EXCLUSIF : Bruxelles devrait accueillir les talibans pour des discussions sur les expulsions d'Afghans
Ces discussions controversées devraient se tenir dans un lieu neutre, comme un hôtel de la capitale belge, plutôt que dans les locaux de l'UE
Une délégation talibane devrait se rendre à Bruxelles avant l’été pour mener des discussions très sensibles avec des responsables de l’UE et des autorités nationales au sujet de l’expulsion des Afghans, ont indiqué à Euractiv des responsables proches des discussions.
La réunion, coordonnée à l’initiative du ministère belge de la Migration, devrait se tenir à Bruxelles et réunira des représentants de la Commission européenne, du Service européen pour l’action extérieure et d’autres administrations nationales sélectionnées, dont la Suède.
Un responsable européen a indiqué que l’invitation devrait être émise par la Commission avec le soutien de la Suède, et qu’elle serait envoyée dans les semaines à venir afin que la réunion puisse avoir lieu avant l’été.
Une visite de responsables européens et belges à Kaboul en janvier a jeté les bases d’une réunion de suivi en Europe.
Un porte-parole de la Commission a confié à Euractiv que l’exécutif préparait une suite à la mission précédente, mais n’a pas précisé si l’invitation serait lancée ni si la réunion se tiendrait en Belgique.
Un porte-parole de la ministre belge de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, a confirmé à Euractiv que les pays de l’UE et la Commission menaient des discussions techniques à Bruxelles au sujet de la prochaine mission.
La Commission a précédemment confirmé avoir établi des contacts exploratoires au niveau technique avec les autorités de facto afghanes, en coordination avec le service diplomatique de l’UE, sur la question des expulsions.
La Belgique devrait faciliter l’obtention de visas pour la délégation afghane, bien que des responsables aient souligné que l’invitation elle-même ne viendrait pas officiellement de la Belgique, compte tenu des sensibilités politiques internes. Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, s’était montré réticent à adresser directement une telle invitation, a souligné l’un des responsables.
Un porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères a expliqué à Euractiv que Bruxelles n’entretenait aucune relation diplomatique avec les talibans et n’invitait pas leurs représentants, à quelque niveau que ce soit, mais que les règles du pays hôte pourraient obliger la Belgique à autoriser des réunions sur son sol pour le compte de l’UE. À ce jour, aucune demande de ce type n’a été formulée par la Commission, a précisé le porte-parole.
Les discussions prévues à Bruxelles resteront de nature strictement technique, sans représentation politique, afin d’éviter toute perception de reconnaissance officielle du gouvernement taliban, ont déclaré trois responsables de l’UE. Les discussions devraient se tenir dans un lieu neutre, tel qu’un hôtel de la capitale belge, plutôt que dans les locaux de l’UE.
Vue d’ensemble
Les discussions devraient porter principalement sur les mécanismes de coopération pratiques, notamment l’identification des ressortissants afghans devant être rapatriés et la délivrance de documents de voyage.
La Commission s’était initialement opposée à l’idée d’adresser une invitation de manière indépendante, invoquant des inquiétudes quant au fait d’agir sans mandat unifié des gouvernements, a indiqué l’un des responsables à Euractiv. Cependant, sa position a évolué après que la Suède a fait part de sa volonté de soutenir l’initiative.
En octobre, Van Bossuyt, ministre belge de la Migration, a mené une initiative soutenue par 19 États membres appelant à une plus grande coordination au niveau de l’UE concernant l’expulsion des ressortissants afghans en situation irrégulière et des criminels, comme l’a rapporté en premier lieu Euractiv.
Les gouvernements nationaux font pression pour la mise en place d’un mécanisme à l’échelle de l’UE visant à coordonner l’expulsion des ressortissants afghans qui n’ont pas le droit légal de rester dans l’Union ou qui ont été condamnés pour des crimes.
L’accueil des talibans est controversé en raison de l’interdiction, décrétée par ce régime islamiste autoritaire pour 2024, faite aux filles et aux femmes d’accéder à l’enseignement secondaire et universitaire, ainsi que de la répression exercée contre la presse et des détentions arbitraires ou des actes de torture infligés aux détracteurs.
Le cabinet du ministre suédois de l’Immigration n’avait pas répondu à une demande de commentaires au moment de la publication.
(bw, jp)