L'élection de Trump met à l'épreuve l'unité de l'UE sur le climat
Le risque que les Etats-Unis sortent de l'accord de Paris fait planer des incertitudes sur les négociations climatiques. Voire sur le futur du marché du carbone européen.
Le risque que les Etats-Unis sortent de l’accord de Paris fait planer des incertitudes sur les négociations climatiques. Voire sur le futur du marché du carbone européen.
L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis est une « menace réelle et imminente » pour la lutte contre le changement climatique et « chamboule complètement chaque élément » de l’accord de Paris, qui en devient impossible à respecter, prévient l’eurodéputé en charge du marché du carbone.
Le prochain président américain a qualifié le changement climatique de « canular » « fictionnel » et « créé par les Chinois ». Donald Trump a été jusqu’à menacer de retirer le pays de l’accord de Paris, qui vient d’entrer en vigueur et a pour but de limiter à 2°C, voire moins, le réchauffement planétaire. Le 8 novembre, le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, a écrit au futur président pour insister sur l’importance de la coopération UE-États-Unis.
Les gouvernements du monde entier sont en ce moment même réunis à Marrakech, au Maroc, pour la COP 22, la conférence de l’ONU sur le climat, censée déterminer les mesures pratiques à mettre en place pour respecter l’accord historique de limitation du réchauffement climatique.
L’élection de Donald Trump « bouleverse complètement tous les éléments de l’accord de Paris et rend presque impossible le respect de ses objectifs », estime Ian Duncan, eurodéputé britannique conservateur et chargé de la réforme du système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS). « Qui va écouter ce qu’a à dire John Kerry, l’actuel secrétaire d’État américain, à présent ? » Les représentants américains au Maroc s’expriment uniquement au nom d’une administration sortante, renchérit-il.
La Chine et les États-Unis, les deux pays émettant le plus de CO2 au monde, ont ratifié l’accord de Paris au même moment, forçant d’autres ratifications et l’entrée en vigueur de l’accord moins d’un an après sa signature, le 4 novembre.
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« Ce qui est extraordinaire avec cet accord, c’est la manière dont il s’est concrétisé. L’ambition de ne pas dépasser 1,5°C, c’était incroyable à voir », explique Ian Duncan, mais la participation américaine est à présent menacée. « L’Europe ne peut pas s’attaquer au changement climatique seule. Les industries en souffriront immédiatement. »
« Les ramifications de l’élection constituent une menace réelle et immédiate », insiste l’eurodéputé, qui représente une circonscription écossaise.
Pessimisme au Parlement européen
Ian Duncan a passé sa matinée dans une réunion rassemblant des eurodéputés d’autres groupes politiques. Ils ont discuté de compromis sur des amendements à la proposition sur l’ETS, mais « tout le monde sait très bien ce que signifie la victoire de Donald Trump ».
« Une ambiance sombre, c’est la meilleure description » de la réunion, selon lui. « Si nous n’avons plus d’alliés à notre droite et à notre gauche pour nous soutenir, jusqu’où pouvons-nous aller seuls ? »
L’eurodéputé, qui voudrait que le climat soit totalement exclu des négociations du Brexit, prédit un naufrage possible de l’unité européenne sur la question climatique. L’accord de Paris est fondé sur le partage des coûts et des conséquences, rappelle-t-il. Une augmentation du fardeau économique européen suite au désengagement américain pourrait saper la volonté politique.
« Les échanges de carbone sont l’une des meilleures façons de combattre le changement climatique, et ça peut être l’une des plus rentables », assure-t-il. « Si une portion non négligeable du globe choisit de ne pas accepter l’accord de Paris et ses objectifs et plafonds, certains États membres se mettront à envisager différemment leur compétitivité. »
Rust Belt et climatosceptisme
Une des raisons de la victoire de Trump est son triomphe dans la Rust Belt, une région dominée par l’industrie polluante et où, selon le républicain, les vieilles industries sont d’hier, mais aussi de demain.
« Je ne vois pas comment il pourrait reculer là-dessus et dire que le réchauffement climatique est réel. Ce serait une volte-face à 180 degrés », assure Ian Duncan. « Les positions de Donald Trump vont au-delà de la compréhension établie de toutes les grandes questions. Il pourrait très bien réfléchir et nuancer, mais pour l’instant je n’ai vu aucune réflexion ou nuance dans son approche. »
La victoire de Trump a été saluée par certains eurodéputés. C’est le cas de Roger Helmer, du parti UKIP, qui ne croit pas non plus au changement climatique. « Paris est mort, tout comme la COP 22 », a-t-il tweeté.
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