Taxonomie verte : EDF relativise la portée du vote pour l’avenir du nucléaire

Les eurodéputés voteront mercredi (6 juillet), à midi, sur l’introduction du nucléaire et du gaz dans la taxonomie verte. Un vote dont la portée est relativisée par des responsables d'EDF qui se sont confiés à EURACTIV.

Euractiv France
NUCLEAR EXERCICE
La réflexion sur l'intégration du nucléaire dans la taxonomie est « autant une question de ‘premium’ sur le plan financier que d'affichage sur le plan politique » déclarent les responsables d'EDF interrogés par EURACTIV. [ Nicolas Bouvy / EPA]

Les eurodéputés voteront mercredi (6 juillet), à midi, sur l’introduction du nucléaire et du gaz dans la taxonomie verte. Mais quel que soit le résultat du vote, EDF reste confiant quant à l’avenir de la filière déclarent des responsables de l’énergéticien qui se sont confiés à EURACTIV.

Le 14 juin dernier, en commissions parlementaires Environnement (ENVI) et Affaires économiques (ECON), les eurodéputés avaient voté une objection contre l’intégration de ces deux filières controversées dans la taxonomie sur la finance durable de l’Union Européenne.

Un signal politique fort, mais qui n’a pas valeur contraignante en l’état.

Ainsi, de prime abord, la réflexion sur l’intégration du nucléaire dans la taxonomie est « autant une question de ‘premium’ sur le plan financier que d’affichage sur le plan politique » déclarent les responsables d’EDF interrogés par EURACTIV.

Le vote négatif ne serait pas un bon signal politique pour la filière

Sur le plan politique d’abord, la non-intégration du nucléaire n’acterait pas la fin de l’énergie atomique en Europe. Néanmoins, le signal ne serait « pas du tout une bonne nouvelle pour la filière, […] en pleine renaissance » avouent les responsables d’EDF, qui y verraient un « signal politique très négatif pour la filière nucléaire ».

En novembre 2021, le président de la République annonçait d’ailleurs le lancement de nouveaux chantiers de réacteurs nucléaire.

Sur le plan financier ensuite, la non-intégration du nucléaire dans la taxonomie est « difficile à mesurer » confient-ils.

Pour le moment, « les premiers retours purement qualitatifs de la part des institutions financières n’identifient pas de taux différenciés pour les activités selon qu’elles seraient ou pas dans la taxonomie ». Néanmoins, ces dernières ne disposent pas encore du recul suffisant.

Dès lors, EDF, comme d’autres énergéticiens, suppose « qu’il y aura des effets ». Il est simplement trop tôt pour les mesurer avance-t-elle. Par conséquent, le géant français plaide pour l’intégration du nucléaire dans la taxonomie afin de faciliter son accès aux marchés.

Obligations vertes indicatrices « d’appétence du marché »

Entre autres avantages, cela « devrait induire des taux préférentiels sur la dette auprès de partenaires financiers » analysent-ils.

Surtout, cela permettrait de souscrire à des obligations vertes sur le nucléaire « qui devraient faire l’objet d’une sursouscription importante ». Or, des souscriptions supérieures au volume mis en souscription sont un bon indicateur de « l’appétence du marché » affirment-ils.

Pourtant, quel que soit le sort réservé au nucléaire et au gaz, les investisseurs privés se détournent de plus en plus des chantiers de construction de centrales à gaz et nucléaire selon Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris en énergie, climat et économie contacté par EURACTIV.

À l’inverse, les responsables EDF confirment que des tests auprès des marchés financiers montrent qu’un certain nombre d’acteurs, notamment français et britanniques, pourraient considérer la souscription de produits financiers verts avec du nucléaire.

Pour autant, ils « ne [s’attendent] pas à ce qu’une obligation qui ne serait pas verte soit un échec assuré ».

En d’autres termes, l’intégration du nucléaire ou non dans la taxonomie ne devrait pas être un indicateur dommageable au point de remettre en cause « la survie du secteur nucléaire ».

De plus, ils rappellent que la taxonomie ne concerne que les investissements privés. Ainsi, « s‘agissant du nucléaire, il y aura un panachage entre un financement en propre par EDF, peut être le recours à des acteurs privés, et une contribution de fonds publics. »

Revoir l’organisation des marchés de l’électricité

Par ailleurs, les responsables d’EDF notent que le maintien du nucléaire permettrait de faire baisser les prix de l’électricité sur le long terme.

« Ce qui permet de décorréler les prix d’électricité du prix du gaz, c’est de sortir le plus vite possible des énergies fossiles. [En somme], plus il y a de renouvelable et […] de nucléaire, plus on est susceptible d’avoir cette décorrélation ».

En revanche, pour cela, « il faut ajouter des mécanismes de financement à long terme aux marchés existants » et donc revoir « l’organisation des marchés de l’électricité » assurent-ils.

Contre « un certain dogme qui est très ancré », EDF estime que les positions prises par la présidente de la Commission européenne en séance de questions au Parlement européen le 8 juin 2022 « montrent que l’approche européenne est en train d’évoluer ».

Ursula von der Leyen reconnaissait en l’espèce que les prix de l’électricité devaient être décorrélés de la capacité de production « marginale » disponible dans les centrales à gaz pour réduire « l’effet de contagion » sur les prix de l’électricité. État de fait que les dirigeants italiens, portugais et grecs appelaient à dépasser dès le mois de mars.

Il faut s’ « adapter aux nouvelles réalités des énergies renouvelables dominantes », avec une « réforme gigantesque » affirmait-elle, dont les premiers jalons pourraient prendre forme avec des « propositions législatives dès 2023 », avancent nos sources de chez EDF.

« Nous ne souhaitons pas remettre en cause un marché intégré qui fonctionne, mais nous allons pouvoir avoir une discussion un peu plus ouverte sur des thématiques comme les signaux de long terme, les prix régulés et les marchés de capacités qui était un no go complet il y a un an de cela », affirment-elles.

L’indépendance énergétique

Enfin, l’un des responsables en appelle à ceux qui ont une « vision tronquée et biaisée » : l’acte délégué ne soutient pas le régime russe. Au contraire « l’acte délégué signifie indépendance énergétique » affirme-t-il.

Une position que partage également Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, dans une tribune publiée le 4 juillet dans les colonnes du quotidien Les Echos cosignée par les ministres de l’Environnement et de l’Énergie bulgare, croate, finlandais, hongrois, polonais, tchèque, roumain, slovaque et slovène.

Dans une lettre adressée hier (5 juillet) à un certain nombre d’eurodéputés, le ministère ukrainien de l’Énergie a d’ailleurs appelé à « considérer positivement » l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie.

Kiev dispose d’une capacité de « production indigène de gaz » et reconnaît que  « l’énergie nucléaire continuera de contribuer de manière significative à la sécurité énergétique » de l’Europe.

Complémenter les énergies renouvelables

Le débat sur le nucléaire porte également sur ses capacités à décarboner le mix énergétique.

« Il est certain qu’un vote contre l’acte délégué serait un signal négatif pour une partie de l’électricité décarbonée qui doit prendre le relais pour complémenter les renouvelables et avoir des volumes disponibles pour l’électrification et la production d’hydrogène » affirment les responsables d’EDF.

D’autant que les besoins de volumes d’électricité issue du nucléaire pour décarboner l’économie devraient doubler d’ici à 2050, estime l’Agence internationale de l’énergie dans un rapport publié le 30 juin dernier.

Or, si le texte est rejeté, les services de d’EDF voient mal « comment la Commission européenne trouvera un compromis assez rapide au regard de ses ambitions carbones ».