La Turquie veut faire protéger son « döner kebab » par l'UE, au grand dam de l'Allemagne

Berlin n'est pas prêt à renoncer à son sandwich emblématique.

EURACTIV.com
[Jens Kalaene/picture alliance via Getty Images]

La Turquie veut faire protéger par la Commission européenne son fameux « döner kebab », mais Berlin n’est pas prêt à se faire dicter la recette du célèbre sandwich par Ankara. De plus en plus de produits alimentaires extérieurs à l’UE cherchent à entrer dans le système des indications géographiques (IG).

Lorsque Bruxelles avait lancé dans les années 1990 le système européen d’enregistrement des noms des produits alimentaires de haute qualité, une sorte de « passeport » des meilleurs aliments du continent, l’objectif était de protéger le savoir-faire des producteurs locaux à l’heure de la mondialisation.

Mais le système des indications géographiques (IG) s’est lui-même mondialisé. Il est tout d’abord présent dans tous les accords commerciaux négociés par la Commission, et il attire même un nombre croissant de demandes émanant de pays tiers.

Ainsi, le parmesan italien ou le roquefort français ne sont plus les seuls à bénéficier d’une protection. Au sein de l’UE, le thé blanc Anji et le riz Panjin chinois sont également protégés contre les contrefaçons. Il en va de même pour la pâtisserie fourrée à la pistache turque, l’Antep Baklavası, et les abricots secs de Malatya.

La Chine et la Turquie occupent même la première et la seconde place du classement des appellations d’origine non européennes, Ankara essayant de détrôner Pékin.

« La Turquie cherche à se rapprocher de l’Europe en se positionnant sur le marché des produits de qualité, grâce à sa proximité géographique et à son potentiel touristique », explique Mauro Rosati, directeur de la Fondation Qualivita, pour le journal italien Il Sole 24 Ore.

Selon la Fondation Qualivita, qui suit l’économie et la législation sur les IG, Ankara est à l’origine de trois des quatre demandes actuellement examinées à Bruxelles.

La Turquie a cependant encore du chemin à parcourir. Le pays compte 36 produits alimentaires enregistrés auprès de l’UE, mais la Chine conserve une confortable avance avec 99 produits, sept vins et quatre spiritueux protégés.

Ankara est pour l’heure dans l’attente : les Turcs espèrent que Bruxelles accordera une protection à l’emblématique « döner kebab ». Car Berlin fait tout pour bloquer cette demande.

À qui appartient le döner ?

En 2022, la Turquie avait demandé que le « döner » bénéficie du statut de spécialité traditionnelle garantie (STG), un système qui, contrairement à l’IG, protège la recette d’un aliment plutôt que son origine géographique.

Ankara souhaite établir des règles sur la fabrication du « döner » afin de préserver son authenticité, de l’épaisseur des tranches de viande au temps de marinade. L’Allemagne répond : « Ne touchez pas à la viande qui tourne ».

« Pour le bien de ses nombreux amateurs en Allemagne, le döner kebab doit rester tel qu’on le déguste ici », a déclaré le ministère allemand de l’Agriculture au début de l’année.

Symbole culturel de l’immigration turque, le döner kebab est devenu un incontournable de la cuisine de rue allemande, surpassant même en popularité la currywurst.

L’ancien ministre allemand de l’Agriculture Cem Özdemir, lui-même d’origine turque, s’était exprimé après la publication de la demande d’Ankara par l’UE, en 2024.

« Le kebab est une tradition allemande. Chacun devrait pouvoir décider librement comment il est préparé et consommé ici. Il n’y a pas besoin de réglementation venant d’Ankara », avait-il déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux.

Souriant sur la photo, il était accompagné d’une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Le kebab rend beau ».

La Turquie et les opposants à sa candidature, dont l’Allemagne et l’Autriche, ont récemment mis fin à des mois de négociations bilatérales sans parvenir à un accord. Le sort du döner est désormais entre les mains de la Commission européenne, qui n’a pas encore annoncé de calendrier. Selon l’un de ses porte-parole, la décision sera prise « en temps voulu ».

Jeremias Lin a contribué à cet article.