Un axe franco-italien en Europe?

Un duo franco-italien surprenant a émergé ces dernières semaines pour influencer les décisions de l'UE sur tous les sujets, allant de l'aide à Athènes au changement climatique, alors que l'Allemagne est de plus en plus réticente à prendre d'importantes nouvelles initiatives européennes.

Un duo franco-italien surprenant a émergé ces dernières semaines pour influencer les décisions de l'UE sur tous les sujets, allant de l'aide à Athènes au changement climatique, alors que l'Allemagne est de plus en plus réticente à prendre d'importantes nouvelles initiatives européennes.

Le signe le plus évident de cette alliance fut lorsque le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre italien Silvio Berlusconi ont poussé la chancelière allemande Angela Merkel jusque dans ses retranchements pour définir les détails du plan de sauvetage de la Grèce.

Ainsi, l'accord obtenu lors du sommet européen de mars (EURACTIV 26/03/10) n'a pas aidé Athènes à convaincre les opérateurs de marché de sa capacité à rembourser sa dette. Un nouvel engagement plus clair des membres de la zone euro était nécessaire pour calmer les marchés.

Le dimanche 11 avril, MM. Sarkozy et Berlusconi ont mis fin à des mois d'indécision en s'accordant par téléphone sur le taux d'intérêt du prêt de la zone euro à la Grèce.

Ils ont pris cette décision contre la volonté de Mme Merkel. La chancelière allemande ne voulait pas d'un taux de 5 %, considéré par l'Allemagne comme une subvention injuste récompensant des années d'extravagances financières, mais elle a dû se résoudre face à la pression de ce duo, qui pouvait aussi compter sur le soutien du président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker.

Intérêts communs

Cette nouvelle entente franco-italienne a été encore davantage mise en avant il y a seulement quelques jours avec une autre initiative commune d'importance. Le 15 avril, MM. Sarkozy et Berlusconi ont envoyé une lettre conjointe au président de la Commission européenne José Manuel Barroso l'encourageant à soutenir la mise en place de droits de douane carbone pour les pays qui ne font pas partie de l'accord mondial de réduction des gaz à effet de serre (EURACTIV 16/04/10).

Paris et Rome s'inquiètent pour leurs industries, qui paient pour les permis d'émission de dioxyde de carbone, et risquent de perdre des parts de marché en faveur d'importations moins chères en provenance de pays qui n'imposent pas de telles taxes.

Cette initiative va jouer un rôle significatif dans les négociations climatiques internationales post-Copenhague en vue de la prochaine conférence mondiale sur le changement climatique, qui doit avoir lieu à la fin de l'année à Cancun au Mexique.

L'an dernier, les deux pays ont signé un accord sur la coopération nucléaire civile, qui donnera naissance à au moins quatre centrales nucléaires en Italie (EURACTIV 25/02/09).

L'Italie et la France partagent la même vision sur d'autres dossiers clefs, comme la réforme de la règlementation des marchés financiers européens. Le ministre de l'économie italien Giulio Tremonti a récemment rencontré le commissaire français au marché intérieur Michel Barnier à Bruxelles, promettant le soutien de l'Italie en faveur de ses initiatives règlementaires sur les hedge funds, les exigences de capital pour les banques et les dérivés.

L'Union pour la Méditerranée constitue un autre dossier dans lequel France et Italie ont des intérêts qui coïncident. Renforcer leurs relations avec leurs partenaires du sud et de l'est de la Méditerranée est perçu aussi bien par Rome que par Paris comme une priorité diplomatique. Une déclaration commune sur ce sujet a été adoptée lors du sommet franco-italien du 9 avril à Paris.

C'est différent pour Berlin. La chancelière allemande Angela Merkel s'est toujours opposée à l'idée d'étendre la sphère d'influence de l'UE vers le sud, puisque la sphère d'influence naturelle de l'Allemagne est davantage centrée aux frontières orientales de l'Union.

Relations ambiguës entre Merkel et Sarkozy

La pression exercée par M. Sarkozy en faveur de l'établissement de l'Union pour la Méditerranée a mis en avant les frictions avec son homologue allemande, avec laquelle ses relations personnelles n'ont jamais été particulièrement au beau fixe. Les deux dirigeants ont des personnalités radicalement différentes et s'affrontent parfois ouvertement, par exemple lorsque M. Sarkozy a annulé un sommet franco-allemand prévu en 2008.

Mme Merkel a souvent regardé avec suspicion l'activisme de M. Sarkozy, en particulier ses tentatives de gagner en influence en Europe et sur la scène internationale. Ces suspicions ont été révélées au grand jour lors de la présidence française hyperactive de l'UE en 2008.

D'autre part, M. Sarkozy n'a jamais considéré la relation de la France avec l'Allemagne comme étant exclusive. Ses tentatives pour se rapprocher des Etats-Unis et du Royaume-Uni au début de son mandat n'ont pas été ignorées à Berlin.

Cette nouvelle entente avec l'Italie semble suivre cette même logique pragmatique. Il y a de nombreuses raisons qui font que M. Sarkozy cherche à entretenir des relations plus étroites avec Rome, parmi lesquelles le fait que sa femme, Carla Bruni-Sarkozy, soit d'origine italienne n'est pas la moindre. Cependant, il reste à voir jusqu'où le président français est prêt à compromettre la relation stratégique de son pays avec Berlin.

Le test décisif sera la nomination du prochain président de la Banque centrale européenne. Le mandat de Jean-Claude Trichet expire en 2001. L'Italien Mario Draghi et l'Allemand Axel Weber sont tous deux candidats au poste, et l'influence française dans cette nomination devrait être décisive (EURACTIV 11/02/10).