Seul un plan Marshall pourrait sauver la Grèce, estiment les députés
Même si l’inaction du gouvernement grec est pointée du doigt, de nombreux députés insistent sur la nécessité de mettre en place un plan pour aider le pays à se reconstruire.
Même si l’inaction du gouvernement grec est pointée du doigt, de nombreux députés insistent sur la nécessité de mettre en place un plan pour aider le pays à se reconstruire.
Il y a encore quelques mois, les voix opposées à la seule cure d’austérité en Grèce étaient peu audibles au Parlement européen. Mais, les images des rues d’Athènes en feu, diffusées dimanche 12 février au moment où le Parlement grec adoptait un nouveau plan de rigueur exigé par la Troïka (UE, FMI, BCE), ont choqué. Et l’idée que seuls les coups de bâton réussiront à ramener la Grèce à l’équilibre budgétaire semble avoir vécu.
Le discours des verts et de la gauche s’est radicalisé. « On impose une décroissance brutale à la Grèce que personne ne pourrait vivre », résume le co-président du groupe des Verts Daniel Cohn-Bendit.
Pardon des pêchés
Avec son homologue à la tête du groupe des Verts, Rebecca Harms, les deux députés ont voulu rappeler à l’Allemagne qu’elle ne devait pas perdre la mémoire. « Après la deuxième guerre mondiale, les Allemands ne pouvaient que réussir parce qu’on a pardonné leurs pêchés», a-t-elle expliqué mardi 14 février. Dans les médias allemands, les stéréotypes d’une Grèce où le laisser-faire est la règle circulent.
« La Grèce a participé à hauteur de 60 milliards d’euros » pour effacer la dette de l’Allemagne, alors que le pays avait « détruit l’Europe », a tonné Daniel Cohn-Bendit. « Il faut aujourd’hui trouver un plan pour annuler la dette, réformer les institutions de l’État et faire un plan Marshall » afin de relancer le pays, a ajouté le député. « L’accord conclu entre le gouvernement grec et la troïka ne permettra pas de résoudre les problèmes. »
Même son de cloche chez Hannes Swoboda, le président du groupe des sociaux-démocrates, où siègent les députés européens PS. « Le salaire minimum sera de 500 euros, mais si vous ne travaillez pas pour 300 ou 400 euros on ne va pas vous recruter. Il y a un chantage de la troïka en Grèce, cela rend les choses dangereuses », a-t-il déclaré.
Droit dans le mur
L’inquiétude sur les conséquences de l’austérité est également palpable dans le discours des conservateurs du PPE. « On ne peut pas couper 10% des salaires, il faut réfléchir autrement sinon on va dans le mur. Il faut surtout une entente pour pouvoir aider les citoyens grecs », a expliqué le chef du groupe, le Français Joseph Daul. « Le paquet présenté à ce stade n’est pas à la hauteur des enjeux, il faut faire des propositions pour la croissance et l’emploi. »
De son côté le groupe libéral ADLE est divisé. Le président du groupe a cependant condamné l’action de la troïka. « On demande plus d’efforts au privé, plus d’impôts, mais on ne s’attaque pas au système politique [du pays] basé sur le clientélisme, les banques publiques, la corruption (…) Si ces problèmes ne sont pas traités, il n’y aura pas de solutions à la clé », a affirmé Guy Verhofstadt.
« Personne ne suit le dossier »
Les socialistes européens veulent mettre la main à la pâte pour relancer l’économie grecque. Et les Verts sont dans la boucle mais pas le PPE.
« Je ne veux pas faire partie d’une mission où l’on fera trois voyages pour me montrer des gens sélectionnés », a indiqué Jean-Paul Gauzès (PPE). « Les gens de la troïka sont de niveau hiérarchique subalterne et le commissaire européen d’une grande léthargie face à ces questions. Le problème est que la Grèce intéresse les gens pendant leurs réunions mais à la fin des rencontres, personne ne suit le dossier. Aujourd’hui, je peux vous le dire, les membres de la task force sont démoralisés ».
Ce groupe de fonctionnaires européens et des pays de l’UE est censé aider la Grèce à réformer son administration publique, son système fiscal et à mieux utiliser les fonds régionaux.
Depuis deux ans, la Grèce n’a pas réglé le problème du clientèlisme qui ronge le fonctionnement de son État. Une loi a été votée la semaine dernière pour restructurer l’administration. Mais, son application, si elle a lieu, prendra du temps.
Les armateurs ne sont toujours pas taxés et l’évasion fiscale est encore un sport national. Un manque à gagner estimé à 16,4 milliards d’euros, a pointé la députée socialiste Catherine Trautmann.
Le tourisme…
Ces problèmes sont connus et n’avancent pas. Mais quels sont les autres leviers de croissance sur lesquels le pays peut miser pour reconstruire son économie ?
La question a laissé presque cois des députés socialistes français interrogés mardi 14 février par des journalistes. A droite, les réponses ont été tout aussi vagues. « Il faut plus d’autorité sur le gouvernement grec et que l’Europe ne se borne pas à des conférences téléphoniques », a répondu Jean-Paul Gauzès. Et sinon ? « Le tourisme… »
De son côté, l’écologiste Daniel Cohn-Bendit estime qu’un fonds financé par la Banque européenne d’investissement et cogéré par l’Union européenne et la Grèce pourrait aider à remettre sur pied l’économie du pays.