Stéphane Séjourné, l'homme du président Macron pour le collège des commissaires
C'est Stéphane Séjourné, l’un des plus proches collaborateurs d'Emmanuel Macron, qui a été nommé commissaire pour la France lundi 16 septembre, quelques heures après l'annonce de la démission de Thierry Breton. Signe que l'Elysée entend garder le contrôle des affaires européennes dans un contexte d'instabilité au niveau national.
C’est Stéphane Séjourné, l’un des plus proches collaborateurs d’Emmanuel Macron, qui a été nommé commissaire pour la France lundi 16 septembre, quelques heures après l’annonce de la démission de Thierry Breton. Signe que l’Elysée entend garder le contrôle des affaires européennes, dans un contexte d’instabilité au niveau national.
« Le président de la République, en accord avec le Premier ministre, a proposé M. Stéphane Séjourné, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, comme commissaire européen pour le prochain mandat », explique un communiqué de presse de l’Élysée.
Stéphane Séjourné a été durant un peu plus de deux ans président du groupe Renew au Parlement européen, entre octobre 2021 et janvier 2024. Sa nomination a été annoncée quelques heures après la démission surprise de Thierry Breton de son poste de commissaire, à la suite de différents récurrents avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Des négociations entre cette dernière et le président Macron sont en réalité intervenues tout l’été, afin de se mettre d’accord sur les contours du portefeuille et sur le poste de vice-président exécutif (VPE) envisagés.
Après avoir publiquement et à plusieurs reprises critiqué Ursula von der Leyen, Thierry Breton semblait en effet de plus en plus fragilisé.
« Vous avez demandé à la France de retirer mon nom — pour des raisons personnelles qu’en aucun cas vous n’avez discutées directement avec moi — et avez offert, en guise de compromis politique, un portefeuille prétendument plus influent pour la France dans le futur collège », a expliqué Thierry Breton dans sa lettre de démission à Ursula von der Leyen, publiée sur X.
Selon l’Élysée, Stéphane Séjourné remplit de son côté « tous les critères requis » et « son engagement pour l’Europe lui permettra de soutenir pleinement cet agenda de souveraineté ».
La France renforce sa position
La nomination de Stéphane Séjourné, 39 ans, semble aussi indiquer qu’Emmanuel Macron entend réaffirmer son influence sur le collège des commissaires. Conseiller du président quand celui-ci était encore ministre de l’Économie de François Hollande, le nouveau candidat de la France pour le collège des commissaires est également secrétaire général du parti présidentiel Renaissance.
Stéphane Séjourné est donc considéré comme la personne idéale pour porter les réformes demandées par Emmanuel Macron, pour défendre sa vision de l’Europe développée lors du discours de la Sorbonne en avril dernier, mais aussi pour renforcer l’influence de Renew au sein des plus hautes sphères de la Commission.
Cette nomination est aussi le signe évident que les affaires européennes restent du ressort d’Emmanuel Macron, alors que l’Hexagone est plongée dans une interminable crise politique et que le pays n’a pas de gouvernement depuis plus de 70 jours.
Ancien chef de la délégation de Renew au Parlement européen et président des eurodéputés du groupe, Stéphane Séjourné n’est pas non plus un inconnu à Bruxelles. En tant que ministre des Affaires étrangères, il a essayé ces neuf derniers mois de renforcer les relations de la France avec ses principaux partenaires européens, comme l’Allemagne et la Pologne, membres du triangle de Weimar.
Paris espère maintenant obtenir un portefeuille étendu qui inclurait le marché intérieur et l’industrie — comme celui de Thierry Breton — mais aussi la recherche et le développement, la politique monétaire, l’économie, les services financiers et l’union des marchés de capitaux.
Ce portefeuille ne devrait toutefois pas inclure la politique industrielle de défense, confiée à un commissaire distinct.
Une expérience que certains considèrent un peu légère
La nomination de Stéphane Séjourné n’est cependant pas du goût de tout le monde, et les critiques se multiplient sur son manque d’expertise et sur son influence politique toute relative, du moins pour assumer un portefeuille aussi important.
Comparé à Thierry Breton, ancien PDG du géant de la technologie Atos et ministre de l’Économie et des Finances, Stéphane Séjourné « n’a pas l’expérience des affaires » pour s’imposer sur des dossiers clés et affronter des personnalités comme Elon Musk, le PDG de X, selon Andreas Schwab, rapporteur du Parti populaire européen (PPE) sur le dossier de la loi sur les marchés numériques (Digital Markets Act/DMA).
Il semblerait également que Stéphane Séjourné parle assez mal l’anglais.
« Le départ de [Thierry] Breton est scandaleux », explique pour Euractiv un eurodéputé du groupe Renew, sous couvert d’anonymat. « Il est loin d’être aussi bon que [Thierry] Breton en termes d’expérience et d’aura internationale. »
Des inquiétudes partagées par les partis à gauche de l’échiquier européen.
« Les décisions prises aujourd’hui vont affaiblir l’UE en tant que base industrielle et place de marché solide. Je n’ai pas toujours été d’accord avec Thierry Breton, mais c’est un fervent défenseur de l’économie de l’UE et de sa transition. Je ne vois pas comment ce vide sera comblé », a posté sur X l’eurodéputé allemand des Verts et rapporteur fictif du règlement sur l’intelligence artificielle (IA), Sergey Lagodinsky.
La nomination de Stéphane Séjourné contrevient aussi une fois de plus à la demande faite par Ursula von der Leyen aux États membres de proposer un homme et une femme pour le collège des commissaires.
La décision d’Emmanuel Macron de nommer un homme est « une occasion manquée de montrer son engagement en faveur de l’égalité des genres », a déclaré l’eurodéputée des Verts Kim van Sparrentak à Euractiv.
[Théophane Hartmann et Paul Messad ont contribué à la rédaction de l’article.]
[Édité par Laurent Geslin.]