Surveillance : Rome et la société israélienne Paragon en désaccord sur la résiliation d’un contrat

Les autorités italiennes et l’entreprise de surveillance Paragon s’opposent sur les circonstances entourant la rupture d’un contrat, dans un contexte de préoccupations concernant la surveillance de journalistes et de militants.

EURACTIV Italie
[Getty Images/ISM Agency]

Les autorités italiennes et Paragon Solutions, une entreprise israélienne spécialisée dans les technologies de surveillance, s’opposent sur les circonstances entourant la rupture d’un contrat lié à l’utilisation d’un logiciel espion, dans un contexte de vives préoccupations concernant la surveillance de journalistes et de militants.

Lundi 9 juin, la commission parlementaire chargée de superviser les services de renseignement (COPASIR) a publié un rapport très attendu portant sur l’utilisation par les services de renseignement italiens du logiciel espion Graphite, développé par l’entreprise israélienne Paragon Solutions.

Le document indique que les services de renseignement ont mis fin au contrat le 12 avril à la suite du retentissement médiatique de l’affaire. La COPASIR précise que cela s’est fait d’un commun accord et que l’entreprise n’aurait eu ni accès aux données recueillies ni connaissance de l’identité des personnes ciblées.

La Copasir affirme que le recours à cet outil s’est effectué dans un cadre légal, notamment à l’encontre de membres de l’ONG Mediterranea, en lien non pas avec leurs activités militantes mais avec des soupçons relatifs à des opérations de soutien à l’immigration clandestine. Le rapport réfute par ailleurs les allégations selon lesquelles Francesco Cancellato, rédacteur en chef du média Fanpage, aurait été surveillé par les services de renseignement italiens, contredisant ainsi certaines informations relayées dans la presse.

Mais Paragon conteste cette version des faits.

Dans une déclaration transmise au média israélien Haaretz, la société affirme avoir proposé aux autorités italiennes un dispositif technique permettant de vérifier si son système avait été utilisé de manière abusive à l’encontre de Francesco Cancellato, en violation du droit italien et des engagements contractuels. Selon Paragon, son offre aurait été refusée par le gouvernement, ce qui aurait motivé sa décision de mettre fin au contrat et de déconnecter ses systèmes sur l’ensemble du territoire italien.

De son côté, le département italien de l’information et de la sécurité estime qu’accepter une telle vérification aurait compromis la crédibilité internationale des services de renseignement italiens et exposé des éléments classifiés.

Paragon précise par ailleurs ne fournir ses technologies qu’à des États démocratiques, après un processus de vigilance rigoureux. À la suite des premières allégations visant les autorités italiennes en début d’année, la société indique avoir désactivé ses systèmes de manière proactive. Elle affirme également rester disponible pour coopérer avec la justice italienne en cas de demande formelle.

En réponse à cette prise de position, la Copasir s’est dit « surprise » et s’est déclaré disposé à lever le huis clos sur l’audition parlementaire de Paragon, organisée le 9 avril, afin de faire preuve de transparence et de confirmer ses conclusions.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]