Selon des activistes, les Roms doivent avoir voix au chapitre des décisions locales

La participation active des Roms et des médiateurs roms à l’élaboration des politiques locales et aux décisions budgétaires est essentielle pour répondre aux besoins communautaires de la plus grande minorité ethnique d’Europe, selon des activistes.

Euractiv.com
This article is part of our special report "Budgétisation inclusive : donner à chacun la chance de participer"
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Selon des activistes, il est essentiel d'impliquer les Roms dans le processus décisionnel local pour répondre à leurs besoins. [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/clujnapoca-romania-27-june-2017-unidentified-672137224" target="_blank" rel="noopener">[Shutterstock/Melinda Nagy]</a>]

La participation active des Roms et des médiateurs roms à l’élaboration des politiques locales et aux décisions budgétaires est essentielle pour répondre aux besoins communautaires de la plus grande minorité ethnique d’Europe, selon des activistes.

En ce moment, la Commission européenne s’efforce de stimuler la participation politique de la communauté rom par le biais de la stratégie pour l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms dans l’UE.

Ce cadre fixe des objectifs à atteindre d’ici à 2030, notamment une plus forte « participation des Roms à la vie politique aux niveaux local, régional, national et européen […] afin qu’ils s’inscrivent comme électeurs, votent, se présentent comme candidats ».

Cependant, la participation citoyenne active des Roms reste faible dans l’ensemble du bloc.

Selon une enquête réalisée en 2021 par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) dans cinq États membres, seuls 23 % des Roms interrogés ont déclaré s’intéresser à la politique. En outre, seuls 29 % ont déclaré avoir voté aux élections municipales et seulement entre 8 et 12 % ont pris part à des actions politiques.

« Il n’y a pas de culture de la participation », a confié Ana Oprisan, responsable du programme ROMACT au Conseil de l’Europe, à EURACTIV, ajoutant qu’il est très difficile d’amener les Roms à participer activement à la société.

À travers le projet ROMACT, le Conseil de l’Europe tente de stimuler la participation en Bulgarie et en Roumanie, en tenant compte du fait que les Roms ne constituent pas un groupe « homogène ».

Des réunions « organiques »

« Nous faisons en sorte que nos groupes d’action communautaire ne soient pas officiellement établis, qu’ils ne soient pas monolithiques, mais qu’ils soient organiques et ouverts, afin que tout le monde puisse aller et venir, car sinon, on se retrouve avec les mêmes », a-t-elle expliqué, ajoutant que les réunions ont souvent lieu dans des cafés et des écoles.

Le Conseil de l’Europe travaille également avec des intervenants sur le terrain pour préparer les Roms à participer aux processus de décision locaux.

« Nous enseignons essentiellement aux gens comment participer à une réunion du conseil local », a-t-elle expliqué.

Selon Isabela Mihalache, chargée de plaidoyer au réseau ERGO, les experts roms jouent un rôle crucial au niveau local en Roumanie.

« Que la communauté ait besoin d’eau, d’un canal d’évacuation des eaux usées ou de services publics de base, il est beaucoup plus facile de faire entendre ces besoins en ayant cette forme de représentation à la municipalité », a-t-elle indiqué.

Selon elle, les experts roms aident également l’administration à « cartographier le nombre de Roms vivant dans la région et leur situation », ce qui débouche sur des décisions prises par le conseil local.

Les questions de cartographie peuvent également pousser les autorités locales à réclamer des ressources au niveau national pour les allouer à la communauté rom.

Un budget pour les Roms

Lorsqu’il s’agit d’allouer des fonds municipaux, les militants roms s’accordent à dire que la communauté doit pouvoir s’exprimer.

« Ce n’est pas seulement parce que nous devons être inclusifs, mais aussi parce qu’ils savent mieux que quiconque quel est le problème », explique Mme Mihalache.

« Parfois, ils ont aussi une idée de la solution à apporter, car ils ont probablement essayé de la résoudre de manière plus informelle, mais ils n’ont pas eu tout le soutien et tous les fonds nécessaires », a-t-elle poursuivi.

Dans les Balkans occidentaux, une région où la discrimination à l’égard des Roms reste élevée, le Conseil de coopération régionale pour l’intégration des Roms (RCC) a travaillé sur un projet de budgétisation pour les Roms, afin de s’assurer que toutes les politiques socio-économiques tiennent compte des besoins des Roms.

Selon Aleksandra Bojadjieva, experte en politique du RCC, un budget adapté aux Roms peut également permettre de vérifier comment les fonds sont dépensés et qui en bénéficie.

Les gouvernements participant au projet se sont engagés à faire en sorte que les efforts d’intégration des Roms reçoivent une part équitable des budgets publics.

Selon Shejla Fidani, une autre experte politique du RCC, cette approche pourrait être appliquée dans d’autres régions également.

« Le budget adapté aux Roms est un moyen efficace d’allouer des fonds là où ils sont le plus nécessaires et où ils auront le plus d’impact en retour », a-t-elle déclaré.