Ukraine : près de la moitié de l’aide européenne proviendrait d’achats plutôt que de stocks

L’Europe intensifie la production et les achats d’armes neuves pour soutenir l’Ukraine face à l'envahisseur russe.

EURACTIV.com
Merz Receives Ukrainian President Zelensky In Berlin
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky (à gauche) et le chancelier allemand Friedrich Merz (à droite). [Getty Images/Emmanuele Contini_NurPhoto]

Près de la moitié de l’aide militaire fournie par l’Europe à l’Ukraine provient désormais de nouveaux achats auprès des industriels, plutôt que de prélèvements sur les stocks existants. C’est ce que révèlent de récentes données de l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale.

Cette évolution intervient alors que l’industrie européenne de l’armement augmente ses cadences de production, tandis que les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, privilégient désormais la vente d’armes à Kiev plutôt que les dons de matériel fraîchement sorti des usines.

« L’Europe a désormais acheté plus de matériel dans le cadre de nouveaux contrats de défense que les États-Unis, ce qui marque un changement clair : on passe de l’utilisation des arsenaux à la production industrielle », résume Taro Nishikawa, responsable du suivi de l’aide à l’Ukraine à l’Institut de Kiel.

Rien qu’en mai et juin, ces contrats ont représenté 4,6 milliards d’euros sur les 10,5 milliards d’euros d’aide militaire envoyés à l’Ukraine, selon le think tank allemand. Ce montant inclut les contributions de l’UE, du Royaume-Uni, de la Norvège, de la Suisse et de l’Islande.

Depuis le début de l’invasion à grande échelle lancée par la Russie en février 2022, les industriels européens ont fourni 35,1 milliards d’euros de matériel militaire et de munitions nouvellement fabriqués — un volume supérieur aux 30,7 milliards d’euros d’équipements issus des chaînes de production américaines qui ont été envoyés en tant qu’aide militaire.

« En mai, pour la première fois depuis l’entrée en fonction de [la nouvelle] administration Trump [en janvier, NDLR], les États-Unis ont approuvé d’importantes exportations d’armes vers l’Ukraine, mais pas à titre d’aide militaire », expliquent les chercheurs. « Il s’agit plutôt de ventes que Kiev doit financer elle-même. »

En Europe, la tendance est claire : avec des stocks militaires largement entamés, les capitales passent par des contrats industriels pour poursuivre leur soutien. Les usines ont été agrandies afin de répondre à la demande croissante. En 2024, ces achats représentent 59 % de l’aide militaire européenne, contre seulement 11 % en 2022.

L’Allemagne en tête, la France en retrait

Selon les données de l’Institut de Kiel, l’Allemagne est le premier contributeur européen, avec 16,5 milliards d’euros d’aide militaire, devant le Royaume-Uni (13,8 milliards) et le Danemark (9,16 milliards). Berlin a encore renforcé son soutien financier ces derniers mois, avec notamment un programme de 5 milliards d’euros adopté en mai et incluant le financement de la production de systèmes d’armes à longue portée en Ukraine.

La France, pourtant deuxième économie de l’UE et siège de grands acteurs de la défense, n’arrive qu’en sixième position avec 5,96 milliards d’euros. En mars, Emmanuel Macron a annoncé un nouveau paquet de 2 milliards, comprenant missiles antichars, systèmes de défense aérienne, munitions et production d’équipements en Ukraine.

D’autres accords pourraient être signés dans les prochains mois, les États membres souhaitant mobiliser le nouveau programme de prêts pour la défense SAFE (Security Action for Europe) doté de 150 milliards d’euros et mis en place par la Commission européenne pour soutenir les achats militaires en faveur de Kiev.

Plusieurs pays ont manifesté leur intérêt pour l’utilisation des fonds SAFE afin de soutenir l’effort de guerre ukrainien. La Bulgarie, l’un des rares pays à avoir rendu publics ses plans de dépenses au titre du programme de financement, a suggéré d’utiliser les fonds empruntés pour acheter des obus d’artillerie de 155 mm destinés à l’Ukraine, via des contrats conjoints avec d’autres pays de l’UE.

Les pays ont jusqu’à fin novembre pour soumettre leurs plans de dépenses détaillés à Bruxelles.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]