Top jobs : les négociateurs de la coalition centriste scellent un premier accord
Six dirigeants de l’UE issus de partis appartenant à la coalition centriste formée par le PPE, les socialistes et les libéraux, ont approuvé mardi un accord qui permettrait à Ursula von der Leyen d’être reconduite à la tête de l’exécutif, a appris Euractiv.
Six chefs d’État et de gouvernement de l’UE issus de partis appartenant à la coalition centriste formée par le Parti populaire européen (PPE), les Socialistes et Démocrates européens (S&D) et Renew Europe, ont approuvé mardi (25 juin) un accord qui permettrait à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d’être reconduite à la tête de l’exécutif, a appris Euractiv.
Dans le cadre de cet accord, l’ancien Premier ministre portugais António Costa deviendrait président du Conseil européen et la Première ministre estonienne Kaja Kallas serait la nouvelle Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, ont confirmé des personnes au fait des discussions.
Les six négociateurs principaux des trois grands groupes politiques centristes sont le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et les Premiers ministres polonais, néerlandais, grec et espagnol.
« Les négociateurs des trois groupes politiques sont parvenus à un consensus sur une position commune conformément aux traités [de l’UE] », a indiqué un diplomate de l’UE à Euractiv.
Selon les informations d’Euractiv, le PPE aurait retiré sa demande initiale selon laquelle M. Costa ne devait rester en fonction que pendant deux ans et demi. Au lieu de cela, la tradition actuelle, qui veut que le mandat du président du Conseil soit renouvelé après ces deux ans et demi, sera maintenue.
Toutefois, l’accord conclu mardi n’est pas définitif et doit encore être approuvé par une majorité pondérée des 27 dirigeants de l’UE.
Reste à voir comment l’accord sera perçu par les autres chefs d’État et de gouvernement lorsque les Vingt-Sept se réuniront pour un sommet à Bruxelles jeudi et vendredi (27-28 juin) afin de décider officiellement du paquet définitif de top jobs.
Les six négociateurs avaient tenté de préparer un accord en amont d’une réunion informelle des 27 dirigeants du bloc lundi de la semaine dernière (17 juin). Les autres dirigeants n’ont pas apprécié ces discussions préliminaires, considérant avoir été mis devant une tentative de parvenir à un fait accompli.
Les diplomates et les fonctionnaires de l’UE ont prévenu que les tensions observées la semaine dernière — lorsqu’aucun accord n’a finalement pu être conclu — rejailliront probablement lors du sommet cette fin de semaine si les négociations sur les top jobs étaient menées sur le même modèle que lors de la réunion informelle.
« Si cela fonctionne, tant mieux. Mais la semaine dernière, [les négociateurs] ont essayé de conclure un accord en coulisses et de le présenter à la table des dirigeants, et cela ne s’est pas très bien passé », a déclaré un second diplomate européen.
Des personnes au fait des négociations ont indiqué que la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, n’a pas été impliquée dans les négociations préliminaires, bien que son groupe politique, les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) d’extrême droite, soit devenu le troisième groupe le plus important au Parlement européen après les élections européennes de juin.
Mme Meloni, figure de proue des CRE, avait déjà exprimé sa colère face à la manière dont les top jobs avaient été négociés.
Elle devrait présenter ses exigences devant le parlement italien mercredi (26 juin), à l’occasion du traditionnel débat précédant les sommets de l’UE.
La semaine dernière, Mme Meloni s’est enhardie lorsque les CRE ont dépassé Renew en nombre de sièges au Parlement européen, ce qui lui a donné un avantage pour faire valoir ses exigences.
Contacté par Euractiv, le cabinet de Mme Meloni a refusé de commenter les développements dans les discussions.
La question clé sur la table sera de savoir quel portefeuille sera attribué à l’Italie au sein de la prochaine Commission européenne. La dirigeante italienne chercherait à obtenir un portefeuille important pour un commissaire italien ainsi qu’un poste de vice-présidence de la Commission.
Emmanuel Macron, l’un des deux négociateurs libéraux de Renew, a été en contact avec son homologue italienne, selon les informations d’Euractiv, et les négociateurs du PPE devraient contacter Mme Meloni cet après-midi pour l’informer de la situation.
Le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orbán (Fidesz, non affilié au Parlement européen), que Mme Meloni a rencontré à Rome ce lundi (24 juin), a déclaré mardi que l’accord conclu par le PPE avec les socialistes et les libéraux allait à l’encontre de tout ce sur quoi l’UE était fondée.
« Au lieu d’inclure, il sème les graines de la division. Les hauts fonctionnaires de l’UE devraient représenter tous les États membres, et pas seulement les gauchistes et les libéraux », a-t-il écrit sur X.
Emmanuel Macron devrait rencontrer Viktor Orbán mercredi (26 juin), à la veille du sommet européen.
L’accord de mardi reflète la majorité politique au Parlement européen, affirment ses partisans, qui comptent sur les votes du centre-droit, des libéraux et des socialistes pour reconduire Mme von der Leyen à la présidence de la Commission.
Les partisans de cette coalition « centriste » sont convaincus que Mme von der Leyen pourrait être élue par le Parlement avec plus de 400 voix.
L’alliance traditionnelle du Parlement européen, composée du S&D, du parti libéral Renew et du PPE, détient actuellement 399 sièges sur les 720 que compte l’hémicycle européen.