« Un gap structurel se creuse entre l’UE et les États-Unis », selon le président du Medef
Le « patron des patrons » Patrick Martin, fraîchement élu président du Medef en juillet, s’est dit particulièrement préoccupé par une « prolifération normative européenne », qui freinerait la compétitivité des entreprises du continent face à la Chine et les États-Unis.
Le « patron des patrons » Patrick Martin, fraîchement élu président du Medef en juillet, s’est dit particulièrement préoccupé par une « prolifération normative européenne », qui freinerait la compétitivité des entreprises du continent face à la Chine et les États-Unis. « Nous sommes demandeurs d’une Europe plus puissante, mais aussi plus efficace ».
Économie allemande, devoir de vigilance, réponse au plan d’investissement américain Inflation Reduction Act (IRA)… Les sujets européens brûlants ne sont pas en manque pour le Medef, première organisation patronale de France, qui dévoilait lundi (13 novembre) à Bruxelles sa « Feuille de route Europe » pour « faire entendre la voix des entreprises françaises » à l’aune des élections européennes de 2024.
Si Patrick Martin, élu président en juillet pour remplacer Geoffroy Roux de Bezieux, dit « assumer une fibre européenne forte » — 60 % de l’économie française est dépendante du marché unique — elle menacerait aujourd’hui de crouler sous une « prolifération normative européenne ».
Selon le Medef, les entreprises ne suivent plus le rythme des réformes et peinent à mettre en œuvre les réglementations nécessaires, au point de les pénaliser vis-à-vis de la compétition chinoise et étasunienne.
Cela serait particulièrement vrai avec la directive sur le devoir de vigilance, qui obligerait les entreprises européennes à identifier et prévenir les risques liés aux droits humains, à l’environnement ou à la santé dans leurs chaînes de valeur. La directive est en cours de négociations entre les institutions européennes.
« Nous partageons l’esprit de ce texte » mais encore faut-il que les entreprises puissent diligenter les vérifications nécessaires, surtout lorsque celles-ci se concentrent sur « les deuxièmes ou troisièmes sous-traitants », précise M. Martin.
Pour lui, les entreprises pourraient être dans « l’incapacité » de faire face à ces nouvelles contraintes et une telle directive serait alors « une raison de profondes divergences en termes de compétitivité et, je dirais, en termes d’esprit entrepreneurial entre l’Union européenne et le reste du monde ».
UE vs Etats-Unis
Plus largement, le développement d’une industrie européenne verte est au premier plan de la feuille de route du Medef, qui a dit vouloir augmenter ses capacités d’influence à Bruxelles, avec, à terme, un doublement de ses effectifs dans le bureau belge, de cinq à 10 personnes.
« En termes d’investissements, l’Union européenne, dorénavant, c’est moins de la moitié de ce qu’investissent les États-Unis », martèle Patrick Martin.
D’un côté, l’IRA américain permet un déblocage de l’argent public rapide, accompagné de mesures fiscales incitatives. De l’autre, l’UE s’est munie au pire de la pandémie d’une capacité d’investissement de l’ordre de 750 milliards d’euros environ — le Next Generation EU (NGEU) — mais moins d’un quart a été réellement mobilisé, soulignait encore le média financier Agefi en octobre.
En conséquence, « un gap structurel se creuse entre l’UE et les États-Unis », affirme le président. La réponse européenne à l’IRA, qui a notamment consisté en un assouplissement des aides d’État — au risque de mettre la stabilité du marché unique en péril — ne fait rien à la « lenteur » du processus administratif pour bénéficier de deniers publics, ajoute-t-il : « C’est plus compliqué, plus laborieux, plus lent [et] moins lisible pour les entreprises ».
De fait, « il faut une stratégie industrielle européenne sur les matériaux critiques, l’énergie, la formation […] là où les Américains sont peut-être moins sophistiqués [aujourd’hui], mais à la fin probablement plus efficaces ».
« Superbe isolement »
Dans ce changement de paradigme que le Medef souhaite voir s’opérer, un allié inattendu des Français semble se révéler au grand jour : la BDI, puissante organisation patronale allemande.
Si elle avait, de nombreuses années durant, fait preuve d’un « superbe isolement » en défendant avant tout les intérêts des entreprises allemandes, parfois au détriment des Français, la BDI semble vouloir mettre de l’eau dans son vin au fur et à mesure que l’économie allemande ralentit, souligne M. Martin.
Des sujets de divergence continuent d’exister, notamment sur l’enquête antisubventions diligentée par la Commission européenne sur les véhicules électriques chinois. Mais M. Martin de rassurer : « Nous ne sommes pas du tout dans un rapport de défiance ou de rivalité [avec la BDI], nos intérêts sont complètement liés ».
De fait, les Allemands seraient aujourd’hui « dans la recherche d’une coopération renforcée avec les entreprises européennes », se positionnant même en faveur de l’énergie nucléaire lors de prises de positions communes, se désolidarisant ainsi de la coalition gouvernementale.
« Mais bon, le gouvernement allemand n’est pas d’une cohérence et d’une cohésion absolue », souffle Patrick Martin, puis de conclure sur un mot de prudence : « Si l’économie allemande flanche, cela aura nécessairement des effets négatifs pour l’économie française ».