Un député propose de créer un corps de réserve pour l'industrie de la défense

Un nouveau projet de loi sur la défense française vise à créer une réserve de personnel pour l’industrie de la défense du pays, afin de pallier le manque de ressources humaines en cas de nécessité d’augmenter la fabrication d’équipements de défense, en particulier dans les situations d’urgence.

Euractiv.com
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Bien que le texte initialement proposé n’incluait pas l’idée de créer une réserve militaire qui serait affectée aux industries de défense en tant que main-d’œuvre supplémentaire en cas de besoins urgents, le député Vincent Bru (Modem, Renew) l’a proposé comme amendement lors de l’examen du texte par la commission de la défense. [EPA-EFE/MOHAMMED BADRA]

Un nouveau projet de loi sur la défense française vise à créer une réserve de personnel pour l’industrie de la défense du pays, afin d’apaiser les inquiétudes concernant le manque de ressources humaines en cas de nécessité d’augmenter la fabrication d’équipements de défense, en particulier dans les situations d’urgence.

La nouvelle Loi de programmation militaire allouera des fonds à l’armée et aux futurs achats d’équipements de défense entre 2024 et 2030.

Bien que le texte initialement proposé n’incluait pas l’idée de créer une réserve militaire qui serait affectée aux industries de défense en tant que main-d’œuvre supplémentaire en cas de besoins urgents, le député Vincent Bru (Modem, Renew) l’a proposé comme amendement lors de l’examen du texte par la commission de la défense.

Le projet de loi, adopté la semaine dernière par la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, est débattu en séance plénière depuis lundi (22 mai). Les députés examinent plus de 1 800 amendements et après ce débat, qui devrait durer deux semaines, le texte sera transmis au Sénat pour être débattu et adopté.

Ce projet de loi intervient alors que les alliés de l’Ukraine en Europe voient leurs stocks diminuer en raison de leur soutien à Kiev, ce qui met à rude épreuve les chaînes de production de l’industrie de la défense.

Les dirigeants de l’UE et la Commission européenne ont appelé à une relance de la production de défense, en particulier pour les munitions, dont l’Ukraine a un besoin urgent pour poursuivre sa lutte contre la Russie.

L’industrie de la défense a toutefois tiré la sonnette d’alarme quant au manque de ressources humaines pour produire et assembler l’équipement en grandes quantités.

Besoins inattendus de l’industrie

L’amendement prévoit la création d’une réserve industrielle composée d’ingénieurs et d’ouvriers d’usine, qui opéreraient sous statut militaire.

Plus concrètement, il s’agirait d’une « réserve opérationnelle et industrielle », a expliqué Vincent Bru, le député à l’origine de la proposition, à EURACTIV.

« Cette réserve serait mise à disposition de nos entreprises, munitionnaires ou d’armement, comme renfort, en cas de nécessité d’accroître la production, dans une économie de guerre, où il faudrait produire davantage et plus vite », a déclaré M. Bru.

L’État pourrait faire appel à cette réserve en cas de besoins urgents.

Une source au sein du ministère français des Armées a déclaré à EURACTIV que « le jour où un engagement majeur nécessite une augmentation rapide de la capacité de production d’équipements de défense, le fait de disposer de réservistes déjà formés, avec des compétences proches de celles nécessaires dans l’industrie de la défense, constituerait une force, une capacité de travail ajoutée pour faire face à un engagement majeur dans l’industrie ».

Le texte adopté reprend l’idée lancée par Nicolas Chamussy, directeur général de Nexter, l’un des principaux producteurs français de munitions, dans le journal financier français Les Échos, en mars dernier.

Il appelait à la création d’une « réserve citoyenne de l’industrie de Défense », sur le modèle de la cyberdéfense et des réserves citoyennes des autres corps d’armée et de la gendarmerie.

Celle-ci permettrait de « fournir à nos armées les capacités dont elles auront besoin en cas de conflit de haute intensité, en accroissant notre potentiel de production d’équipements militaires critiques ». L’industrie bénéficierait d’un « afflux de main-d’œuvre significatif, mobilisable rapidement et formé », avait-il déclaré à l’époque.

Plus de ressources humaines

Le nombre idéal, selon M. Bru, serait d’environ 2 000 personnes, en se basant sur les estimations du ministère français des Armées.

« Il faut souhaiter que ça n’arrive jamais, mais s’il fallait vraiment augmenter les cadences, ce serait une possibilité pour compléter » des ingénieurs et des ouvriers déjà employés, a-t-il expliqué.

Cette réserve pourrait être composée de « personnes sous statut militaire, actuellement sous contrat ou d’anciens militaires rappelés, pour renforcer [les capacités sur la chaîne de production] ou pour former la prochaine génération », a expliqué M. Bru.

Elle pourrait également inclure des officiers de l’armée ou du personnel de réserve qui ne sont plus en mesure de combattre sur la ligne de front, a-t-il ajouté.

Cette réserve de l’industrie militaire comblant le manque de ressources humaines ne suffira cependant pas à augmenter de manière significative la capacité de l’industrie à produire des armes dans une économie de guerre, ont prévenu les membres du Parlement français.

Ils ont déclaré que l’industrie devait également assumer sa part de responsabilité dans la préparation d’une économie de guerre.

L’augmentation de la capacité de production « dépend également du fait qu’ils ont créé des stocks stratégiques, par exemple, de matières premières », a déclaré à EURACTIV Thomas Gassilloud du parti Agir (Renew), président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale.

Les entreprises de défense devraient également « penser à l’avenir » en ce qui concerne les ressources humaines nécessaires dans un scénario d’économie de guerre, alors qu’un plan de temps de paix comptant sur des travailleurs intérimaires ne suffirait pas, a dit M. Gassilloud.