Scandales d’espionnage : les capitales de l’UE en état d’alerte avant les élections de juin
L’Allemagne a récemment été le théâtre de plusieurs arrestations pour espionnage présumé pour le compte de la Russie et de la Chine, mais la menace est présente dans l’ensemble de l’UE, et plusieurs agences nationales tirent la sonnette d’alarme, notamment à l’approche des élections.
L’Allemagne a récemment été le théâtre de plusieurs arrestations pour espionnage présumé pour le compte de la Russie et de la Chine, mais la menace est présente dans l’ensemble de l’Union européenne, et plusieurs agences nationales tirent la sonnette d’alarme, notamment à l’approche des élections européennes de juin.
En Allemagne, deux personnes ont été arrêtées la semaine dernière pour avoir espionné pour le compte de la Russie et planifié des attaques contre des infrastructures militaires. Ce lundi (22 avril) trois autres personnes ont été interpellées par les autorités allemandes dans l’ouest du pays pour avoir été soupçonnées d’avoir travaillé pour un service secret chinois.
Cependant, l’affaire qui a fait le plus de bruit a été l’arrestation mardi de Jian Guo, un assistant de l’eurodéputé Maximilian Krah, tête de liste de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) pour les élections européennes. M. Guo, ressortissant allemand d’origine chinoise, a été accusé d’espionnage pour le compte du gouvernement chinois.
Le même jour, au Royaume-Uni, deux hommes ont été accusés d’avoir remis « des articles, des notes, des documents ou des informations » à la Chine entre 2021 et l’année dernière.
Cependant, Berlin et le Londres sont loin d’être les seuls pays touchés par des scandales d’espionnage et, à l’approche des élections européennes, la menace d’une ingérence étrangère se profile à l’horizon.
La Commission a récemment proposé une nouvelle directive pour lutter contre ce problème, compte tenu des dangers que l’ingérence étrangère pourrait représenter pour la démocratie européenne.
« Nous devons constamment garder à l’esprit que [le président russe Vladimir] Poutine utilisera la désinformation et l’ingérence étrangère comme arme pour diviser l’Europe. C’est également la raison pour laquelle nous avons proposé la directive sur la défense de la démocratie afin de lever le voile sur l’ingérence étrangère occulte », a expliqué la commissaire européenne à la Transparence, Věra Jourová.
Lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE la semaine dernière, la République tchèque a réintroduit une proposition visant à limiter les déplacements des diplomates russes dans l’espace Schengen et cherche à obtenir un soutien pour sa proposition et l’inclusion d’Artyom Marchevsky, de Viktor Medvedchuk et du site Voice of Europe sur la liste des sanctions de l’UE.
Tous trois figurent déjà sur la liste des sanctions tchèques en raison de l’affaire d’ingérence de la Russie au Parlement européen et dans les élections à venir.
« Il faut maintenant passer à la phase des négociations, et nous verrons dans quelle mesure nous réussirons », a déclaré le ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Lipavský à la presse. La République tchèque souhaiterait que les sanctions liées à Voice of Europe soient adoptées avant que le 14e paquet de sanctions européennes ne soit approuvé.
L’espionnage dans l’UE
La question de l’espionnage est revenue sur le devant de la scène dans les États membres après l’invasion russe de l’Ukraine, qui a entraîné une vague d’expulsions de diplomates, de personnel diplomatique et de personnes accusées d’espionnage.
Les États membres de l’UE sont en état d’alerte sur cette question, qui a récemment perturbé l’agenda politique de certains pays.
En Espagne, le Centre national de renseignement (CNI) estime que l’invasion de l’Ukraine a considérablement accru l’intérêt de la Russie et de la Chine pour la collecte de renseignements dans les pays occidentaux dans le but d’obtenir un avantage stratégique politique, militaire et diplomatique.
Dans un rapport, le CNI indique que « l’activité des services de renseignement hostiles continue de représenter une menace pour l’Espagne et ses alliés ».
