Sanctions contre Moscou : l’UE veut baisser le plafond du prix du pétrole russe à 45 dollars
Dans son dernier train de sanctions contre Moscou, Bruxelles propose d’abaisser le prix plafond du pétrole brut transporté par voie maritime à 45 dollars le baril et de cibler l’utilisation du gazoduc Nord Stream, les navires de la flotte fantôme et les banques.
Dans son dernier train de sanctions à l’encontre de la Russie, la Commission européenne propose d’abaisser le prix plafond du pétrole brut russe transporté par voie maritime à 45 dollars le baril et de cibler l’utilisation de l’infrastructure du gazoduc Nord Stream, les navires de la flotte fantôme russe et les banques du pays.
« Nous renforçons la pression sur la Russie, car la force est le seul langage qu’elle comprend », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.
L’un des éléments clés de cette 18e série de sanctions économiques est une proposition visant à abaisser le plafond actuel du prix du pétrole russe fixé par le G7 de 60 à 45 dollars. Cette mesure intervient après la chute des prix du pétrole, qui s’échangent de plus en plus en dessous du niveau convenu précédemment.
« Les prix du pétrole ont baissé […] nous devons donc nous adapter aux nouvelles conditions du marché », a déclaré la présidente de l’exécutif européen.
Actuellement, les entreprises des pays qui ont souscrit à cette mesure peuvent continuer à acheter du pétrole russe transporté par voie maritime à condition que son prix ne dépasse pas le plafond fixé à 60 dollars le baril.
La modification proposée devra être approuvée à l’unanimité des États membres de l’UE, et la Hongrie et la Slovaquie se sont opposés à des mesures supplémentaires à l’encontre de Moscou.
Le soutien des États-Unis est également un élément important. En mai, les ministres des Finances du G7 n’ont pas réussi à se mettre d’accord, notamment à cause de l’opposition américaine à cette mesure.
Les responsables européens espèrent parvenir à un accord politique sur une réduction du plafond du prix du pétrole russe transporté par voie maritime lors du sommet annuel du G7 qui se tiendra au Canada du 15 au 17 juin. L’Inde, premier importateur mondial de pétrole, a été invitée à participer à cette réunion aux côtés d’autres grandes économies telles que le Brésil et le Mexique.
David O’Sullivan, l’envoyé spécial de l’UE pour les sanctions, a confié mardi 10 juin à Euractiv que le « point de départ » pour le nouveau plafond sur le prix du pétrole serait « d’essayer de parvenir à un accord au sein du G7 ».
« Je pense que si nous et le reste du G7 soutenons un prix plus bas et que les Américains ne le font pas, cela reste une option envisageable », a-t-il ajouté. « Mais je pense que notre objectif préféré reste de progresser avec le G7 en tant que bloc uni. »
Bruxelles tient à ce que l’administration Trump se rallie à sa position concernant toute nouvelle sanction à l’encontre de la Russie, tout en gardant à l’esprit la nécessité de maintenir la Hongrie dans le giron des pays opposés à Moscou.
Ces dernières semaines, Budapest a indiqué que son soutien dépendrait de l’alignement des sanctions avec la politique de Donald Trump, plus favorable à des négociations pour un cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie plutôt qu’à l’imposition de sanctions.
La semaine dernière, Ursula von der Leyen a rencontré le sénateur républicain américain Lindsey Graham, qui milite au Sénat pour un projet de loi bipartisan imposant des droits de douane aux pays achetant de l’énergie russe.
Autres mesures
Le 18e paquet de mesures de l’UE prévoit également une intensification significative des efforts visant à paralyser la « flotte fantôme » de pétroliers russes, avec des mesures ciblant 77 entreprises supplémentaires qui exploitent ou gèrent de tels navires, notamment aux Émirats arabes unis, à Maurice et à Hong Kong.
« Lorsque les pétroliers de la flotte fantôme russe sont sanctionnés et ne peuvent plus accoster dans les ports, la Russie doit trouver de nouveaux navires, ce qui lui coûte plus cher et réduit ses profits », a déclaré la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas.
« Chaque jour où la Russie poursuit la guerre, le prix doit augmenter », a-t-elle ajouté.
Le paquet prévoit également de viser 22 entreprises supplémentaires de pays tiers, dont certaines chinoises et biélorusses, qui soutiennent directement l’effort de guerre russe en Ukraine.
Le train de mesures comprendra également des restrictions à l’encontre des entreprises liées aux deux gazoducs Nord Stream entre la Russie et l’Allemagne. Ursula von der Leyen a déclaré qu’il ne pouvait y avoir « aucun retour en arrière » en ce qui concerne l’utilisation des gazoducs.
Avec l’ajout de 42 noms supplémentaires (9 personnes et 33 entités) à la liste des sanctions visant l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ainsi que de quatre entités à la liste des sanctions visant la Biélorussie, le paquet devrait dépasser la barre des 2 500 personnes et entités visées depuis février 2022.
Les responsables de l’UE ont déclaré qu’ils souhaitaient que le paquet soit approuvé par les États membres de l’UE avant la fin du mois de juillet.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]