Un objectif d'émissions pour 2030 au programme du Danemark
S'ils adoptent le projet de conclusions consulté par EURACTIV, les ministres européens de l'environnement réclameront le 9 mars prochain une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici 2030
S'ils adoptent le projet de conclusions consulté par EURACTIV, les ministres européens de l'environnement réclameront le 9 mars prochain une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici 2030
La présidence danoise du Conseil de l'UE souhaite que la Commission européenne présente des options permettant de réduire les émissions dans le cadre de la feuille de route pour une économie faible en carbone d'ici 2050 en établissant un objectif intermédiaire en 2030, tout en prenant en compte les « hypothèses sous-jacentes » des Etats membres.
Cette feuille de route proposait une série d'objectifs intermédiaires pour aboutir à une réduction totale de 80-95 % d'ici 2050. Selon les scientifiques, cet effort sera crucial pour éviter un réchauffement climatique mondial de plus de 2°C.
L'objectif d'une réduction de 40 % pour 2030 par rapport aux niveaux d'émissions de 1990 est avancé. Cet objectif grimpe à 60 % en 2040 et à 80 % au minimum pour 2050.
L'eurodéputé vert Bas Eickhout s'est dit satisfait de ce document, affirmant qu'il fournissait « des perspectives à plus long terme, ce qui est crucial pour l'investissement ». Il a toutefois rappelé qu'il ne serait pas judicieux de séparer les objectifs de réduction des émissions des autres objectifs de l'UE.
« Les objectifs [de réduction des émissions] pour 2030 devraient être combinés à ceux établis pour les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique comme c'est le cas pour 2020 », a-t-il expliqué à EURACTIV.
« La sécurité de l'investissement serait alors au rendez-vous pour les nouveaux secteurs et cela permettrait de fournir les bons incitants pour l'avenir. »
Energies renouvelables et efficacité énergétique
Des sources de l'Union européenne ont déclaré que les nouveaux objectifs en matière d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique auraient plus de chance d'être approuvés lors de la réunion des ministres de l'énergie que lors de la réunion des ministres de l'environnement du 9 mars.
La question des objectifs intermédiaires pour 2030 s'agissant de la réduction des émissions de CO2 continue toutefois de diviser les parties prenantes. « Nous n'avons pas obtenu de concessions à ce sujet la dernière fois, tirez-en vos propres conclusions », a déclaré un diplomate de l'UE.
« Les choses ont-elles changé depuis ? » a-t-il demandé « Nous avons eu le sommet de Durban sur le changement climatique que l'on pourrait qualifier de succès, donc je pense que les gens pourraient voir les choses différemment. Mais je pense tout de même que les mêmes arguments feront surface. »
Pour les entreprises énergétiques qui travaillent dans le domaine des énergies renouvelables, la question est restée sur le tapis. En 2011, l'entreprise néerlandaise Eneco a réclamé des objectifs contraignants pour 2030, tout comme Dong Energy au Danemark et SSE au Royaume-Uni.
Le porte-parole d'Eneco, Marcel Van Dun, a confié à EURACTIV qu'une décision de la Commission en ce sens « contribuerait à des investissements européens sains et orientés sur le marché pour le climat et les énergies renouvelables ».
« L'Europe reprendrait alors sa place de leader dans la transition mondiale vers un approvisionnement énergétique indépendant et à l'épreuve du futur pour nos entreprises et nos citoyens », a-t-il expliqué.
Un objectif européen plus ambitieux impliquerait également « des prix plus élevés pour le carbone et la mise en place des bons incitants », a-t-il ajouté.
Prix du carbone
En plus des futurs objectifs, les ministres se concentreront également sur la chute des prix du carbone qui a assombri le marché mondial du carbone et sur le Système communautaire d'échange de quotas d'émission (SCEQE).
Sandrine Dixson-Declève, la directrice du Corporate Leaders Group (CLG) du Prince de Galles, a déclaré à EURACTIV qu'elle souhaitait que la Commission fasse une proposition solide sur la question du prix du carbone.
Il est important d'« envoyer un message en faveur d'un SCEQE et d'un prix du carbone forts », a-t-elle affirmé. « Nos membres pensent qu'il est nécessaire de retirer des quotas SECQE afin de resserrer le système pour que les prix puissent remonter. »
Le CLG compte parmi ses rangs des géants comme Shell, Alstom et Philips.
Le 20 décembre 2011, le comité de l'environnement du Parlement européen a demandé une modification de la législation de l'UE pour pouvoir mettre de côté des quotas en amont de la troisième phase du SCEQE en 2013.
Le vote du 28 février prochain de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie sera crucial et permettra de décider du volume de quotas qui sera retiré de l'adjudication pour la troisième phase du SCEQE.
Les ministres européens de l'environnement discuteront bien entendu des résultats de ce vote au Parlement. Le projet de conclusions note quant à lui qu'un prix fort sera nécessaire pour les quotas dans la troisième phase du SCEQE, afin d'encourager l'investissement en faveur d'une économie faible en carbone. Le prix actuel des quotas n'encourage pas les investissements autant que prévu lors de l'adoption du paquet climat et énergie ; il est par ailleurs nécessaire de prendre en compte les risques de fuite du carbone, peut-on encore lire dans ce projet de conclusions.
« Il y a beaucoup de choses à prendre en compte », a commenté M. Eickhout ironiquement. « C'est très bien, mais la troisième phase du SCEQE débute l'an prochain, donc la marge de manœuvre devient de plus en plus faible. »
« Nous avons dépassé depuis longtemps le stade des évaluations », a-t-il ajouté. « Il faut agir. »