Seuls les conservateurs de David Cameron défendent l’accord budgétaire au Parlement
Lors du premier débat organisé hier (18 février) au Parlement européen depuis l’accord sur le budget pour 2014-2020 convenu par les chefs d’État et de gouvernement de l’UE, des grands groupes politiques se sont largement opposés à cet accord. Seul le Groupe des conservateurs et réformistes européens a salué l’accord, qui doit être approuvé par le Parlement.
Lors du premier débat organisé hier (18 février) au Parlement européen depuis l’accord sur le budget pour 2014-2020 convenu par les chefs d’État et de gouvernement de l’UE, des grands groupes politiques se sont largement opposés à cet accord. Seul le Groupe des conservateurs et réformistes européens a salué l’accord, qui doit être approuvé par le Parlement.
Le président du Conseil de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission, José Manuel Barroso, ont palpé l'ambiance à l'occasion d'une première rencontre avec les eurodéputés depuis que les dirigeants de l'UE ont convenu d'un budget pour 2014-2020 lors d'un sommet les 7 et 8 février.
MM. Van Rompuy et Barroso se sont entretenus avec le vice-président du Parlement Gianni Pittella (S&D) et les chefs de file des groupes politiques. Le vice-président italien remplaçait Martin Schulz, le président du Parlement, qui était malade.
M. Van Rompuy a souligné qu'en dépit des coupes, la proposition de budget était un « bon accord pour l'Europe dans son ensemble ».
Il a déclaré que des priorités évidentes avaient été fixées, avec une augmentation des investissements dans la croissance et l'emploi.
M. Barroso a déclaré que la Commission aurait préféré un résultat « plus ambitieux pour l'Europe ». Il a cependant mis en évidence des résultats positifs : une augmentation des fonds pour le transport de 8,5 milliards à plus de 24 milliards entre la période actuelle et la suivante, un investissement de 5 milliards d'euros dans l'infrastructure énergétique à l'échelle européenne et une allocation de 6 milliards d'euros à l'initiative sur les perspectives d'emploi des jeunes.
Soutien des conservateurs
Le chef de file du Groupe des conservateurs et réformistes européens (CRE), Martin Callanan, a demandé aux eurodéputés d'éviter d’entrer en conflit avec les gouvernements nationaux sur le budget de l'Union.
Il a a déclaré que l'accord conclu n'était « pas parfait » et a ajouté que le président français, François Hollande, refusait que les montants « incroyables » octroyés à l'agriculture de la France soient redirigés vers des domaines en faveur de la croissance. Il a cependant appelé les autres groupes à soutenir le compromis et s'est opposé aux projets de vote à bulletin secret des eurodéputés.
M. Callanan, le seul a soutenir l'accord au sein d'une forte opposition parlementaire, a également déclaré que le premier ministre britannique, David Cameron, comptait « beaucoup d'amis » au Conseil en faveur de coupes dans le budget de l'UE ou de meilleures dépenses. Il a fait allusion au premier ministre néerlandais, Mark Rutte, à la chancelière allemande, Angela Merkel, au premier ministre suédois, Frederik Reinfeldt (PPE), et à la première ministre socialiste danoise, Helle Thorning-Schmidt.
« Les Verts n'ont bien sûr pas de premier ministre, mais nous devrions tous en être reconnaissants », a-t-il indiqué.
Forte opposition
Les dirigeants des grands groupes politiques ont toutefois dénoncé l'accord.
Joseph Daul, le président du Groupe PPE de centre-droit, a déclaré que la proposition budgétaire n'était « pas acceptable ». L'accord est une « proposition » qui doit être négociée avec le Parlement, a-t-il souligné, demandant des chiffres détaillés.
L'accord budgétaire publié sur le site du Conseil reprend en effet les chiffres globaux des rubriques, mais peu de détails.
Le président du Groupe des socialistes et démocrates, Hannes Swoboda, a déclaré que l'accord proposé par les dirigeants de l'UE ne rencontrait aucun soutien au Parlement. Il a ajouté qu'il était impossible d'avoir de « grandes priorités avec de petits montants ». Il a cité par exemple la Garantie pour la jeunesse, qui ne pourra pas être financée avec seulement 6 milliards d'euros, et les coupes dans les fonds de la stratégie numérique, qui passent de 9,2 milliards d'euros dans la proposition de la Commission à seulement 1 milliard d'euros.
M. Swoboda a déclaré que la proposition était mauvaise pour une Europe embourbée dans une crise financière et économique, ajoutant qu'elle donnerait lieu à sept années d'austérité.
« Dans l'état actuel, nous devons dire non à ce budget. Des négociations substantielles sont nécessaires, ensuite vous aurez notre soutien » a-t-il indiqué à MM. Van Rompuy et Barroso.
Clause de révision
Le chef de file du Groupe libéral ADLE, Guy Verhofstadt, a déclaré que l'accord convenu était un « budget pour moins et non plus d'Europe ». Il a évoqué le risque de déficit budgétaire.
« En 2006, les restes à liquider représentaient 130 milliards d'euros, qui augmenteront jusqu'à près de 230 milliards en 2013, et avec ce CFP, ils pourraient passer à plus de 300 milliards d'euros ! Officiellement, nous n'avons pas de dette, car c'est interdit par le traité, mais en réalité, vous créez une dette de 300 milliards d'euros », s'est-il exclamé.
M. Verhofstadt a déclaré que le Parlement n'accepterait pas ce budget, sauf si ce dernier était soumis à une « clause de révision ». Le budget prendrait donc fin à une date déterminée, à moins que le Parlement ne l'accepte à nouveau.
La vice-présidente belge du Parlement, Isabelle Durant (Verts/ALE), est même allée plus loin. Elle a déclaré que les députés feraient pression en faveur de budgets annuels pour 2013 et 2014 et demanderaient la négociation d'un nouveau budget après les élections européennes de 2014.
En réponse aux critiques, M. Van Rompuy a déclaré qu'il serait injuste de diviser les dirigeants de l'UE entre « bons » et « mauvais » Européens. Il a également affirmé qu'avec un budget de seulement 1 % du PIB de l'Union, il était impossible de résoudre tous les problèmes de l'UE.