Štefan Füle rencontrera Recep Tayyip Erdo?an sur fond de manifestations
Le commissaire européen en charge de l’élargissement, Štefan Füle, se préparait vendredi (7 juin) à rencontrer le premier ministre turc très critiqué. Recep Tayyip Erdo?an reste intraitable après une semaine de manifestations et un éloignement grandissant par rapport à ses alliés politiques. Un reportage d’EURACTIV Turquie.
Le commissaire européen en charge de l’élargissement, Štefan Füle, se préparait vendredi (7 juin) à rencontrer le premier ministre turc très critiqué. Recep Tayyip Erdo?an reste intraitable après une semaine de manifestations et un éloignement grandissant par rapport à ses alliés politiques. Un reportage d’EURACTIV Turquie.
Le premier ministre Recep Tayyip Erdo?an est revenu jeudi (6 juin) d'un déplacement de quatre jours en Afrique du Nord. Il a tenu un discours à l'aéroport qui augure de nouvelles confrontations avec le mouvement de protestations.
Des milliers de sympathisants ont salué M. Erdo?an à l'aéroport, dont le discours était retransmis en direct à la télévision. Dans le même temps, les manifestants opposés au gouvernement se sont rassemblés sur la place Taksim pour danser et scander « Tayyip, démissionne ».
Le premier ministre devrait participer vendredi à une conférence à Istanbul sur les affaires européennes en présence de M. Füle et d'autres dirigeants politiques et représentants européens. Avant son déplacement à Istanbul, Štefan Füle a indiqué que les manifestations figureraient au sommet de l'ordre du jour.
Il s'est rendu au parc Gezi à Istanbul, l'épicentre des protestations, et a posté une photo de sa visite sur son compte Twitter. « La démocratie, c'est écouter les deux parties de la société », a-t-il écrit sur Twitter jeudi.
Une semaine de tensions
Les manifestations à propos du parc Gezi se poursuivent dans tout le pays et le ton non conciliant du premier ministre turc à l'égard de ses détracteurs semble les alimenter. Les membres de son propre gouvernement ont appelé ces derniers jours à la conciliation et se sont excusés pour la répression des manifestants par les forces de police la semaine dernière.
Alors qu’il a annoncé qu’il poursuivrait le projet initial à l’origine des manifestations dans tout le pays, le premier ministre turc a évoqué dimanche deux autres projets controversés relatifs à la place Taksim : le remplacement du centre culturel d'Atatürk par un nouvel opéra et la construction d'une mosquée.
« Je ne demanderai pas l'autorisation d’un tas de vandales [çapulcu en turc] », a déclaré Recep Tayyip Erdo?an. Par conséquent, le terme « çapulcu » est devenu très populaire parmi les manifestants cette semaine et de nombreuses célébrités et directeurs de grandes entreprises se sont qualifiés eux même de « çapulcu ».
Lundi, M. Erdo?an a quitté la Turquie pour un déplacement de quatre jours en Afrique du Nord, laissant temporairement le pouvoir à son chaleureux vice-premier ministre, Bülent Arinç, ce qui a apaisé l'atmosphère, du moins sur la scène politique.
Message conciliant du président
Le président Abdullah Gül a déclaré le même jour que « l'État a compris le message bien intentionné de la population » et a précisé que la « démocratie n’est pas simplement synonyme d’élections. Il est naturel que la population fasse part de ses objections ou de ses avis divergents par différents moyens, tels que des manifestations ».
« La volonté du peuple se concrétise toujours dans les urnes », a indiqué M. Erdo?an au Maroc peu de temps après. Beaucoup considèrent cette déclaration comme une réfutation du discours du président. Le premier ministre turc est souvent critiqué, car il prend des mesures de plus en plus autoritaires sans consulter les autres parties pertinentes. Il est en outre confiant de sa popularité parmi ses propres partisans.
