Sommet de Prague : les États membres toujours divisés sur un plafond des prix du gaz

Les divisions entre les États membres concernant le plafonnement des prix du gaz et les tensions liées au bouclier de 200 milliards d’euros de l’Allemagne sont apparues au grand jour vendredi lors du sommet informel des dirigeants de l’UE à Prague.

/ EURACTIV.com depuis Prague
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Les divisions étaient déjà bien visibles avant même que les dirigeants européens ne commencent à discuter de la manière de réduire les coûts de l'énergie et de garantir l'approvisionnement hivernal à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. [[European Union]]

Les divisions entre les États membres concernant le plafonnement des prix du gaz et les tensions liées au bouclier de 200 milliards d’euros de l’Allemagne se sont révélées lors du sommet informel des dirigeants de l’UE à Prague consacré à la crise énergétique actuelle vendredi (7 octobre).

Bien qu’aucune décision n’était attendue, la discussion informelle aurait pu déboucher sur des avancées sur les questions liées à l’énergie et de préparer le terrain pour un accord final lors du sommet officiel de l’UE des 20 et 21 octobre.

Les divisions étaient pourtant bien visibles avant même que les dirigeants ne commencent à discuter des moyens de réduire les factures d’énergie et de garantir l’approvisionnement en gaz pour l’hiver.

Avant la tenue du sommet, la majorité des pays de l’UE ont demandé à Bruxelles de proposer un plafonnement des prix de gros du gaz. Toutefois, les capitales européennes ne sont pas d’accord sur la manière dont ce plafond serait mis en œuvre, et certaines hésitent encore à l’instaurer.

L’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas s’opposent à un tel plafonnement, craignant qu’il ne rende difficile l’achat de gaz sur des marchés mondiaux en tension et freine les incitations à réduire la consommation.

La Commission européenne s’était également montrée réticente à l’idée de plafonner les prix du gaz, invoquant des préoccupations similaires. Elle a toutefois cédé à la pression en envoyant, en amont du sommet, des idées concernant un plafonnement des prix des importations et un plafonnement du gaz utilisé pour la production d’électricité.

Parallèlement, quatre pays — la Pologne, la Grèce, l’Italie et la Belgique — ont présenté une proposition alternative de « plafond dynamique » des prix qui permettrait de limiter la volatilité du marché du gaz en empêchant le prix d’augmenter ou de baisser au-delà d’un certain niveau.

Le plafond répondrait aux préoccupations concernant la compétitivité de l’Europe sur les marchés mondiaux du gaz en autorisant certains achats au-dessus du prix plafond.

« Nous avons besoin d’une intervention sur le marché parce que nous ne pouvons plus payer ces prix », a déclaré le Premier ministre belge Alexander De Croo, précisant que le soutien en faveur d’une sorte de plafond était passé de trois pays en mars à 24 pays aujourd’hui.

Le Premier ministre irlandais, Micheal Martin, a déclaré qu’il restait « beaucoup de travail à faire » avant de parvenir à un accord. Le Premier ministre italien sortant, Mario Draghi, s’est quant à lui montré plus optimiste, déclarant que « les choses bougent ».

La Commission européenne devrait également poursuivre les discussions avec les fournisseurs afin de faire baisser les prix du gaz et annoncer un nouveau financement dans le cadre du plan REPowerEU visant à abandonner les combustibles fossiles russes.

« Nous allons envisager un financement supplémentaire au niveau européen afin que tous les États membres aient la même possibilité d’investir dans la transition », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aux journalistes à Prague.

Bruxelles présentera également de nouvelles mesures visant à redessiner le marché de l’électricité d’ici la fin de l’année.

Mécontentement à l’égard de l’Allemagne

La rencontre des dirigeants européens a été assombrie par le mécontentement suscité par le plan d’aide controversé de 200 milliards d’euros proposé par l’Allemagne aux entreprises. Les réactions sont allées de l’irritation à l’indignation, témoignant d’un profond clivage entre Berlin et ceux qui, dans l’Union européenne, souhaitent davantage de solidarité.

