[Édité par Anne-Sophie Gayet]
Sommet du G20 : soutien à l’Ukraine mais pas de condamnation de la Russie
Les dirigeants du G20 ont adopté samedi une déclaration appelant au respect de « l’intégrité territoriale et de la souveraineté » par « tous les États », évitant de mentionner explicitement la Russie et son rôle dans la guerre en Ukraine.
Les dirigeants du G20 ont adopté samedi (9 septembre) par consensus une déclaration appelant au respect de « l’intégrité territoriale et de la souveraineté » par « tous les États », évitant de mentionner explicitement la Russie et son rôle dans la guerre en Ukraine.
Le communiqué du sommet du G20 à Delhi, en Inde, indique que tous les États doivent « respecter les principes du droit international » et « s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force pour chercher à s’emparer de territoires au détriment de l’intégrité territoriale, de la souveraineté ou de l’indépendance politique de quelque État que ce soit ».
« Nous accueillons favorablement toute initiative pertinente et constructive en faveur d’une paix globale, juste et durable en Ukraine », peut-on lire dans la déclaration.
« L’emploi ou la menace d’emploi de l’arme nucléaire est inadmissible », est-il également précisé.
La formulation retenue par les dirigeants du G20 affaiblit une position antérieure, adoptée dans une déclaration du G20 à Bali en novembre dernier, qui rendait la Russie directement responsable de la guerre en Ukraine.
Le consensus obtenu le premier jour du sommet a surpris, car le G20 est profondément divisé au sujet de la guerre en Ukraine. Les pays occidentaux ont en effet insisté pour que le communiqué condamne fermement la Russie, tandis que les pays plus réticents ont exigé que l’accent soit mis sur des questions économiques plus larges.
Certains responsables du G20 ont déclaré qu’une telle retenue dans la formulation avait été le seul moyen d’obtenir le ralliement de certains des membres les plus favorables à Moscou et de la Russie elle-même.
Selon les diplomates, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est fortement impliqué dans les semaines de négociations qui ont abouti à la version finale de la déclaration.
Il n’y a pas eu de réaction immédiate de la part de la Russie, bien que M. Lavrov ait déclaré avant la réunion qu’il bloquerait la déclaration finale si elle ne reflétait pas la position de Moscou sur l’Ukraine et d’autres crises.
Le sherpa du sommet, représentant de l’Inde auprès du G20, a déclaré que le pays hôte avait travaillé « très étroitement » avec le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Indonésie pour parvenir à un consensus sur la formulation à adopter concernant la guerre en Ukraine dans le document du sommet.
« C’est un fait qu’il s’agit aujourd’hui d’une question très clivante et qu’il existe de multiples points de vue à ce sujet », a déclaré samedi le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, en référence à l’Ukraine.
« Bali, c’était il y a un an, la situation était différente — beaucoup de choses se sont produites depuis », a-t-il ajouté, en défendant la modération de son langage.
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a déclaré qu’il n’y avait pas lieu d’être fier de cette déclaration, ajoutant qu’une présence ukrainienne au sommet aurait permis aux participants de mieux comprendre la situation.
Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko, a publié une capture d’écran de la section concernée de la déclaration commune, avec plusieurs parties du texte barrées en rouge et corrigées par une formulation reflétant la position de l’Ukraine, qui se considère comme victime d’une agression russe non provoquée.
G20 adopted a final declaration. We are grateful to the partners who tried to include strong wording in the text. However, in terms of Russia's aggression against Ukraine, G20 has nothing to be proud of. This is how the main elements of the text could look to be closer to reality pic.twitter.com/qZqYluVKKS
— Oleh Nikolenko 🇺🇦🇨🇦 (@OlehNikolenko_) September 9, 2023
« Il est clair que la participation de l’Ukraine [à la réunion du G20] aurait permis aux participants de mieux comprendre la situation », a-t-il écrit sur Facebook.
M. Nikolenko a toutefois remercié les alliés de l’Ukraine d’avoir contribué à faire avancer la position ukrainienne dans la déclaration.
« L’Ukraine est reconnaissante aux partenaires qui ont essayé d’inclure des formulations fermes dans le texte », a-t-il déclaré.
La déclaration appelle également à la mise en œuvre de l’initiative céréalière de la mer Noire pour assurer la sécurité des flux de céréales, de denrées alimentaires et d’engrais entre l’Ukraine et la Russie.
La Russie s’est retirée de l’accord en juillet pour ce qu’elle a qualifié de non-respect de ses demandes de mise en œuvre d’un accord parallèle assouplissant les règles relatives à ses propres exportations de denrées alimentaires et d’engrais.
La déclaration indique également que le groupe a convenu de s’attaquer aux vulnérabilités de la dette dans les pays à revenu faible et intermédiaire « de manière efficace, globale et systématique », mais n’a pas établi de nouveau plan d’action.
Elle indique également que les pays se sont engagés à renforcer et à réformer les banques multilatérales de développement (BMD), tout en acceptant la proposition d’une règlementation plus stricte des cryptomonnaies.
Il a également été convenu que le monde avait besoin d’un total de 4 000 milliards de dollars de financement annuel pour la transition énergétique, avec une part élevée d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique primaire.
La déclaration appelle à accélérer les efforts « visant à éliminer progressivement les centrales électriques au charbon sans dispositif d’atténuation », mais précise que cela doit se faire « en fonction des situations nationales et en reconnaissant la nécessité de soutenir des transitions justes ».