Selon un législateur européen, l’UE devrait développer ses propres capacités de renseignement extérieur
L’UE devrait développer ses propres services de renseignements extérieurs afin de disposer d’informations fiables sur les éventuelles menaces étrangères, selon une proposition qui sera prochainement présentée au Parlement européen.
L’UE devrait développer ses propres services de renseignements extérieurs afin de disposer d’informations fiables sur les éventuelles menaces étrangères. C’est ce qu’indique une proposition qui sera prochainement présentée au Parlement européen et qui a été présentée à EURACTIV en avant-première.
« Nous devons disposer de nos propres services de renseignement, avec nos propres systèmes de renseignement, si nous voulons être un acteur mondial », a expliqué l’eurodéputé espagnol Nacho Sánchez Amor (S&D) à EURACTIV, indiquant qu’il travaillait sur une proposition de projet pilote visant à explorer les possibilités pour accroître la capacité de collecte d’informations du service diplomatique du bloc.
« L’idée ne concerne pas tant la sécurité interne de l’UE, car je suis certain que les services de renseignement nationaux collaborent déjà régulièrement, mais il s’agit plutôt d’établir un service tourné vers l’extérieur, et cela concerne les compétences de l’UE en matière de politique étrangère », a-t-il ajouté.
Avec le Centre de situation et du renseignement de l’UE (INTCEN), un organe de renseignement du service diplomatique de l’UE (SEAE) placé sous l’autorité du chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell, le bloc réalise déjà des analyses classifiées reposant sur le renseignement.
Néanmoins, cet organe n’a pas le pouvoir de collecter lui-même des renseignements, il s’appuie sur les informations transmises par les États membres de l’Union. La volonté politique de faire de cet organe un service de renseignement à part entière a longtemps fait défaut.
Dans son discours sur l’état de l’Union de l’année dernière, la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen avait appelé à une meilleure coopération en matière de renseignement et proposé la création d’un centre commun de connaissances.
« Cependant, elle n’a pas suggéré d’en faire un service de renseignement à part entière », a déclaré M. Sánchez Amor.
« Elle a parlé de la nécessité de coopérer davantage en matière de renseignement, mais elle a ensuite déclaré que nous devions mettre en commun les connaissances de tous les services et de toutes les sources de l’UE, quels que soient les moyens, et qu’elles devaient être réunies dans ce centre », a-t-il ajouté.
Suite à cette annonce, il y a cinq mois, l’eurodéputé avait demandé à Josep Borrell dans quelle mesure ce centre répondrait aux besoins de l’UE en termes de collecte d’informations. La réponse de la Commission européenne reste en suspens.
« Si ce centre commun de connaissance que Mme Von der Leyen a proposé peut être un pôle qui contribue, pour ainsi dire, à surmonter les éventuelles suspicions entre les États membres, alors je pense que c’est un bon élément », a déclaré M. Sanchez Amor.
« Toutefois, je tiens à insister sur le fait que je parle de renseignements sur la situation à l’étranger et, de ce fait, en quoi le fait que l’Allemagne partage avec l’UE les connaissances qu’elle avait sur l’avancée des talibans porte-t-il atteinte à la souveraineté ? En rien », a-t-il affirmé.
« Nous parlons d’actions extérieures, et nous parlons des États membres qui ont autorisé l’Union à se doter d’une politique étrangère », a précisé l’eurodéputé.
« Les diplomates des plus grands États membres disposent de quantité d’informations complémentaires sur lesquelles ils peuvent compter, et ce ne serait pas une mauvaise idée si nous pouvions mettre en commun ces informations d’une manière ou d’une autre en interne », a confié un diplomate européen qui a souhaité garder l’anonymat à EURACTIV.
« Les petits États membres pourraient particulièrement profiter de renseignements qui concernent également leur propre sécurité », a ajouté le diplomate.
Cependant, la plupart des États membres s’inquiètent que toute centralisation, analyse ou diffusion supplémentaire ne compromette leur autonomie.
« L’un des problèmes est que si le service diplomatique de l’UE devait mettre en place un service de renseignement commun, certains États membres commenceraient à craindre que ce dernier ne commence à agir de manière plus indépendante sur le plan géopolitique », a indiqué un autre diplomate européen.
« Nous ne sommes pas très enthousiastes à ce sujet, car nous avons des difficultés à nous mettre d’accord sur une vision commune ainsi qu’une classification standardisée des menaces », a ajouté le diplomate.