Sur la voie de l’UE, la Bosnie doit clarifier ses liens avec Moscou, selon le Haut représentant international
La Bosnie pourrait entamer en mars ses négociations d’adhésion avec l’UE mais le Haut représentant international dans le pays met en garde contre la proximité d’une partie de la classe politique du pays avec Vladimir Poutine.
La Bosnie pourrait entamer en mars ses négociations d’adhésion avec l’UE mais le Haut représentant international en Bosnie-Herzégovine met en garde contre la proximité d’une partie de la classe politique du pays avec le président russe Vladimir Poutine.
« Nous devons montrer clairement que ce comportement anti-européen et cette relation étroite avec la politique de Poutine dans la guerre en Ukraine » ne sont pas acceptables, affirme dans un entretien à l’AFP Christian Schmidt, évoquant la relation du président russe avec le chef des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik.
« Je suis un peu surpris […] que tout le monde dans l’Union européenne n’ait pas compris que Dodik n’est pas un véritable stratège, mais l’outil de quelqu’un d’autre — et il n’est pas exclu qu’une partie de sa stratégie vienne directement de Moscou », ajoute le Haut représentant.
Toutefois il appelle à ne pas en faire un obstacle à l’intégration.
« On ne devrait pas laisser le dernier mot de l’intégration européenne de la Bosnie-Herzégovine à Vladimir Poutine. Mais on ne devrait pas non plus dire que tout est normal », ajoute celui qui est, par sa fonction, responsable de l’application des accords de paix de Dayton, qui mirent fin en 1995 au conflit intercommunautaire qui a dévasté l’ex-République yougoslave et fait plus de 100 000 morts.
M. Dodik, sous sanctions britanniques et américaines, a rencontré à plusieurs reprises le président russe depuis l’invasion de l’Ukraine par Moscou.
Il a même été décoré en février de la médaille de l’ordre d’Alexandre Nevski, une des plus hautes décorations russes, pour sa « grande contribution au développement de la coopération entre la Fédération de Russie et la Bosnie-Herzégovine, et pour le renforcement du partenariat avec la Republika Srpska ».
Mars ou rien
Christian Schmidt, désigné par la communauté internationale, dispose de pouvoirs discrétionnaires : il peut imposer ou annuler des lois et des décisions politiques, et limoger des élus.
Le tout pour assurer « un soutien et une assistance aux autorités locales pour développer un État fonctionnel », explique-t-il, mentionnant notamment la question des rapatriés et celle de la tenue d’élections équitables.
Bientôt 30 ans après les accords de Dayton, la Bosnie connait toujours une paralysie de ses institutions.
Est-ce la preuve de l’incurie de la classe politique bosnienne ?
« En tant que diplomate je pourrais dire oui, non, oui… Mais en tant qu’homme politique, je dois dire que oui, il y a un problème. Parce qu’on a raté une étape en Bosnie-Herzégovine en 1995 et après : la réconciliation, la cohérence sociale, l’abandon des mauvaises expériences du passé. »
Officiellement candidate depuis décembre 2022, la Bosnie pourra ouvrir les négociations avec l’UE à condition de mener d’importantes réformes structurelles.
Or, si le pays vient d’adopter une loi contre le blanchiment exigée par Bruxelles, il n’y a toujours pas d’accord sur la réforme des tribunaux ni sur une loi sur les conflits d’intérêts dans les institutions. Or la présidente de la Commission européenne a été très claire en janvier, lors d’une visite à Sarajevo : cette année, ce sera en mars ou rien.
Lundi et mardi (4-5 mars), les ministres italien, autrichien et allemand des Affaires étrangères se succèdent à Sarajevo pour pousser à l’adoption de ces réformes et faire entrer un peu plus la Bosnie dans l’UE.
« Les dirigeants à Sarajevo doivent prendre des mesures pour mettre en œuvre systématiquement les réformes nécessaires », a déclaré la cheffe de la diplomatie allemande, Annalena Baerbock, avant son voyage, évoquant la réforme électorale demandée à la Bosnie.
« Des élections libres et équitables constituent le fondement d’une société démocratique. Dans ce contexte, nous prenons une position déterminée contre ceux qui, par leurs fantasmes de division, entravent la progression de la Bosnie-Herzégovine vers l’UE et remettent en question les valeurs européennes », a-t-elle dit.
« Je pense que c’est quelque chose [l’adhésion, NDLR] qui doit être offert au peuple de Bosnie », plaide M. Schmidt. « Mais je ne suis pas certain que c’est quelque chose qui doit être offert aux politiques de Bosnie. »