13 ans plus tard, l'UE rouvre son ambassade à Damas
L’Union européenne a annoncé mardi 17 décembre qu’elle rouvrirait sa mission diplomatique à Damas à la suite de discussions « constructives » avec les nouveaux dirigeants syriens après l’éviction du dirigeant autoritaire Bachar al-Assad.
L’Union européenne (UE) a annoncé mardi 17 décembre qu’elle rouvrirait sa mission diplomatique à Damas à la suite de discussions « constructives » avec les nouveaux dirigeants syriens après l’éviction du dirigeant autoritaire Bachar al-Assad.
Plusieurs missions étrangères ont rencontré mardi à Damas les nouvelles autorités syriennes, dominées par des islamistes radicaux, qui s’efforcent de rassurer sur leur capacité à pacifier la Syrie, morcelée et dévastée par 13 ans de guerre civile.
Face au défi d’unifier le pays et aux attentes des capitales étrangères, le nouvel homme fort de la Syrie, Abou Mohammad al-Jolani, s’est engagé à dissoudre et à intégrer dans l’armée les factions qui ont contribué à la chute de Bachar al-Assad, renversé le 8 décembre après une offensive menée par les rebelles depuis le nord de la Syrie.
Les groupes combattants « seront dissous et leurs combattants préparés à rejoindre les rangs du ministère de la Défense, et tous seront sous le coup de la loi », a assuré mardi le chef du groupe sunnite radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), Ahmad al-Chareh.
HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, assure avoir rompu avec le jihadisme mais le groupe reste classé comme une organisation terroriste par plusieurs capitales occidentales, dont Washington. Bien que méfiants, les Occidentaux — et notamment l’UE — cherchent à établir des liens avec le nouveau pouvoir, conscients du risque de fragmentation du pays et de résurgence du groupe jihadiste État islamique, qui n’a jamais été totalement éradiqué de Syrie.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré mardi lors d’une visite en Turquie que Bruxelles devait « intensifier » sa relation avec HTS. « Nous ne pouvons pas permettre » une « résurgence » de l’EI en Syrie, a-t-elle souligné.
Pour Kaja Kallas, Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, la réouvertue de la délégation de l’UE en Syrie est « une étape très importante ». « Nous ne pouvons pas laisser un vide en Syrie. L’UE doit être présente », a-t-elle affirmé face au Parlement européen.
Le chef de la délégation de l’UE en Syrie, Michael Ohnmacht, qui opérait jusqu’à présent depuis Beyrouth, s’est rendu à Damas lundi pour des « premiers contacts constructifs avec les nouveaux dirigeants et divers autres groupes, y compris la société civile », a fait savoir Kaja Kallas.
L’UE a plaidé en faveur d’une transition politique pacifique en Syrie, mais elle doit maintenant résoudre le délicat problème de comprendre avec qui dialoguer au lendemain de la chute de Bachar al-Assad.
Alors que l’UE avait mis en place un régime de sanctions sévères à l’encontre de Damas, un nombre croissant d’États membres s’est déclaré ouvert à une interaction avec le groupe HTS, soumis à des sanctions depuis des années.
Après des entretiens avec les ministres des Affaires étrangères de l’UE lundi 16 décembre, Kaja Kallas a déclaré que lors de futurs dialogues avec les nouveaux dirigeants de la Syrie, le bloc soulèverait la possibilité de fermer les bases russes dans le pays, situées à Tartous et à Khmeimim.
« De nombreux ministres des Affaires étrangères se sont emparés de cette question pour dire que les nouveaux dirigeants devraient avoir pour condition de se débarrasser de l’influence russe dans ce pays, car il s’agit de bases depuis lesquelles ils [les Russes] mènent également leurs activités en Afrique et dans d’autres voisins méridionaux », a expliqué l’ancienne Première ministre estonienne à la presse à l’issue des discussions.
« Nous soulèverons donc cette question avec les dirigeants lors de nos réunions », a-t-elle ajouté.
La France a elle aussi hissé son drapeau mardi à son ambassade à Damas, à l’arrivée d’une mission diplomatique envoyée par Paris pour la première fois depuis 12 ans.
« La France se prépare à être aux côtés des Syriens » durant la période de transition, a déclaré l’émissaire français Jean-François Guillaume.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]