Un journaliste grec acquitté après la publication d’une liste de fraudeurs fiscaux
Un journaliste grec qui a publié les noms de plus de 2000 de ses compatriotes possédant un compte en Suisse a été acquitté jeudi (1er novembre) lors d’une affaire qui a touché un point sensible : le rôle de la fraude fiscale dans la crise de la dette du pays.
Un journaliste grec qui a publié les noms de plus de 2000 de ses compatriotes possédant un compte en Suisse a été acquitté jeudi (1er novembre) lors d’une affaire qui a touché un point sensible : le rôle de la fraude fiscale dans la crise de la dette du pays.
Le procès de Costas Vaxevanis, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Hot Doc, a suscité l'inquiétude à l'échelle internationale et un grand intérêt chez les Grecs touchés par l'effondrement de l'économie du pays et agacés par les privilèges des élites.
Il aurait pu encourir jusqu'à deux ans d'emprisonnement pour avoir enfreint la loi sur la publication de données confidentielles privées. M. Vaxevanis a déclaré qu'il y avait des motivations politiques et que les hommes politiques protégeaient une classe de gens riches « intouchables ».
La rapidité de son arrestation et de la tenue de son procès après la publication de la « liste Lagarde » (en référence à la directrice du Fonds monétaire international) ont suscité des protestations dans une Grèce proche de la banqueroute, où la fraude fiscale sabote les efforts visant à réduire les coûts publics et à augmenter les revenus fiscaux dans le cadre du plan de sauvetage de l'UE et du FMI.
Cela a aussi provoqué des protestations en Grèce où les gouvernements successifs sont accusés d'avoir épargné les riches alors que des années de récession ont réduit de 20 % la production économique et détérioré le niveau de vie de la classe moyenne.
Après une journée de procès, la salle d'audience remplie de journalistes, d'avocats des droits de l'homme et de citoyens grecs, s'est levée pour acclamer le juge quand ce dernier a déclaré le journaliste non coupable. Costa Vaxevanis a levé les pouces en l'air et sa fille adolescente s'est empressée de venir l'embrasser.
« Ce jugement n'est pas seulement juste, mais il libère le journalisme. Les journalistes en Grèce ont été retenus en otage pendant très longtemps », a déclaré le rédacteur en chef, le visage mal rasé, après le verdict.
« Ce jugement offre la possibilité à nos collègues de faire leur travail sans menottes. »
La Grèce n'a pour l'instant réussi à condamner aucun grand nom pour fraude fiscale, ce qui provoque la consternation de la population vis-à-vis d'une classe politique qui a promis de contraindre les plus riches à compatir à la douleur causée par la crise de la dette.
Liste divulguée
M. Vaxevanis a expliqué avoir reçu la liste répertoriant les détenteurs de comptes suisses par l'intermédiaire d'une source anonyme. Mme Lagarde l'avait transférée aux autorités de certains États membres en 2010 alors qu'elle était la ministre française des finances.
Lors de l'audience, le procureur a accusé le journaliste d'avoir « crucifié » les gens présents sur la liste. Les avocats de la défense ont affirmé que personne ne s'était plaint de violation de la vie privée.
M. Vaxevanis a affirmé qu'il avait publié les noms parce qu'il en était de son devoir de journaliste et que les hommes politiques refusaient d'agir.
« Le peuple grec sait depuis deux ans maintenant qu'il existe une liste de gens qui sont riches, à juste titre ou pas, et qui sont intouchables. Dans le même temps, le [peuple grec] est de l'autre côté et subit les réductions », a-t-il déclaré devant le tribunal.
« Le système politique a caché la vérité pendant si longtemps. »
Un autre journal, le quotidien Ta Nea, a consacré 10 pages pour publier les 2 059 noms, dont plusieurs hommes politiques, des hommes d'affaires, des magnats du transport maritime, des docteurs, des avocats et des femmes au foyer.
Selon l'article, les comptes représentaient environ 2 milliards d'euros jusqu'en 2007, mais il n'existait aucune preuve selon laquelle les détenteurs auraient enfreint les lois sur la fraude fiscale.
Deux anciens ministres des finances ont fait savoir qu'ils avaient en leur possession des copies de cette liste.
Jeudi, Yannis Stournaras, le ministre grec des finances, a toutefois annoncé au parlement qu'il n'avait pas pris connaissance de cette liste avant qu'il n'entre en fonction après les élections en juin et qu'il n'y avait aucune preuve que le département de la lutte contre la criminalité financière du ministère les a reçus.
Le gouvernement du premier ministre, Antonis Samaras, n'a émis aucun commentaire sur l'exactitude de la liste, qui aurait été volée par un ancien employé de la banque HSBC selon des fonctionnaires grecques.
D'après un rapport de l'UE publié l'année dernière, la Grèce aurait environ 60 milliards d'euros de taxes impayées, un montant équivalent à un quart de son économie et à plus d'un sixième de sa dette.