La Pologne a accusé l’Allemagne de « détruire » le marché intérieur de l’UE en subventionnant ses propres entreprises, tout en s’opposant à un plafonnement du prix du gaz au niveau européen.

« Le pays le plus riche, le pays le plus puissant de l’UE essaie d’utiliser cette crise pour obtenir un avantage concurrentiel pour ses entreprises sur le marché unique. Ce n’est pas juste, ce n’est pas comme ça que le marché unique devrait fonctionner », a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

« L’égoïsme allemand doit être mis au placard », a-t-il ajouté, réitérant les craintes d’un fossé fiscal séparant les pays riches qui peuvent se permettre de dépenser beaucoup en subventions nationales et ceux qui ne le peuvent pas.

M. De Croo a quant à lui lancé un coup de gueule : « Nous ne pouvons pas tout résoudre à coup de subventions. Des paquets [de soutien] aussi importants ne sont plus nécessaires. »

Le chancelier allemand Olaf Scholz a par la suite déclaré que les discussions informelles de Prague avaient permis de dissiper les « malentendus » concernant le paquet de Berlin. Il a défendu cette mesure comme étant la bonne, ajoutant que la France, les Pays-Bas et d’autres pays avaient mis en place des mesures de soutien.

L’UE se prépare à l’hiver

Les stocks de gaz de l’UE étant remplis à 90 %, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que l’Union était bien préparée pour l’hiver.

« Nous disposons de la première ligne de protection de notre marché. Il est maintenant temps de discuter de la manière dont nous pouvons limiter les pics de prix de l’énergie et la manipulation des prix de l’énergie par M. Poutine », a-t-elle ajouté.

La question qui se pose maintenant est de savoir si l’UE sera en mesure de remplir ces stocks d’ici l’hiver 2023, ce qui pourrait s’avérer encore plus délicat que de les remplir pour cet hiver.

Les pays de l’UE se sont déjà mis d’accord sur des objectifs de réduction de la demande d’électricité et de gaz et seront libres de choisir les mesures appropriées pour les atteindre. Celles-ci comprennent des campagnes d’information du public et des appels d’offres pour l’énergie économisée.

Le plafonnement des prix dans l’UE pourrait toutefois nécessiter des réductions plus importantes de la consommation. Les experts du marché ont critiqué cette idée, estimant qu’elle peut être inefficace car elle profite à ceux qui n’en ont pas besoin et qu’elle n’incite pas les consommateurs à réduire leur consommation de gaz.

Tout plafond « devra aller de pair avec des programmes équivalents de réduction de la demande », a déclaré le spécialiste du marché Bram Claeys à EURACTIV. Or, « nous ne les voyons pas », a-t-il alerté sur Twitter.

Parallèlement, le président du Conseil européen, Charles Michel, a déclaré qu’il y avait un « soutien croissant » pour les achats publics de fournitures énergétiques afin de s’assurer que les stocks soient pleins lorsque « cela redeviendra nécessaire ».

Volodymyr Zelensky demande plus de pression sur le secteur énergétique russe

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la dépendance de l’Europe à l’égard des combustibles fossiles russes est une source d’inquiétude majeure, puisqu’elle contribue à financer la guerre. Lors de son intervention auprès des dirigeants européens par liaison vidéo, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé Bruxelles à isoler davantage le secteur énergétique russe.

« Nous devons continuer à aller dans cette direction, celle de la pression sur le secteur énergétique russe, sur cette principale source de revenus de l’État agresseur », a déclaré M. Zelensky.

L’UE a déjà sanctionné le charbon et le pétrole russe et les propos de M. Zelensky interviennent au lendemain de l’adoption par l’Union d’une nouvelle série de sanctions à l’encontre de Moscou.

M. Zelensky a également réitéré les appels de Kiev en faveur de la « démilitarisation » de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia — la plus grande installation nucléaire d’Europe, située dans une région que la Russie a officiellement annexée.

Le retrait des équipements et des troupes militaires russes est « essentiel pour la sécurité nucléaire » et pour que l’Ukraine ait suffisamment d’électricité à exporter, a-t-il précisé.