Textile chinois : l’UE renonce aux quotas mais assure la transition
A trois mois de la fin du dispositif de quotas d’importations de textiles chinois, la Commission européenne a conclu un accord avec la Chine. Celui-ci prévoit la mise en place, pendant un an, d’un système de « double surveillance » de licences afin d’encadrer la transition vers un libre échange complet sur le textile.
A trois mois de la fin du dispositif de quotas d’importations de textiles chinois, la Commission européenne a conclu un accord avec la Chine. Celui-ci prévoit la mise en place, pendant un an, d’un système de « double surveillance » de licences afin d’encadrer la transition vers un libre échange complet sur le textile.
Contexte :
L’Accord sur le Textile et l’Habillement signé en 1995, au moment de la création de l’OMC, prévoyait l’ouverture totale du commerce mondial du textile le 1er janvier 2005. A cette date, les derniers quotas sont donc tombés et les importations de textile chinois vers l’Europe ont fortement augmenté. Ainsi, les importations de certains produits ont bondi de plus de 400% au 1er trimestre 2005. Cette hausse s’est par ailleurs accompagnée d’une chute des prix.
Le secteur textile européen s’est retrouvé incapable de s’adapter si soudainement à la concurrence de cette vague de produits chinois. Les conclusions d’une enquête de la Commission ont ainsi fait apparaître une dégradation rapide et spectaculaire de la production, de la profitabilité et de l’emploi en Europe dans ce secteur.
Durant l’année 2005, l’emploi et le chiffre d’affaire du secteur textile français ont chuté respectivement de 9% et de 5% (contre 7% et 6% au niveau de l’Europe à 25). Le déficit commercial français dans le secteur du textile a atteint -11%, tandis qu’au niveau européen, ce déficit est de -36,6%.
Cette moindre dépendance à l’égard du textile étranger indique le maintien d’un secteur relativement important en France. La question de l’impact de la concurrence chinoise dans l’Hexagone est donc d’autant plus importante.
Les conséquences mal anticipées de cette libéralisation du commerce du textile ont poussé la Commission à réagir avec hâte et à passer un accord avec la Chine au mois de juin 2005. Cet accord a réintroduit des quotas sur douze catégories de produits textiles jusqu’au 1er janvier 2008. La Commission a indiqué à l’époque que le système mis en place permettrait « une croissance raisonnable des exportations textiles chinoises vers l’UE sur la période 2005-2007 tout en donnant le temps nécessaire pour s’adapter à l’industrie textile européenne ».
Enjeux :
L’annonce par la Commission, le 9 octobre, d’un nouvel accord entre l’UE et la Chine intervient donc moins de trois mois avant la fin de la période couverte par l’accord de 2005. Il était nécessaire pour l’Union européenne de ne pas renoncer purement et simplement aux quotas afin que les bouleversements du premier trimestre 2005 ne se répètent pas. L’industrie textile européenne n’est sans doute pas encore prête à affronter une concurrence chinoise sans restrictions.
Malgré un déclin continu depuis 2005, le secteur représente encore en France 86 070 emplois et participe à la production de 0,8% de la richesse nationale. Dans les 27 pays de l’Union européenne, 2,6 millions d’employés sont concernés (chiffres 2006).
Le nouvel accord met bien fin à tous les quotas, mais instaure pour un an, à partir du 1er janvier 2008, un système de « double surveillance », à travers à la fois des licences d’exportations émises par la Chine et des licences d’importations émises dans l’Union Européenne.
Cette surveillance concernera les huit catégories les plus sensibles, parmi les dix qui étaient concernés par les quotas mis en place en 2005. Il s’agit des catégories 4 (T-shirts), 5 (pull-overs), 6 (pantalons masculins), 7 (chemisiers), 20 (linge de lit), 26 (robes), 31 (soutiens-gorges) et 115 (fil de lin).
Positions :
Le commissaire européen au commerce extérieur, Peter Mandelson, a salué « ce pas supplémentaire dans la coopération entre l’UE et la Chine pour assurer une transition en douceur vers le libre échange des textiles. » Il a ajouté que ce système fournissait « une prévisibilité pour les opérateurs européens, ainsi qu’une image claire des développements futurs au moment du dernier pas vers le libre échange des textiles et des vêtements ».
Dans un communiqué de presse, Euratex, l’organisation représentative de l’industrie textile européenne, dont font partie l’Union des Industries Textiles française et l’Union française de l’habillement, a également salué cette annonce.
Son président, Michele Tronconi, a estimé, le 9 octobre, que le système mis en place était « le moyen le plus pratique de contribuer à la transition en douceur vers le libre échange du textile, ce qui est reconnu comme essentiel par toutes les parties concernées, et spécialement par les fabricants européens ».
Selon l’agence Reuters, quatre pays européens, « essentiellement scandinaves » se sont tout de même opposés à cet accord.