Ukraine : la France et la Pologne tentent d'accorder leurs violons sur l'après-guerre

Lors d’une déclaration commune avec Emmanuel Macron, le Premier ministre polonais Donald Tusk a estimé jeudi 12 décembre que les « spéculations » sur le déploiement d’une mission européenne de paix en Ukraine devaient cesser, mais a reconnu avoir abordé le sujet avec le président français.

AFP / EURACTIV.com
French President Emmanuel Macron visits Poland
Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre polonais Donald Tusk. [EPA-EFE/MARCIN OBARA]

Lors d’une déclaration commune avec Emmanuel Macron, le Premier ministre polonais Donald Tusk a estimé jeudi 12 décembre que les « spéculations » sur le déploiement d’une mission européenne de paix en Ukraine devaient cesser, mais a reconnu avoir abordé le sujet avec le président français.

« Je voudrais couper court aux spéculations sur la présence de troupes d’un pays ou d’un autre [en Ukraine] après un cessez-le-feu », a expliqué Donald Tusk, alors que certains médias suggéraient ces derniers jours qu’Emmanuel Macron envisageait le déploiement d’une mission européenne en Ukraine, après un éventuel accord de paix avec la Russie.

« Les décisions sur les actions [militaires] polonaises seront prises à Varsovie et uniquement à Varsovie. Pour l’instant, nous ne prévoyons pas de telles actions », a-t-il déclaré aux journalistes, aux côtés du président français, en visite dans la capitale polonaise pour quelques heures.

Donald Tusk a cependant reconnu que la question de l’envoi de troupes dans le cadre d’un cessez-le-feu, et celle d’un accord de paix, avaient été soulevées lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron.

« Le président [Macron] est au courant, nous en avons discuté », a-t-il souligné.

Les Européens se préparent à une possible diminution de l’aide américain en direction de l’Ukraine, alors que le président élu Donald Trump expliquait le week-end dernier qu’« il devrait y avoir un cessez-le-feu immédiat » et que « des négociations devraient commencer ».

Tandis que l’Allemagne et la France connaissent des troubles politiques, l’influence de Donald Tusk au sein de l’Union européenne (UE) semble grandir ces derniers mois.

La Pologne envisage de consacrer 4,7 % de son PIB à la défense en 2025 — le pourcentage le plus élevé des pays de l’OTAN — et le chef de l’État polonais n’a pas manqué de rappeler que son pays portait le « fardeau le plus lourd » des conséquences de la guerre en Ukraine.

Pour Donald Tusk, la Pologne se positionne donc comme un acteur incontournable des discussions sur le conflit.

L’influence de Varsovie devrait encore se renforcer, puisque la Pologne s’apprête à prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE, où se réunissent les ministres européens, à partir du 1er janvier. Le Premier ministre polonais a aussi estimé cette semaine que des pourparlers de paix entre Moscou et Kiev pourraient débuter cet hiver.

Des perspectives de paix encore lointaines

Les deux dirigeants ont évoqué la question du « jour d’après » et celle des garanties de sécurité que l’UE pourrait apporter à l’Ukraine, a expliqué sous couvert d’anonymat un diplomate pour Euractiv, bien qu’aucun plan n’ait pour l’heure été élaboré.

« Pour qu’il y ait un plan de maintien de la paix, il faut d’abord qu’il y ait la paix », a ajouté ce dernier.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a récemment envoyé quelques ouvertures en direction de Moscou, laissant entendre qu’il était disposé à attendre avant de récupérer les zones occupées par l’armée russe (près d’un cinquième du pays), mais il a aussi réclamé de ses alliés des garanties de sécurité « effectives », afin de prévenir toute nouvelle agression du Kremlin.

Emmanuel Macron et Donald Tusk ont convenu qu’il revenait aux Ukrainiens de décider quand les pourparlers de paix pourront commencer, et ont répété que cette paix ne pouvait se faire aux dépens des Ukrainiens. « Nul ne peut discuter pour les Ukrainiens en leur nom des concessions à faire, des points à porter », a souligné Emmanuel Macron.

« Seule une seule paix durable est la paix possible, c’est à dire une paix négociée par les Ukrainiens et qui leur permette d’avoir des solutions de sécurité dans la durée », a encore expliqué le président français.

« Il nous faut travailler de manière très étroite avec les Américains, avec évidemment l’Ukraine pour trouver un chemin possible, qui prenne en compte les intérêts de l’Ukraine, sa souveraineté et les intérêts des Européens et leur sécurité », a encore insisté le président français.

Le Premier ministre polonais a aussi relevé que toute « proposition » en la matière devait « être acceptée » par les Ukrainiens et souligné sa volonté de « coopérer avec la France sur les solutions qui vont avant tout sécuriser l’Europe ».

Les déclarations d’Emmanuel Macron et de Donald Tusk interviennent alors que les États de l’UE tentent de se positionner pour peser sur l’avenir de l’Ukraine.

Au début du mois de décembre, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, confiait à Euractiv que le soutien européen à l’Ukraine devrait rester illimité, et inclure la possibilité de déployer des troupes, afin de maintenir une « ambiguïté stratégique » vis-à-vis de la Russie.

L’Europe devrait « jouer un rôle » si un cessez-le-feu était mis en place, ce qui nécessiterait l’envoi de troupes pour vérifier qu’il est respecté, avait aussi affirmé Kaja Kallas.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Laurent Geslin]