« Suspendue », la NUPES tient à un fil après la polémique sur la qualification du Hamas
Signe des troubles au sein de la gauche, le groupe socialiste a annoncé suspendre temporairement sa participation à l’alliance de gauche NUPES après la réaction controversée de La France insoumise, parti dominant à gauche, à l’attaque du Hamas contre Israël.
Signe des troubles au sein de la gauche, le groupe socialiste a annoncé suspendre temporairement sa participation à l’alliance de gauche NUPES après la réaction controversée de La France insoumise, parti dominant à gauche, à l’attaque du Hamas contre Israël.
Dans la matinée de mardi (10 octobre), Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), écartait encore la possibilité de mettre un terme à la NUPES, alliance des principales forces de gauche (insoumis, socialistes, écologistes et communistes).
« Je souhaite que toute la gauche avance d’un même pas [qui] doit être celui de la raison et de la responsabilité », avait-t-il déclaré sur Public Sénat, en espérant que La France insoumise (LFI) revienne sur sa position, qui « n’est pas majoritaire » à gauche.
Mais dans l’après-midi, le groupe socialiste a annoncé une « suspension » de sa participation aux prochaines réunions de l’intergroupe NUPES.
Entretemps, la cheffe du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, s’était en effet fendue d’une expression qui a laissé perplexe le PS, lorsqu’elle n’a pas su qualifier le Hamas d’organisation terroriste : « C’est la branche armée qui est aujourd’hui responsable de crimes de guerre ».
« Nous condamnons l’ensemble des crimes de guerre, qui visent à la terreur, donc on peut appeler ça ‘terroriste’ », avait-elle dit quelques minutes auparavant.
Sauf qu’ « en ne nommant pas le Hamas comme groupe terroriste, mais comme force armée qui commet des crimes de guerre, LFI légitime le Hamas et ses modes d’action », a réagi Jérôme Guedj, député socialiste. Un verbatim « inacceptable, selon Olivier Faure. Le Hamas est une organisation terroriste. Pas l’armée régulière de Palestine ».
Signe de la sensibilité du sujet, plusieurs parlementaires de gauche interrogés à ce sujet mardi à l’Assemblée nationale demandaient l’anonymat, afin de pouvoir s’exprimer en toute liberté.
Un cadre socialiste indique avoir « souffert » des ambiguïtés de ses partenaires insoumis.
Dès lors, cette « suspension » vise à « leur montrer que [dans l’alliance] on s’oblige mutuellement ». Autrement dit, faire passer le message que « ce sont eux [LFI] qui font péter [la NUPES] » en adoptant une position différente de celle exprimée par les socialistes, les communistes et les écologistes.
Face aux journalistes et aux caméras, la présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, interrogée sur les propos de Mathilde Panot et de Jean-Luc Mélenchon, balayait avec agacement, indiquant être « comptable uniquement de [ses] propos » et pas de ceux de LFI.
Chez les insoumis, certains sentent l’étau se resserrer et expliquent que « le premier qui claque la porte sera responsable de la fin de la NUPES », tout en assurant ne pas souhaiter qu’elle « se fracasse ».
« Problème Mélenchon » ou « problème LFI » ?
« Quand on a commis une faute politique, on la reconnaît plutôt que de chercher à chaque étape à discréditer tous les autres », lançait Olivier Faure en réaction au tweet de Jean-Luc Mélenchon, l’accusant d’être un « soutien du gouvernement israélien d’extrême droite ».
Questionné sur les prises de position virulentes de M. Mélenchon et d’autres députés LFI, un ténor insoumis concède que « certains ont réagi unilatéralement ».
« En réalité, [Jean-Luc Mélenchon] est derrière la direction officielle de LFI avec laquelle nous discutons quotidiennement. Et lui, intervient par tweets, par messages interposés, par meetings. C’est une vraie difficulté », juge encore M. Faure.
À en croire un élu écologiste, « la position de Jean-Luc Mélenchon n’est pas celle de nombreux parlementaires LFI », qui sont « abasourdis » par la situation.
Y a-t-il, dès lors, un « problème Mélenchon » ? Dans tous les cas, LFI et M. Mélenchon ont « commis une erreur » dans le communiqué diffusé samedi (7 octobre), évoquant les « forces armées palestiniennes menées par le Hamas ».
Quant aux attaques envers les socialistes et les Verts, « le problème Mélenchon est un problème pour la NUPES » dans son ensemble, poursuit un parlementaire de gauche.
Le même élu refuse l’idée selon laquelle la NUPES serait « finie ». Cependant, sur la place de chacun et la manière d’exprimer des positions sur les différents sujets, « il faudra discuter ».
Fabien Roussel, chef de file des communistes, considérait sur France 2 que la position de Jean-Luc Mélenchon « et quelques députés insoumis » n’était pas claire. C’est donc à lui qu’incombe la responsabilité de la « clarifier » et de prendre la décision de rester ou pas dans l’union des gauches.
« S’il n’est pas content qu’il s’en aille », a-t-il tancé à l’adresse du leader insoumis.
Mais alors, quel avenir pour la NUPES ? Boris Vallaud, président du groupe socialiste, veut encore y croire. L’alliance sert « à construire une alternative, aux libéraux qui sont au pouvoir et à l’extrême droite qui menace », a-t-il déclaré mardi en conférence de presse – après celle de Mme Panot.
Il est nécessaire de s’interroger « sur le fonctionnement de notre intergroupe. Nous ne mettons pas fin, évidemment, à la NUPES. Nous croyons à la nécessité de l’union de la gauche ».
Le ton est encore moins tendre parmi les pourfendeurs de la NUPES. La maire de Paris Anne Hidalgo prévient ainsi, dans un entretien publié mardi soir dans Le Parisien, que Jean-Luc Mélenchon « représente une impasse absolue pour la gauche » et demande à la direction de son parti, comme d’autres opposants à l’alliance, d’en sortir.
Pour l’heure, hormis ces derniers, aucun interlocuteur n’a considéré qu’il fallait définitivement enterrer l’accord. « Mais il ne faut pas tergiverser outre mesure », conclut un des soutiens de l’alliance.
[Édité par Paul Messad]