiqué des sources gouvernementales ukrainiennes.
Parmi eux Olha Stefanishyna, qui était responsable des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, devrait se voir attribuer un portefeuille plus important qui inclura probablement le ministère de la Justice en plus de ses tâches actuelles, selon les informations d’Euractiv.
Oleksandr Kamychine, qui dirigeait auparavant la société nationale des chemins de fer ukrainiens, s’occupe depuis lors de la production nationale d’armes et de drones et devrait être reconduit dans ses fonctions au sein du nouveau gouvernement, ont indiqué des sources ukrainiennes.
« Quant à l’impact sur la stabilité politique interne de l’Ukraine, il est peu probable qu’il soit significatif », a confié à Euractiv Tymofiy Mylovanov, président de la Kyiv School of Economics.
« Il y a une limite à la durée pendant laquelle les gens peuvent travailler sous une telle pression sans s’épuiser, c’est pourquoi le [remaniement actuel] ne semble pas être motivé par des conflits politiques internes majeurs, mais plutôt par le besoin d’une énergie nouvelle à des postes clés », a-t-il expliqué.
Par ailleurs, il s’agirait également de les mener à bien avant la période hivernale et les perturbations potentiellement plus importantes qui s’en suivront, a ajouté Tymofiy Mylovanov.
« Il s’agit aussi d’une question pratique : l’hiver, même sans guerre, est difficile en raison des besoins en énergie et en chauffage », a-t-il précisé.
« Les mois d’octobre à février sont des mois critiques pendant lesquels le gouvernement doit maintenir la stabilité. Par conséquent, si vous deviez procéder à des changements à la tête du gouvernement, vous le feriez avant », a-t-il indiqué, ajoutant que cela donnerait aux nouveaux ministres le temps de s’approprier les dossiers.
Conséquences pour la politique étrangère
Dmytro Kouléba est probablement sur le départ, bien qu’il ait été très apprécié à l’étranger, en particulier par ses homologues occidentaux, notamment pour son habileté diplomatique avec les pays du Sud.
À la suite de l’annonce de sa démission, plusieurs ministres européens des Affaires étrangères ont fait l’éloge de leur collaboration avec le ministre ukrainien.
La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré qu’il avait « fait passer le peuple ukrainien avant lui-même », se rappelant leurs « longues conversations dans les trains de nuit, au G7, sur la ligne de front, à Bruxelles [et] devant une centrale électrique bombardée ».
Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, a affirmé que Dmytro Kouleba avait « placé la barre très haut, non seulement pour son successeur, mais aussi pour tout ministre des Affaires étrangères de n’importe quel pays ».
Selon des sources au sein du gouvernement ukrainien, le nom d’Andrii Sybiha, vice-ministre des Affaires étrangères en exercice, a été évoqué pour le remplacer.
« Il s’agirait d’un changement surprenant pour moi, car Dmytro Kouléba s’est très bien acquitté de sa tâche », a déclaré Tymofiy Mylovanov.
« Dmytro Kouléba est l’un des ministres les plus anciens et il est possible que cette décision soit liée à des raisons […] personnelles — peut-être pense-t-il qu’il est temps de se retirer », a déclaré l’économiste.
Interrogé sur l’impact de cette décision sur la diplomatie ukrainienne, Tymofiy Mylovanov a déclaré qu’il serait limité, la politique étrangère ukrainienne étant définie par le président, le ministre des Affaires étrangères étant par la suite chargé de sa mise en œuvre.
« Il ne faut pas s’attendre à des changements radicaux dans l’orientation générale de la politique étrangère de l’Ukraine », a-t-il souligné.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]