Souveraineté énergétique : Thierry Breton rassure les partenaires internationaux de l’UE
Thierry Breton a tenu à rassurer jeudi (28 septembre) les acteurs du marché des matières premières critiques en rappelant la stratégie européenne d'internalisation et de diversification, lors d'un évènement organisé par l'Agence internationale de l'énergie (IEA).
Thierry Breton a tenu à rassurer jeudi (28 septembre) les acteurs du marché des matières premières critiques en rappelant la stratégie européenne d’internalisation et de diversification, lors d’un évènement organisé par l’Agence internationale de l’énergie (IEA).
Une première pour l’Agence internationale de l’énergie, depuis que son mandat a été élargi en 2022. L’institution basée à Paris organisait jeudi (28 septembre) un évènement d’ampleur sur les matières premières critiques, réunissant plus de 90 décideurs politiques, institutionnels et industriels venus de plus de 50 pays.
L’UE, de son côté, déploie depuis mi-mars sa stratégie, avec une proposition de la Commission européenne (Critical raw materials act, CRMA, en anglais) pour une meilleure gestion des ressources indispensables à la transition énergétique.
L’exécutif européen propose ainsi que, pour une liste de métaux critiques et stratégiques, 10 % soient produits sur le sol de l’UE, 40 % y soient transformés et 15 % recyclés.
Depuis, les objectifs ont été revus à la hausse par les parlementaires européens, notamment sur le recyclage (de 15 à 45 %) et sur les étapes de transformation (de 40 à 50 %).
Aussi, l’UE disposerait de capacités d’extraction bien plus importantes que celles estimées aujourd’hui. À tel point qu’elle pourrait, à terme, exporter ses capacités, avançait Christophe Poinssot, directeur général délégué du Bureau de recherches géologiques et minières français (BRGM), lors d’un colloque début juillet.
Dès lors, en introduction de l’évènement, le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a tenu à rappeler le mantra européen : « l’Europe ne peut pas remplacer sa dépendance aux énergies fossiles contre une dépendance aux métaux critiques ».
Dans le même temps, le décideur européen a souhaité rassurer ses partenaires.
« Ne vous méprenez pas, cela ne veut pas dire que nous voulons tout produire en Europe. Jamais, a-t-il insisté, notre approche repose en grande partie sur la coopération avec des partenaires aux vues similaire ».
Et même si l’UE le voulait, « nous ne pourrons pas tout produire chez nous », a-t-il complété.
Pour illustrer, M. Breton a rappelé que l’UE a « perdu [son] avantage concurrentiel dans l’exploitation minière ». Les États membres cherchent bien à relancer des exploitations minières sur leur sol, mais l’acceptabilité sociale de ce type de projets n’est plus assurée.
Au nord du Portugal, par exemple, retranchés entre les montagnes, des projets miniers font déjà l’objet de fortes contestations.
En outre, selon des observateurs comme M. Poinssot, si l’UE ne se fixe pas d’objectifs sectoriels clairs pour l’exploitation de chaque matière dont elle a listé la criticité, il est possible qu’elle « ne puisse pas tenir [ses] objectifs, faute de capacités suffisantes de production et de temps pour les mettre en place ».
Lors de négociations interétatiques, la France avait défendu cette approche.
Aux côtés de Thierry Breton, la secrétaire d’État états-unienne à l’Énergie, Jennifer Granholm, a elle aussi fait part des intentions de son pays, appelant à « combiner [les] capacités » et « entendre ce que tout le monde peut mettre sur la table : ressources, scientifiques, industriels, etc. ».
Coopération, soutenabilité et diversification donc, pour que « la demande puisse influencer sur la chaine de valeur », a déclaré Fatih Birol, directeur de l’IEA. Car pour l’heure, la chaîne de valeur d’une grande partie des ressources nécessaires à la transition énergétique est concentrée entre les mains de quelques pays, dont la Chine, qui n’a pas participé à l’évènement.
Plusieurs états membres de l’UE et de l’IEA ont déjà pris les devants. Ainsi, la France signait mercredi (27 septembre) deux accords dits de « dialogue stratégique » avec le Canada et l’Australie pour définir et intriquer leurs stratégies de développement de ressources minières stratégiques et critiques.
Lundi (25 septembre), l’Allemagne entreprenais des discussions bilatérales avec l’Australie sur le même sujet.
L’UE, elle, est aussi en discussion avec l’Australie pour sceller un accord de libre-échange portant, notamment, sur les ressources minières du pays méridional. À l’autre extrémité de l’océan Pacifique, l’UE cherche à conclure un partenariat stratégique avec le Chili, premier producteur de cuivre au monde et deuxième sur le lithium.
M. Breton a également rappelé la signature de partenariats avec le Canada, la Namibie et l’Argentine, ainsi que les pourparlers avec la République démocratique du Congo.
« Bien entendu, la Commission européenne et l’Europe peuvent être considérées comme des partenaires fiables », a-t-il conclu.