Sondage : la guerre en Ukraine révèle une perte d’influence de l'Occident

Un sondage réalisé par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) révèle une perte d'influence des grandes puissances occidentales, malgré le soutien en bloc des Européens et Américains en faveur d'une Ukraine assiégée.

Euractiv.com
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« Le paradoxe de la guerre en Ukraine est que l’Occident est à la fois plus uni et moins influent dans le monde que jamais auparavant », a déclaré Mark Leonard, directeur de l’ECFR et coauteur du rapport. [EPA-EFE/OLEG PETRASYUK]

Un sondage réalisé par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) révèle une perte d’influence des grandes puissances occidentales, malgré le soutien en bloc des Européens et Américains en faveur d’une Ukraine assiégée.

Le sondage, réalisé en 2023, a récolté les opinions des citoyens de neuf États membres de l’UE, dont la France, l’Allemagne et la Pologne, mais aussi la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Inde, la Turquie et la Chine.

Les résultats dévoilent de fortes différences géographiques dans les attitudes à l’égard de la guerre, de la démocratie et de l’équilibre démocratique mondial. En effet, l’agression de la Russie pourrait représenter un virage marquant l’émergence d’un ordre mondial « post-occidental », selon les auteurs de l’étude.

« Le paradoxe de la guerre en Ukraine est que l’Occident est à la fois plus uni et moins influent dans le monde que jamais auparavant », a déclaré Mark Leonard, directeur de l’ECFR et coauteur du rapport.

« Alors que la plupart des Européens et des Américains vivent dans un monde d’avant la guerre froide, structuré par la confrontation de la démocratie et de l’autoritarisme, beaucoup en dehors de l’Occident vivent dans un monde postcolonial fixé sur l’idée de la souveraineté nationale », a déclaré Timothy Garton Ash,un autre des coauteurs.

Cependant, l’Occident a « totalement échoué à persuader les autres grandes puissances, comme la Chine, l’Inde et la Turquie » à s’allier à la condamnation générale de la Russie.

« Nous avons besoin au plus vite d’un nouveau discours qui soit réellement convaincant pour des pays comme l’Inde, la plus grande démocratie du monde », analyse M. Garton Ash.

La Russie, cet « adversaire »

L’enquête a aussi montré que les opinions occidentales sur la Russie s’étaient également durcies au cours de l’année écoulée.

De larges majorités au Royaume-Uni (77 %), aux États-Unis (71 %) et dans les neuf États membres de l’UE (65 %) considèrent la Russie comme un « adversaire », avec lequel leur pays est en conflit, ou comme un « rival ».

Seuls 14 % aux États-Unis, 15 % dans les neuf États membres de l’UE et 8 % en Grande-Bretagne considèrent la Russie comme un « allié » qui partage leurs intérêts ou un « partenaire nécessaire ».

Invitées à choisir deux des dix descriptions proposées, les personnes interrogées aux États-Unis ont respectivement choisi « agressif » (45 %) et « indigne de confiance » (41 %), et ces mêmes mots ont été retenus par 48 % et 30 % dans les neuf États membres de l’UE et 57 % et 49 % au Royaume-Uni.

En moyenne, 55 % des personnes interrogées dans les neuf États membres sont favorables au maintien des sanctions contre Moscou, même au prix de difficultés économiques.

Chine, Inde, Turquie : la Russie « partenaire »

En revanche, les puissances émergentes comme la Chine, mais aussi l’Inde et la Turquie, s’en tiennent à définir la Russie comme leur « partenaire » et leur « allié », bien qu’elles reconnaissent officiellement l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Un grand nombre de personnes en Chine (76 %), en Inde (77 %) et en Turquie (73 %), par exemple, ont déclaré avoir le sentiment que la Russie est « plus forte » ou « aussi forte » qu’avant le début de la guerre, il y a bientôt un an.

La plupart des sondés considèrent Moscou comme un « allié » stratégique et un « partenaire nécessaire » de leur pays.

De plus, de nombreuses personnes (41 % en Chine, 48 % en Turquie et 54 % en Inde) souhaitent que la guerre prenne fin le plus rapidement possible, même si cela implique que l’Ukraine renonce à ses territoires occupés, tandis que seulement 23 %, 27 % et 30 % pensent que l’Ukraine devrait récupérer ses terres même au prix d’un conflit plus long.

L’implication active de l’Occident suscite le scepticisme au-delà de ses frontières, car les appels à la « défense de la démocratie » ne sont pas suffisamment crédibles dans les autres pays.

Un retour de la guerre froide

L’enquête montre que chaque nation non occidentale considère sa propre démocratie comme celle qui fonctionne le mieux : en Chine, 77 % des personnes ont répondu que la Chine est la « vraie démocratie », 57 % en Inde considèrent qu’il s’agit de l’Inde et 36 % en Turquie pensent cela de leur propre pays.

« De nombreuses personnes à l’Ouest voient l’ordre international à venir comme le retour d’une bipolarité de type guerre froide entre l’Ouest et l’Est, la démocratie et l’autoritarisme », ont déclaré les auteurs de l’étude, mais ont ajouté que les habitants de ces pays se percevraient de manière très différente.

L’Occident devra cohabiter avec des « dictatures hostiles comme la Chine et la Russie », mais aussi avec des puissances indépendantes comme l’Inde et la Turquie, affirment les auteurs.

Ces pays ne « représentent pas un nouveau troisième bloc » ni ne partagent une idéologie commune, mais ils ne sont pas non plus « disposés à s’adapter aux caprices et aux plans des superpuissances », ajoutent-ils.

Au lieu d’attendre d’eux qu’ils soutiennent « les efforts occidentaux pour défendre l’ordre déclinant de l’après-guerre froide, nous devons être prêts à nous associer à eux pour en construire un nouveau », ont conclu les auteurs de l’étude.