Tout comprendre : ce qu’il faut attendre du sommet de l’OTAN à La Haye

Alliés, ambitions et disputes - ce qu'il faut surveiller lorsque les dirigeants de l'OTAN se réuniront à La Haye cette semaine.

/ EURACTIV.com
[Getty Images/Pierre Crom]

Les dirigeants de l’OTAN se réunissent mardi à La Haye, pour ce qui pourrait être le sommet le plus controversé de l’Alliance depuis des années.

Les sujets de discussion ne manquent pas. Cette réunion de l’OTAN intervient alors qu’une nouvelle guerre embrase le Proche-Orient et que des bombardiers américains se sont joints ce week-end aux avions israéliens pour frapper des cibles en Iran.

Des combats sanglants se poursuivent par ailleurs en Ukraine, et l’Europe se demande toujours comment défendre le continent avec une aide américaine appelée à se réduire.

La réunion de mardi marque le retour du président américain Donald Trump en première ligne, et il s’agit de la première rencontre de ce type pour le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Voici donc un guide rapide de ce qu’il ne faut pas manquer :

1. Quels sont les véritables enjeux ?

Les alliés européens de l’OTAN cherchent à convaincre leurs homologues américains — et le monde entier — qu’ils sont désormais déterminés à assurer leur propre sécurité en mettant fin à leur dépendance envers la puissance militaire des États-Unis.

La mesure principale du sommet devrait donc être un accord visant à augmenter les dépenses de défense des pays de l’Alliance à au moins 5 % de leur PIB, ce que le président Trump exige depuis des mois.

Ce nouvel objectif de 5 % devrait être divisé en deux catégories : 3,5 % pour les « besoins militaires fondamentaux » (lire : les dépenses militaires traditionnelles) et 1,5 % pour les dépenses plus larges liées à la défense (comme les infrastructures de transport ou l’aide à l’Ukraine). 

Ce nouvel objectif doit permettre aux Européens de reconstruire leurs armées longtemps négligées, alors que la Russie continue de se renforcer militairement, et alors que plusieurs dizaines de milliers de soldats américains pourraient à terme se retirer du continent européen.

L’approbation de ces nouvelles exigences budgétaires sera certainement célébrée comme une victoire par Donald Trump, qui devrait s’en attribuer tous les mérites.

Quant à savoir si l’accord sera appliqué, c’est bien sûr une autre affaire.

Le président américain a lui-même laissé entendre que cet objectif de 5 % ne s’appliquerait pas aux États-Unis, tandis que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déjà réclamé que son pays en soit exempté.

Quelques promesses de livraisons d’équipements militaires en direction de Kiev sont aussi à prévoir.

2. Donner à Trump ce qu’il veut

La priorité absolue des participants du sommet sera de satisfaire Donald Trump.

La rencontre a été soigneusement conçue pour éviter toute provocation : elle est courte, simple et centrée sur l’accord des 5 %, dont le président américain pourra se féliciter.

Les sommets de l’OTAN durent généralement trois jours, mais l’ordre du jour a cette année été largement comprimé pour tenir compte de la faible capacité d’attention de Donald Trump. Il se résume à un dîner mardi et à une séance de travail mercredi.

L’idée est d’éviter un départ prématuré d’Air Force One (comme cela s’est produit lors du G7 du début du mois) et de limiter les risques d’explosion. Il faut s’attendre à ce que les tout le monde se contorsionne pour satisfaire le président américain.

3. Qui est à surveiller ?

Trump, bien sûr. Bien qu’il ait passé des années à provoquer et à insulter ses homologues de l’OTAN, il sera fêté et flatté par eux à La Haye. Quelle que soit l’aversion que les Européens peuvent ressentir pour Trump, elle est éclipsée par leur besoin impératif du soutien miliaire américain et par leurs craintes d’un avenir où les garanties de sécurité américaines seraient assorties de clauses en petits caractères.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui participe à son premier sommet, tentera de chuchoter à l’oreille de Trump, tout en veillant à ce que tous les autres alliés restent à bord. L’ancien Premier ministre néerlandais devra peut-être aussi choisir les thèmes où il s’opposera au président américain. Car certains alliés européens de l’OTAN se plaignent déjà en privé de sa trop grande souplesse à l’égard de Washington.

Le chancelier allemand Friedrich Merz se rendra à La Haye, ce qui contraste fortement avec son prédécesseur, Olaf Scholz. Le mois dernier, il s’était engagé à mettre sur pied l’armée la plus puissante d’Europe. Lors de son premier sommet, il devra démontrer si Berlin a l’intention de tenir ses promesses. Sous la présidence d’Olaf Scholz, l’Allemagne avait déjà commencé à prendre l’initiative en matière d’acquisitions communes, notamment dans le domaine de la défense aérienne. Il faut s’attendre à ce que cela s’amplifie.

Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a été écarté du programme principal, pour éviter toute confrontation directe avec Trump. L’Ukraine espère quelques promesses supplémentaires, et peut-être une rencontre bilatérale avec le président américain. Mais il est peu probable que des progrès vers une future adhésion à l’OTAN soient accomplis au-delà de ceux réalisés lors des sommets précédents. Kiev espère plutôt que ces progrès ne soient pas annulés.

En difficulté dans son pays, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a quelques jours avant le sommet rejeté l’objectif de 5 %. Il a depuis trouvé un compromis qui ne l’oblige pas à faire des concessions en matière de dépenses. On peut s’attendre à ce qu’il prenne la tête des États opposés aux augmentations budgétaires envisagées.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a suggéré de manière inattendue que son pays pourrait se retirer de l’OTAN et déclarer sa neutralité. Malgré cette sortie, l’objectif de 5 % bénéficie du soutien de tous les partis à Bratislava.

4. L’OTAN est-elle désormais plus forte, ou simplement plus bruyante ?

Cela dépend. Sur le papier, l’alliance s’est élargie et a augmenté ses dépenses. La Finlande et la Suède ont adhéré à l’organisation, les budgets militaires sont en hausse et les plans de guerre ont été dépoussiérés.

Mais l’unité est fragile. La crainte d’un retrait de Trump a donné un coup de fouet à la réflexion sur une défense européenne. Le rejet des objectifs de dépenses par Madrid ou les remarques de Robert Fico montrent aussi que nombreux sont les désaccords qui subsistent sous une apparente unité.

À La Haye, il s’agira de projeter sa force, mais ce sont peut-être les insécurités discrètes qui en diront le plus long.