Slovaquie : Robert Fico accuse la République tchèque d’ingérence
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, réitère ses accusations d’ingérence des médias et des diplomates tchèques dans les affaires intérieures slovaques.
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, réitère ses accusations d’ingérence des médias et des diplomates tchèques dans les affaires intérieures slovaques.
Quelques jours seulement après avoir formulé ces allégations, Robert Fico a détaillé ses commentaires lors de la réunion annuelle avec les diplomates tchèques qui s’est tenue ce vendredi.
Lors de cet événement, Robert Fico s’est adressé directement à l’ambassadeur tchèque à Bratislava, Rudolf Jindrák, en exprimant son profond mécontentement quant à la position de la scène politique et médiatique tchèque.
« Monsieur l’ambassadeur, je ne comprends pas l’ingérence de la scène politique et médiatique tchèque dans la politique intérieure de la République slovaque », a affirmé le Premier ministre slovaque.
Robert Fico avait fait des déclarations similaires en début de semaine, affirmant que les attaques dont il faisait l’objet dans les médias tchèques visaient à discréditer l’ancien Premier ministre nationaliste tchèque, Andrej Babiš.
« Les rivaux d’Andrej Babiš s’efforcent de donner l’impression qu’Andrej Babiš en République tchèque sera le même que Robert Fico en Slovaquie », avait-il affirmé lundi.
Les relations entre la Slovaquie et la République tchèque sont déjà tendues, principalement en raison des positions divergentes des deux pays sur la guerre en Ukraine. Robert Fico a été confronté à une opposition féroce à la suite de sa visite à Moscou en décembre dernier, où il a rencontré le président russe Vladimir Poutine.
L’année dernière, le gouvernement tchèque a suspendu les consultations intergouvernementales avec la Slovaquie en raison de désaccords sur les décisions de politique étrangère de Robert Fico.
Le ministre des Affaires étrangères tchèque, Jan Lipavský, a défendu l’ambassadeur tchèque en Slovaquie, Rudolf Jindrák, dans un post sur X, rejetant les accusations du Premier ministre slovaque.
Il a souligné que la République tchèque est un pays démocratique où la liberté d’expression est respectée et que le gouvernement tchèque ne s’immisce pas dans la politique slovaque.
Le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, a également réagi en qualifiant les commentaires de son homologue slovaque d’« absurdes », soulignant qu’Andrej Babiš avait publié une vidéo faisant la promotion de Robert Fico pendant le moratoire préélectoral de la Slovaquie en 2023.
Pas de nouveau rideau de fer
En plus de blâmer ses voisins tchèques pour les difficultés qu’il rencontre dans son pays, Robert Fico a nié que son gouvernement modifiait l’orientation de la politique étrangère de la Slovaquie, affirmant que le pays restait fermement ancré dans l’Union européenne (UE) et dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).
Il a par ailleurs rejeté les allégations de l’opposition selon lesquelles sa politique mettrait en péril l’adhésion de la Slovaquie à ces organisations, les qualifiant de « mensonges obscènes » destinés uniquement à provoquer des troubles dans la société.
L’orientation pro-russe et anti-européenne du gouvernement est toutefois l’un des éléments déclencheurs des manifestations de masse contre Robert Fico ces dernières semaines, au cours desquelles des dizaines de milliers de Slovaques sont descendus dans la rue.
Vendredi, le Premier ministre slovaque a également abordé la question des relations avec la Russie, s’élevant contre l’idée d’un « nouveau rideau de fer » entre l’Europe et la Russie et exprimant son intérêt pour une normalisation des relations une fois la guerre en Ukraine terminée.
Il a également confirmé sa participation controversée aux célébrations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui se tiendront à Moscou en mai.
Moins d’alliés, plus d’ennemis
Outre les manifestations, Robert Fico doit également composer avec une majorité parlementaire incertaine, car une poignée de députés rebelles ont refusé de voter avec son gouvernement de coalition cette semaine.
Alors que ses alliés s’amenuisent à l’intérieur du pays, il semble vouloir chercher de nouveaux ennemis à l’étranger.
Le Premier ministre a également profité de la conférence de presse de vendredi pour perpétuer les théories du complot sur les manifestations, qui seraient liées aux services de renseignements militaires ukrainiens. Il a également répété les allégations liant les organisateurs des manifestations aux partis d’opposition, qui, selon lui, tentent d’affaiblir son gouvernement démocratique.
Enfin, Robert Fico a associé les manifestations aux récentes cyberattaques massives contre le registre foncier et la Compagnie générale d’assurance maladie publique VšZP, en présentant des preuves apparemment fallacieuses à l’appui.
(AM)