Le Parquet européen ouvre une enquête pénale sur le Premier ministre tchèque

Babiš affirme qu'il respecte à la fois la législation tchèque et celle de l'Union européenne

EURACTIV.com
Le Premier ministre tchèque Andrej Babis à Ankara, en Turquie, le 8 juillet 2026. [Photo : Ozge Elif Kizil/Anadolu via Getty Images]

PRAGUE – Les procureurs de l’UE ont ouvert une enquête pénale à l’encontre du Premier ministre tchèque Andrej Babiš pour des infractions présumées aux intérêts financiers de l’Union, alors même qu’il participe aux négociations sur le prochain budget à long terme de l’Union.

Le Parquet européen (EPPO) examine si Agrofert, le conglomérat agrochimique fondé par Babiš, a continué à percevoir indûment des milliards de couronnes tchèques au titre des subventions agricoles de l’UE, malgré les inquiétudes de longue date concernant ses liens avec cette entreprise.

La nouvelle a été rapportée pour la première fois par le média tchèque Seznam Zprávy. « Le Parquet européen peut confirmer qu’il mène une enquête », a indiqué un porte-parole du Parquet européen à Euractiv. « Aucune autre information ne peut être divulguée à ce stade, afin de ne pas compromettre l’issue de la procédure en cours », a-t-il ajouté.

Selon des documents obtenus par Seznam Zprávy, la procureure déléguée européenne Daniela Bártíková a officiellement ouvert une procédure pénale le 24 mai pour des infractions présumées portant atteinte aux intérêts financiers de l’UE.

L’ouverture d’une procédure pénale ne vaut pas inculpation et n’implique pas de culpabilité. Conformément aux règles de l’EPPO, cela signifie que les procureurs considèrent les allégations comme suffisamment crédibles pour justifier une enquête officielle.

Un conflit de longue date

Cette enquête ravive un conflit d’intérêts qui poursuit Babiš depuis des années.

Au cours de son précédent mandat de Premier ministre, la Commission européenne avait conclu que, bien qu’il ait placé Agrofert dans des fonds fiduciaires, Babiš se trouvait toujours en situation de conflit d’intérêts au regard des règles de l’UE, car il continuait à tirer profit de l’entreprise et à exercer une influence sur celle-ci.

Babiš, qui a de nouveau transféré Agrofert dans des fonds fiduciaires en février 2026, insiste sur le fait qu’il ne contrôle plus le conglomérat et qu’il respecte tant la législation tchèque que celle de l’UE. Cependant, la Commission continue de demander à Prague de justifier la base juridique de la reprise des versements de subventions européennes à Agrofert et n’a jamais déclaré publiquement que la question du conflit d’intérêts a été résolue.

Un moment délicat

Cette enquête intervient alors que Babiš représente la Tchéquie dans les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE, qui déterminera la répartition de centaines de milliards d’euros de dépenses européennes après 2027.

Euractiv a demandé à la Commission si la participation de Babiš aux négociations soulève des préoccupations en matière de conflit d’intérêts, compte tenu des questions non résolues concernant Agrofert. La Commission n’a pas répondu au moment de la publication.

L’enquête de l’EPPO coïncide également avec un regain d’attention de la part de la commission du contrôle budgétaire (CONT) du Parlement européen, tandis que l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) mène des enquêtes parallèles sur la protection des intérêts financiers de l’Union.

Toute poursuite éventuelle pourrait également être compliquée par l’immunité parlementaire dont bénéficie Babiš en tant que membre du Parlement tchèque.

(cs, adm)

Elisa Braun a contribué à cet article