Serres royales de Bruxelles : grilles ouvertes mais un débat timide sur l’accès
Selon le parti écologiste belge Ecolo, le manque d'intérêt pour un accès élargi s'explique par le fait que le grand public n'est pas suffisamment sensibilisé aux avantages d'une plus grande ouverture du site
Comme chaque printemps, les visiteurs pourront franchir les grilles dorées du parc royal belge, à condition de réussir à obtenir en ligne l’un des précieux laissez-passer, au prix de 7 €.
Une fois à l’intérieur, ils pourront explorer 186 hectares de jardins qui semblent tout droit sortis d’un roman de Jane Austen. En se promenant parmi les milliers d’espèces végétales abritées dans les magnifiques serres du XIXe siècle, ils pourront également prendre la mesure des privilèges qu’ils contribuent à financer, mais auxquels ils n’ont – la plupart du temps – pas accès.
Pendant 49 semaines de l’année, le site est fermé, malgré un financement partiel de l’État.
La moitié du parc du domaine royal et de ses serres appartient à la Fondation royale, une institution publique créée en 1900 lorsque le roi Léopold II de Belgique a transféré une partie de son patrimoine immobilier à l’État, explique Pascale Boulanger, directrice de la communication de l’institution. Celle-ci gère ses actifs en louant certains de ses biens immobiliers.
L’autre moitié, ainsi que le Château royal, appartient directement à l’État belge et est financée par des fonds publics, ajoute-t-elle.

Le jardin d’hiver restera fermé au public cette année en raison de travaux de rénovation. [Crédits : Alice Bergoënd]
Protéger les fleurs et le roi
Les appels à élargir l’accès au public ne sont pas nouveaux. C’est une demande récurrente, indique Boulanger. Mais il n’y a pas de projet dans un avenir proche pour élargir l’accès, ajoute-t-elle.
L’une des raisons invoquées est la nécessité de protéger la riche diversité végétale du site. « Le site est un lieu particulièrement important pour la biodiversité, notamment en raison de sa tranquillité, de sa taille et de son emplacement. L’ouvrir davantage pourrait potentiellement constituer une menace pour cette biodiversité », explique-t-elle.
Il y a également des préoccupations en matière de sécurité, souligne Xavier Baert, chargé de communication au Palais royal. Le site est actuellement bien sécurisé, et l’ouvrir davantage nécessiterait « un tout nouveau périmètre de sécurité », précise-t-il.
Baert fait également remarquer que la partie du parc de Laeken ouverte en permanence au public est « relativement vaste et que la plupart des 1,25 million d’habitants de la capitale peuvent effectivement profiter de quelque 29 hectares du parc tout au long de l’année ».
Ouverture des portes
Le parti vert francophone belge, Ecolo, fait valoir qu’il n’est pas logique de maintenir le site fermé dans une ville aussi densément peuplée qui manque déjà d’espaces verts.
« À Bruxelles, où des quartiers entiers manquent cruellement d’espaces verts, laisser 186 hectares de nature derrière des murs n’a aucun sens, surtout dans un quartier très densément peuplé », a déclaré un porte-parole à Euractiv.
L’accès aux espaces verts deviendra de plus en plus important dans le contexte du changement climatique, affirment-ils. « Dans une capitale confrontée à des défis climatiques et sanitaires, chaque hectare d’espace vert compte. »
Mais la question est encore loin d’être au cœur du débat public à Bruxelles ou en Belgique. « Jusqu’à présent, cette question n’a pas encore suscité un engagement large et structuré au sein de la société civile », précise le porte-parole.
Le roi Philippe et la reine Mathilde de Belgique bénéficient d’un fort soutien de la population. Selon la chaîne commerciale belge RTL, deux tiers des Belges estiment que le roi remplit bien son rôle d’ambassadeur du pays à l’étranger, et la popularité de la famille royale a augmenté ces dernières années.
Mais pour le porte-parole d’Ecolo, il existe un « manque de compréhension des enjeux liés à l’ouverture du patrimoine ». De plus, ajoute-t-il, l’espace dédié au débat public sur cette question est limité, et il n’existe pas de « cadre clair qui permettrait de se mobiliser autour de ce sujet ».
(bw, mm)