Slovaquie : les rassemblements publics limités, un salaire à vie accordé à Robert Fico
Le parlement slovaque a adopté jeudi (27 juin) un ensemble de mesures largement critiquées qui, selon la coalition au pouvoir, devraient améliorer la situation sécuritaire en Slovaquie à la suite de la tentative d’assassinat du Premier ministre Robert Fico.
Le parlement slovaque a adopté jeudi (27 juin) un ensemble de mesures largement critiquées qui, selon la coalition au pouvoir, devraient améliorer la situation sécuritaire en Slovaquie à la suite de la tentative d’assassinat du Premier ministre Robert Fico.
Parmi les différentes mesures de la loi surnommée Lex Assassination, qui entrera en vigueur le 15 juillet, figurent de nouveaux motifs de refus, d’interdiction ou d’annulation des rassemblements publics.
Ainsi, les rassemblements devant les habitations seront interdits. Les rassemblements pourront également être interdits s’ils sont prévus à proximité du domicile d’une personne dont la profession ou la fonction est directement liée à l’objet du rassemblement. Parmi les autres raisons invoquées, on trouve l’atteinte potentielle au droit des citoyens à la vie privée et à la jouissance paisible de leur domicile. Les rassemblements devraient également être évités s’il existe un risque d’affrontement entre les participants de plusieurs manifestations concurrentes.
Amnesty International, entre autres organisations, a immédiatement critiqué les nouvelles restrictions.
« Ce projet de loi présente les rassemblements publics ou les manifestations comme une menace à l’ordre et la sécurité publics. Au lieu de faciliter le droit de manifester, le gouvernement a décidé de le restreindre », a alerté Radoslav Sloboda, directeur de la branche slovaque d’Amnesty International.
La nouvelle législation stipule également que les trois plus hauts responsables de l’État — le président, le président du parlement et le Premier ministre — devraient avoir droit à un logement « équipé de manière appropriée » fourni par le ministère de l’Intérieur.
En outre, les présidents du parlement et les Premiers ministres exerçant plus de deux mandats électoraux complets auraient droit à un salaire à vie et à des gardes du corps.
Ce point a été critiqué comme étant spécifiquement destiné au Premier ministre sortant Robert Fico, le seul responsable politique slovaque qui réponde à ces critères.
Lex Assassination introduit également du personnel de sécurité pour tous les dirigeants des partis parlementaires, le président de la Cour constitutionnelle slovaque et le procureur général.
La crainte d’un État policier
La législation a suscité de vives réactions et la coalition au pouvoir a dû reculer sur plusieurs propositions remises en question par le parquet général, le défenseur public des droits et l’Association des villes et communes de Slovaquie (ZMOS).
Lors d’un débat le 22 juin sur la radio RTVS, le ministre de la Défense Robert Kaliňák (Smer-SD) a déclaré que la Lex Assassination améliorerait la sécurité en Slovaquie.
En ce qui concerne le salaire à vie de Robert Fico, il a affirmé que la loi était rédigée en termes généraux et ne mentionnait aucun nom en particulier.
« Nous avons cette coutume dans le cas du président, donc je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas pour les Premiers ministres qui sont en fonction depuis longtemps », a soutenu Robert Kaliňák.
Mária Kolíková, ancienne ministre de la Justice et députée de l’opposition du parti libéral SaS, s’est opposée aux affirmations de Robert Kaliňák et a exprimé ses craintes d’un « État policier ».
« La Lex Assassination, telle qu’elle a été présentée, […] a ouvert la voie à un État policier. Cela n’a rien à voir avec l’amélioration de la sécurité », a conclu Mária Kolíková.