Un premier instrument de financement pour l’Union pour la Méditerranée
Si 385 millions d’euros ont été mobilisés par la Caisse des dépôts et trois de ses homologues, le nouveau fonds pourrait, d’ici 18 mois, atteindre un milliard d’euros.
Si 385 millions d’euros ont été mobilisés par la Caisse des dépôts et trois de ses homologues, le nouveau fonds pourrait, d’ici 18 mois, atteindre un milliard d’euros.
385 millions d’euros pour l’Union pour la Méditerranée (UPM). Alors que ce projet traverse une grave crise, la Caisse des dépôts et consignations (CDC), et ses homologues italienne, marocaine et égyptienne ont annoncé, mercredi 26 mai, le lancement d’un fonds, baptisé Inframed, destiné aux projets concernant les infrastructures urbaines, l’énergie et les transport rentrant dans le cadre de l’UPM.
Objectif : accélérer la mise en œuvre de l’Union pour la Méditerranée, qui repose essentiellement sur une série de projets régionaux. Parmi eux, on distingue notamment le plan solaire méditerranéen, les autoroutes de la mer et l’université euro-méditerranéenne.
Un groupe de travail, piloté par le directeur général d’Inframed, le Français Frédéric Ottavi, se chargera de sélectionner les projets. «Les premiers projets devraient être examinés d’ici à la fin de l’année», explique le directeur des affaires européennes et internationales de la CDC Laurent Vigier.
La Caisse des dépôts apporte 150 millions d’euros à Inframed, soit autant que l’italienne Cassa depositi e prestiti (CDP). De son côté, la Caisse de dépôt et de gestion (Maroc) contribue à hauteur de 20 millions d’euros, et EFG Hermès (Egypte) verse 15 millions d’euros. Enfin, la Banque européenne d’investissement (BEI) finance Inramed à hauteur de 50 millions d’euros.
«Merci à la BEI de l’effort qu’elle a fait. Elle sera peut-être plus généreuse dans l’avenir, mais merci», a pour sa part ironisé le conseiller élyséen Henri Guaino, également présent lors de la présentation du nouveau fonds.
«Je souhaite que le couple franco-italien soit suivi par d’autres pays européens», a déclaré le vice-président de la BEI Philippe de Fontaine Vive. «La croissance européenne passe par la Méditerranée.» Il s’est félicité que la BEI puisse «passer à une prise de risques supplémentaires grâce à l’arrivée d’investisseurs professionnels».
Les initiateurs d’Inframed comptent faire passer cette enveloppe de 385 millions à 1 milliard d’euros d’ici 18 mois. Mais au-delà, ils souhaitent que ce nouveau type de fonds soit modèle du genre. «Nous n’utilisons pas des ressources budgétaires, qui sont comptées en cette période de crise, mais des capitaux privés», s’est félicité le président de la CDP, Franco Bassanini, ventant l’utilisation d’Inframed pour des investissements «de long terme».
«L’idée est née il y a deux ans, quand la Caisse des dépôts et consignations a fait de la Méditerranée son axe prioritaire de développement régional», a expliqué le directeur général de la CDC Augustin de Romanet.
Conflit israélo-palestinien
Quelques jours après l’annonce du report du deuxième sommet des 43 chefs d’État et de gouvernement, qui devait se tenir à Barcelone en juin, la réunion a également été l’occasion pour Henri Guaino de défendre le projet dont il fut l’inspirateur. «Le report du sommet n’est pas une très bonne nouvelle en soi», a-t-il admis. Avant d’ajouter : «Il vaut mieux prendre quelques mois de plus pour réussir le sommet que de maintenir la date coûte que coûte, sans arriver à faire asseoir autour de la table des protagonistes qui ne se parlent plus». Allusion directe aux relations israélo-palestiniennes très tendues, à l’origine du report du sommet de juin.
«Ce fonds est un démenti apporté à tous ceux qui pensent que les difficultés politiques rendent impossible tout progrès. Ils se trompent. Nous en apportons la preuve aujourd’hui», a ajouté M. Guaino.
«L’Union pour la Méditerranée n’est pas seulement faite pour résoudre le problème israélo-palestinien», a pour sa part asséné le ministre du Commerce et de l’Industrie égyptien, Rachid Mohammed Rachid. «Le développement de la région ne peut pas être otage de ce problème», a-t-il indiqué.
Le conseiller de Nicolas Sarkozy a également donné des détails sur la gouvernance du processus, co-présidé depuis juillet 2008 par la France et l’Egypte. «Le prochain sommet nommera les futurs co-présidents», a précisé Henri Guaino, en ajoutant que cette décision serait prise «par consensus», et non à l’unanimité. «J’espère que le sommet règlera aussi les modalités de la présidence tournante», a-t-il ajouté. De fait, la présidence de l’UPM n’a jamais tourné depuis son instauration. Et la volonté de la France de ne pas céder sa place a d’ailleurs suscité l’agacement de quelques uns de ces partenaires européens.
Les difficultés politiques ne risquent-elles pas de rebuter les investisseurs potentiels? «Nous allons montrer que ça marche!», répond Henri Guaino. «Nous pouvons attirer des investisseurs qui ne sont pas issus du bassin méditerranéen», a-t-il ajouté, en faisant allusion aux pays du Golfe. «Nous allons les attirer parce que nous allons leur faire gagner de l’argent», a renchérit Augustin de Romanet. Une question sur laquelle auront l’occasion de revenir les participants du premier forum économique sur l’investissement au sein de l’Union pour la Méditerranée, qui se tient jeudi 27 mai à Marseille, en présence, notamment, de la ministre de l’Économie Christine Lagarde.