Un sommet européen pour rendre la réduction des déficits plus "intelligente"

Les chiffres désastreux du chômage et le mécontentement populaire incitent certains pays, France en tête, à défendre une nouvelle approche des politiques de rigueur. Réponse au Conseil européen des 14 et 15 mars.

EURACTIV.fr

Les chiffres désastreux du chômage et le mécontentement populaire incitent certains pays, France en tête, à défendre une nouvelle approche des politiques de rigueur. Réponse au Conseil européen des 14 et 15 mars.

Renouveler l’agenda économique sans perdre le cap de l’équilibre des comptes publics. Les dirigeants européens évoluent sur une ligne de crête qui sera au cœur de leur rencontre à Bruxelles, les 14 et 15 mars.

Avec l’adoption de plusieurs textes tels que le traité budgétaire, le 6-pack et le 2-pack, les gouvernements européens, de droite comme de gauche, se sont convertis au dogme de la stabilité budgétaire sans que l’embellie économique ne soit au rendez-vous. « Le déficit des 27 pays de l’UE était de plus de 6% il y a quelques années, il sera peut-être de 3% en 2013 », se félicite-t-on à la Commission européenne.

Simultanément, le chômage a pris des proportions alarmantes en Grèce (27%), en Espagne (26,2%), au Portugal (17,6%) et la récession s’est aggravée au dernier trimestre 2012, particulièrement en Italie, Allemagne et Espagne. Depuis l’été 2011, la production industrielle de l’UE se dégrade.

Solde structurel, calendrier, croissance

Les Vingt-Sept veulent donc faire le pari d’une réduction de la dette et des déficits plus « intelligente » fondée sur plusieurs paramètres. En se fondant par exemple sur le solde structurel (dépenses publiques déconnectées de la conjoncture), plutôt que sur le chiffre de 3% de déficit public. Ils comptent également adopter des calendriers adaptés à chaque pays plutôt que de s’acharner sur des objectifs pour l’année 2013 décidés en 2009. Et envisagent enfin de prendre des mesures « favorables à la croissance » mêlant investissements et réformes structurelles.

Le registre de l’austérité, gage de « crédibilité » pour les gouvernements, a sapé la confiance des citoyens dans le projet européen, et ces derniers ne manquent pas de le faire savoir à chaque élection.

D’où l’inflexion que l’UE pourrait donner, après l’avoir amorcée au profit de plusieurs pays : la Grèce, l’Espagne et le Portugal bénéficient d’échéances plus longues, lesquelles seront sans doute prolongées, la France chemine vers un report d’un an et des dérogations pourraient aussi être concédées à la Slovénie.

L’Europe est perçue comme celle qui « impose l’austérité. Or, si cette stratégie est mise en œuvre, ce n’est pas du tout l’austérité », explique-t-on à l’Elysée. Des aménagements vécus diversement dans l’UE : légitimes pour les pays qui ne souhaitent pas « ajouter l’austérité à la récession », selon la formule habituelle du ministre de l’Economie Pierre Moscovici, ils constituent d’intolérables coups de canif par les pays plus orthodoxes.

« Clash idéologique »

« Nous devons faire attention parce que les partisans du non-respect du pacte de stabilité sont de sortie une fois de plus », a déploré la semaine dernière Rainer Brüderle, ex-ministre d’Angela Merkel et actuel chef de file des libéraux au Bundestag. « Y aura-t-il un clash idéologique ? » s’interroge un diplomate d’Europe de l’Est, cité par Euractiv.com. « Si quelqu’un essaie d’ouvrir la boîte de Pandore en disant que l’UE doit abandonner la voie stratégique suivie, la situation deviendra très délicate et il sera très difficile d’en garder le contrôle », estime-t-il.

L’heure n’est pourtant pas à la remise en cause des textes, mais à la redécouverte des conditions de clémence prévues par le pacte de stabilité : « Il dit clairement qu’on peut étaler l’effort dans le temps », fait savoir un responsable de la Commission européenne. A condition toutefois que le déficit structurel soit en baisse, que la récession gronde et que des réformes d’envergure soient entreprises par les Etats.

Petit à petit, ces « réformes structurelles » montent en puissance dans la hiérarchie des priorités de Bruxelles, contrepartie de la souplesse (relative et très encadrée) sur la résorption des déficits publics.

La France attendue sur les réformes

Une synthèse présentée par la présidence irlandaise la semaine dernière fait état de lacunes persistantes dans leur mise en œuvre. « Il y a seulement eu des progrès limités, voire peu d’engagements, pour alléger le coût du travail, en particulier sur les bas salaires », peut-on lire dans le document.

D’autres efforts sont réclamés, parfois très sensibles politiquement, comme l’alignement des salaires sur la productivité, qui risque d’entraîner une baisse nette de revenus pour les employés d’entreprises peu compétitives.

Bruxelles attend la France sur la rationalisation de ses collectivités locales, qui représentent à elles seules 50% des collectivités européennes, et sur les barrières au marché posées par les « professions réglementées » (coiffeurs, pharmaciens, notaires…)

Les conditions précises du temps supplémentaire que la Commission est susceptible d’accorder au pays restent nébuleuses. Ce n’est pas l’objet du sommet, balaie-t-on à l’Elysée. Une fois connus, les chiffres définitifs du déficit national pour 2012 et les prévisions de croissance de la Commission annoncées au printemps aideront à sceller le sort budgétaire de la France et la consolidation « intelligente » de ses comptes.