Rénovation ferroviaire en Espagne financée par l'UE : le Parquet européen enquête post-accident mortel
Cette affaire vient s'ajouter aux pressions croissantes qui pèsent sur le secteur ferroviaire espagnol en matière de transparence et de contrôle
MADRID – Le Parquet européen a ouvert une enquête sur des soupçons de fraude concernant des fonds européens liés à la rénovation de la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, où un accident ferroviaire survenu en janvier a coûté la vie à 46 personnes.
Le Parquet européen examinera les travaux effectués près d’Adamuz, dans le sud de l’Espagne, où les wagons arrière d’un train à grande vitesse Iryo ont déraillé en janvier avant d’être percutés par un train de la compagnie publique venant en sens inverse.
Les autorités espagnoles avaient initialement écarté toute défaillance de l’infrastructure ou un manque d’entretien. Le ministre des Transports, Óscar Puente, a affirmé que la ligne avait été « entièrement rénovée » entre 2021 et 2025 pour un coût de 700 millions d’euros. Face à la pression croissante, il a précisé par la suite que « rénovation complète » ne signifiait pas nécessairement le remplacement de tous les tronçons de voie.
La rénovation a été en partie financée par le Fonds européen de développement régional (FEDER), avec un remboursement de 110 millions d’euros pour les travaux, y compris le tronçon d’Adamuz, approuvé par la Commission en 2024.
Dans un communiqué, le Parquet européen a déclaré vendredi que sa « confirmation exceptionnelle » de l’enquête reflétait « un intérêt public élevé », ajoutant qu’aucun autre détail ne serait divulgué à ce stade. Une enquête parallèle est menée par un tribunal local de Cordoue afin d’examiner les causes de l’accident et d’évaluer d’éventuelles responsabilités pénales.
Par ailleurs, selon les médias espagnols, l’organisme espagnol d’enquête sur les accidents (CIAF) examine si une fracture au niveau d’un rail ou d’une soudure, survenue potentiellement quelques heures avant la collision, aurait pu causer le déraillement.
Cette affaire vient s’ajouter à la pression croissante exercée sur le secteur ferroviaire espagnol en matière de transparence et de contrôle, et s’inscrit dans le contexte de scandales de corruption plus larges au sein du ministère des Transports, l’un des principaux bénéficiaires de fonds européens dans le pays.
L’ancien ministre José Luis Ábalos et son assistant Koldo García font actuellement l’objet d’une enquête concernant un système présumé de pots-de-vin lié à des marchés publics, l’enquête s’étendant à des hauts fonctionnaires, y compris des personnalités liées à l’opérateur ferroviaire public ADIF.
(cs)