Un faible vent d’optimisme souffle sur la zone euro pour 2014

La zone euro a vécu en 2013 l'une des années les moins tumultueuses depuis le début de la crise grecque en 2009. L'année 2014 sera tout aussi calme, selon les experts qui avaient prédit la disparition de la zone euro, il y a un peu plus d’une année.

EURACTIV.fr / Reuters
european_central_bank_02.jpg
european_central_bank_02.jpg

La zone euro a vécu en 2013 l'une des années les moins tumultueuses depuis le début de la crise grecque en 2009. L'année 2014 sera tout aussi calme, selon les experts qui avaient prédit la disparition de la zone euro, il y a un peu plus d’une année.

La volonté politique est présente : la Banque centrale européenne s'engage toujours à soutenir l'euro en vue d'écarter la pression du marché obligataire. Les économies progresseront au moins un peu, espère-t-on.

Même si l'Espagne, l'Italie et le Portugal sortent tous de la récession et si la Grèce devait leur emboîter le pas cette année, de nombreux facteurs poussent toutefois à la prudence pour 2014.

Élections européennes

Taux de chômage élevé, fatigue de l'austérité, croissance anémique sont autant de maux sur lesquels les partis des extrêmes pourront prospérer lors des élections du Parlement européen en mai 2014.

Selon certains experts, les partis anti-euro dont le Front national (France), UKIP (Grande-Bretagne), Syriza (Grèce) et le Parti pour la liberté (Pays-Bas) pourraient ensemble obtenir plus de 20 % des sièges.

Les partis traditionnels européens pourraient alors être tentés de virer à droite. La capacité européenne à intégrer davantage de nouvelles compétences pourrait dès lors être mise à mal, car le Parlement aura son mot à dire dans la plupart des textes législatifs de l'UE.

« Cela pourrait inciter les partis traditionnels à adopter une attitude plus eurosceptique et compliquer la désignation de la prochaine Commission européenne [prévue plus tard dans l’année] et le vote sur une législation sur l'union bancaire », explique Alastair Newton, politologue de premier plan à Nomura Securities.

Union bancaire

Pendant quelques années au moins, les gouvernements nationaux prendront en charge, en dernier recours, les faillites des banques. Un mécanisme qui ne coupe pas entièrement les liens entre les banques en difficulté et les dettes souveraines.

La Banque centrale européenne (BCE) publiera les résultats des tests de résistance des plus grandes banques européennes avant de se charger de leur supervision en novembre prochain.

L'ampleur d'un choc majeur est d'ores et déjà limitée en raison de la recapitalisation réalisée par les banques. Les prêts devraient toutefois rester limités avant la fin des tests de résistance, ce qui empêcherait la reprise économique.

La principale bonne nouvelle pour la zone euro est le refus des marchés de tester le filet de sécurité de la BCE. Le moindre doute remettrait immédiatement les règles du jeu en question.

De son côté, la Cour constitutionnelle allemande va bientôt se prononcer sur le programme d'opérations monétaire sur titre de la BCE, un mécanisme pas encore utilisé en vue de protéger la zone euro.

Ce tribunal situé à Karlsruhe n'a pas rejeté directement toute mesure de lutte contre la crise, même s’il a accordé des niveaux de surveillance plus élevés au Bundestag.

Si le marché obligataire décide d’attaquer, la guerre serait déclarée à nouveau aux États membres les plus faibles, ce qui déclencherait une nouvelle crise.

Zèle

La BCE a déclaré à plusieurs reprises qu'il était temps que les pays remettent de l'ordre dans leurs affaires. Objectif : réduire les dettes et promulguer les réformes économiques nécessaires pour assurer la prospérité au XXIe siècle.

L'Italie et la France sont sous les feux de la rampe. L'économie italienne a stagné au cours des dix dernières années et le gouvernement de coalition pourrait manquer de cohésion en vue de mener les réformes appropriées. 

« La France reste la seule grande économie européenne qui est assaillie par de nombreux problèmes de santé graves et qui n'a rien entrepris à ce sujet », indique Berenberg Bank dans une évaluation annuelle de la zone euro.

Dans ses vœux de fin d'année, le président François Hollande a proposé aux entreprises de réduire les taxes sur le travail en contrepartie d'une relance de l'embauche. Mais le Président français reste au plus bas dans les sondages.

Le ras-le-bol vis-à-vis de l'austérité est le plus perceptible en Grèce, le pays où a éclaté la crise de la dette.

Son gouvernement de coalition refuse d'accorder des coupes supplémentaires. Athènes aura besoin d'un allégement de la dette afin de remettre ses finances sur une voie durable. La majorité parlementaire est fragile : elle ne compte que trois sièges. Le parti d'opposition, détracteur de plan de sauvetage, prend de l'ampleur dans les sondages.

Déflation

Une déflation, très improbable, constituerait le plus grand risque, ce qui ferait craindre un scénario à la japonaise. Le pays a perdu une décennie à cause de ce phénomène, qui rend les dettes à terme encore plus difficiles à honorer.

Une chute de l'inflation à 0,7 % a incité la BCE à réduire ses taux d'intérêt en novembre dernier. Bon nombre de ses membres s'opposent toutefois fermement au recours à la planche à billets, ce qui avait finalement permis de donner un second souffle à l'économie japonaise.

« Nous devons faire en sorte que notre inflation ne descende pas au-dessous de 1 % de manière permanente afin d’éviter que nous glissions vers la zone dangereuse », a déclaré la semaine dernière, Mario Draghi, le président de la BCE.

Même en l'absence de déflation, tout retard dans le processus de réduction de la dette et dans les réformes structurelles pourrait nécessiter d'autres mesures de la BCE.

« 2014 représentera un plus grand défi et sera plus dangereux pour les marchés financiers de la zone euro que l'année calme de 2013. […] Mais les prévisions de la disparition imminente de la zone euro se sont systématiquement révélées erronées », indique Russell Jones, économiste à la Llewellyn Consulting à Londres.