En effet, malgré la purge qui a suivi l’invasion de l’Ukraine, les activités des agents étrangers dans l’UE se sont poursuivies. C’est notamment le cas à Vienne, désormais considérée comme l’un des épicentres de l’espionnage.
Malgré un durcissement de la lutte contre l’espionnage depuis 2022, l’Autriche a été frappée fin mars par un vaste scandale d’espionnage impliquant un ancien agent des services de renseignement autrichiens, accusé d’avoir transmis « systématiquement » des informations secrètes aux autorités russes pendant des années.
En France, un rapport parlementaire sur l’ingérence étrangère publié en 2023 a mis en évidence les « manœuvres de plus en plus agressives et malveillantes » de la Chine, tandis que les députés examinent actuellement une loi visant à contrer l’ingérence étrangère croissante.
De l’autre côté des Alpes, les services de renseignement italiens considèrent que la Chine est particulièrement active dans la manipulation de l’opinion publique en sa faveur. En 2023, un officier de la Marine a été condamné à 30 ans de prison pour avoir remis des documents classifiés à un fonctionnaire de l’ambassade de Russie.
En Scandinavie, la Suède et le Danemark considèrent la Chine comme la principale menace, sur fond de rivalité sino-russe pour le contrôle de l’Arctique, où ils se sont déjà engagés dans des activités menaçant la sécurité du pays.
En Finlande, les services de renseignement ont révélé que Moscou tentait de recruter des demandeurs d’asile comme espions, ce qui a incité le pays à fermer sa frontière avec la Russie à la mi-avril et à envisager une loi qui permettrait exceptionnellement de refouler les migrants à la frontière.
Opérer avec moins d’agents
Avant la guerre en Ukraine, une centaine de diplomates russes soupçonnés d’être des agents étaient accrédités en Allemagne, mais ils ne sont plus que 20 depuis, comme l’a révélé une enquête du Süddeutsche au début du mois.
Les services de renseignement russes doivent désormais opérer avec beaucoup moins d’agents, et le Kremlin semble avoir adopté une approche plus conflictuelle et s’appuie de plus en plus sur la guerre hybride et les nouvelles technologies.
Toutefois, le service de renseignement intérieur allemand, le Verfassungsschutz, a prévenu que le niveau des activités d’espionnage avait néanmoins atteint des sommets comparables à ceux de la Guerre froide, en raison de la concurrence entre la Chine et la Russie.
« Dans le désordre multipolaire actuel, plein d’acteurs ambitieux, nous sommes confrontés à plusieurs régimes autoritaires revanchards qui sont unis et motivés à des degrés divers par une poussée destructrice de l’ordre libéral », a souligné Thomas Haldenwang, président du service de renseignement intérieur allemand, ce lundi.
La menace d’une agression russe a atteint de nouvelles dimensions depuis que la Russie a attaqué l’Ukraine, car le Kremlin a adopté une approche plus agressive et s’appuie de plus en plus sur la guerre hybride, a annoncé la semaine dernière la ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser, à la presse.
« Les activités d’espionnage des pays tiers en Europe n’ont jamais cessé depuis la guerre froide […] la seule différence aujourd’hui est l’introduction des technologies numériques, et là, l’Occident a commencé à prendre du retard », a commenté un ancien chef du renseignement d’un pays européen, qui s’est exprimé sous couvert d’unanimité.
« On pourrait dire que l’Occident est désavantagé car il ne domine plus les technologies numériques », a noté l’ancien responsable, ajoutant qu’une attention particulière devrait être accordée aux « facteurs supranationaux non étatiques » tels que les plateformes de réseaux sociaux, qui sont désormais « tout aussi importants que les grandes puissances étatiques ».
« Nous voulons Meta en Chine mais pas TikTok en Occident […], mais l’Occident doit réaliser que la montée en puissance des BRICS+ a modifié les équilibres géopolitiques mondiaux et, surtout, le monopole de la prise de décision », a conclu l’ancien fonctionnaire.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]