M. Arinç a rencontré Abdullah Gül mardi et a employé un ton beaucoup plus conciliant. Il s'est excusé pour les blessures infligées par la police aux manifestants pacifiques le premier jour de protestations.
Il a également rencontré mercredi des représentants de la société civile de la « plateforme Taksim », qui ont présenté des exigences concrètes en faveur de la cessation des manifestations. Ces exigences comprennent l'annulation des projets de démolition du parc Gezi, la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées au cours des manifestations et la démission des responsables des blessures. Elles se sont avérées peu probables à l'avenir.
Malgré le ton relativement conciliant employé par les responsables, les manifestations et les incidents violents à divers degrés dans le pays se poursuivent au cours de la semaine.
Après le retrait de la police de la place Taksim pendant le week-end, le lieu est devenu une sorte de zone de carnaval qui attire des foules de personnes surtout après les heures de bureau. Malgré l'ambiance paisible du début des manifestations, des affrontements épisodiques ont lieu dans le quartier de Be?ikta?, lieu du bureau officiel du premier ministre hautement sécurité à Istanbul.
La situation à Ankara reste tendue et les conflits se sont intensifiés pendant la nuit. Alors que les syndicats ont entamé une grève mercredi, la tension dans la ville a atteint de nouveaux sommets.
Un homme de 22 ans est décédé d'un traumatisme à la tête dans la province de Hatay. Un autre a perdu la vie à Istanbul, car une voiture aurait percuté les manifestants. La mort d'un agent de police a été annoncée jeudi à Adana après être tombé d'un pont alors qu'il poursuivait des manifestants.
À Izmir, 38 personnes ont été arrêtées pour incitation à la haine et à l'émeute mercredi, apparemment en raison de leurs messages sur des médias sociaux. La plupart d'entre eux auraient été relâchés plus tard.
« Terroristes » et « agents étrangers »
La rhétorique des « terroristes » et des « agents étrangers » à propos des manifestations devient populaire au sein des cercles gouvernementaux. Comme la plupart des manifestations qui impliquent une intervention policière, les représentants du gouvernement ont mis en garde contre des « provocateurs » dans les rangs des manifestants et s’en sont plaints depuis la semaine dernière. Au cours des derniers jours, l'usage de cette rhétorique s'est intensifié.
Lors d'un entretien avec la BBC, le ministre turc en charge des affaires européennes, Egemen Ba???, a déclaré que les manifestations avaient débuté « dans le calme et la sincérité », mais d'« autres groupes » ont finalement été impliqués. Il a ajouté que « 11 organisations terroristes différentes avaient encouragé le peuple à prendre part à cette manifestation et l'ont transformée en une campagne parallèle de vandalisme qu'aucun pays n'accepte ».
Lors d’un discours en Tunisie, M. Erdo?an s'est fait l'écho de son ministre en déclarant que les responsables du bombardement de l'ambassade américaine à Ankara et du vandalisme au cours des manifestations dans le parc Gezi étaient les mêmes. Le 1er février 2013, un kamikaze affilié à l'organisation terroriste d'extrême gauche DHKP-C s'est suicidé dans l'ambassade américaine et a tué un agent de sécurité turc.
Jeudi, sept étrangers ont été arrêtés près de la place Taksim, car ils provoquaient des violences, selon des médias turcs. Le quotidien Sabah a indiqué qu'ils venaient des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne, de Grèce et d'Iran et qu’ils détenaient des passeports diplomatiques. Ils étaient « soupçonnés d'être des agents [étrangers] », a révélé le journal Zaman.
M. Erdo?an a également commenté ce sujet au cours d'une conférence de presse conjointe avec son homologue tunisien. Il a ajouté que les procureurs s'attaquaient au problème, mais a réfuté que les personnes arrêtées possédaient des passeports diplomatiques.
Lors d'un discours en Tunisie quelques heures avant son retour, le premier ministre turc a répété qu'il poursuivrait le projet à l’origine des manifestations, ce qui donnera probablement le ton pour les jours à venir.