Un think tank allemand classe le Kazakhstan comme « puissance moyenne mondiale »
Le Kazakhstan a été classé pour la première fois comme une « puissance moyenne » par un think tank allemand spécialisé dans les relations internationales et les études de sécurité, au même titre que des puissances du G20 comme l'Inde, la Turquie ou le Brésil.
Le Kazakhstan, pays enclavé d’Asie centrale avec une population de 20 millions d’habitants, a été classé pour la première fois comme une « puissance moyenne » par un think tank allemand spécialisé dans les relations internationales et les études de sécurité, au même titre que des puissances du G20 comme l’Inde, la Turquie ou le Brésil.
Une étude de l’Institut allemand pour les affaires internationales et la sécurité (SWP), dédiée aux « puissances moyennes » du monde et publiée le 23 janvier, a identifié douze de ces puissances : la Turquie, Israël, l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Kazakhstan, l’Inde, l’Indonésie, l’Éthiopie, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Mexique et le Brésil.
Comme l’expliquent ses auteurs, bien que les douze États soient très différents, ils ont en commun de s’attacher au développement économique, de se préoccuper fortement de la sécurité et de la stabilité et de poursuivre leur autonomie stratégique.
Le SWP a distingué le Kazakhstan en particulier pour sa politique étrangère équilibrée, son positionnement en tant qu’acteur clé en Asie centrale et ses riches ressources, mais aussi pour être un élément clé de ce que l’on appelle le Corridor du milieu.
« Le Kazakhstan dispose d’une multitude de ressources qui ont suscité l’intérêt des États-Unis et de l’Europe : des combustibles fossiles (en particulier le pétrole), des métaux, des minerais et des terres rares. Le pays a un potentiel de production de sources d’énergie verte (hydrogène), pour laquelle l’Union européenne (UE) a montré dernièrement un intérêt grandissant », écrit le SWP.
L’institut allemand a également déclaré que le Kazakhstan misait sur la stratégie Global Gateway de l’UE en tant qu’alternative à l’initiative chinoise des nouvelles routes de la soie (Belt-and-Road initiative).
« Le Kazakhstan se présente comme une passerelle entre l’Est et l’Ouest et, avec le port (caspien) d’Aktau, comme une charnière dans le corridor transcaspien », indique le document.
En matière de politique étrangère, selon le SWP, malgré les relations étroites du pays avec la Russie, le président Kassym-Jomart Tokayev « a critiqué sans équivoque les actions de son homologue russe » dans le contexte de la guerre en Ukraine.
« Il a déclaré publiquement au président Poutine lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg en juin 2022 que le principe juridique de l’intégrité territoriale des États devait prévaloir […] et a clairement affirmé que le Kazakhstan ne reconnaîtrait pas les territoires annexés d’Ukraine », indique le rapport.
D’après le think tank allemand, en trente ans d’indépendance nationale, le Kazakhstan a développé un mode d’action de politique étrangère qui perturbe les prétentions hégémoniques des grandes puissances que sont la Russie, la Chine et les États-Unis, grâce à une coopération sélective avec ces antagonistes géopolitiques.
Cette politique consistant à ne prendre parti pour aucun mais à s’engager avec tous, garantit au Kazakhstan un maximum d’indépendance et laisse la possibilité d’exprimer et de faire appliquer les propres intérêts de l’État, conclut le SWP.
Euractiv a demandé à Roman Vassilenko, vice-ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan, de commenter l’annonce du classement de son pays parmi les puissances moyennes du monde.
Le vice-ministre a insisté sur le multilatéralisme, un élément clé de la politique étrangère de son pays.
« Si nous voulons trouver des solutions durables aux problèmes mondiaux, à une époque caractérisée par une augmentation à la fois de la polarisation et de l’interconnectivité, nous avons besoin d’un multilatéralisme plus robuste », a-t-il déclaré ce mercredi 14 février.
Selon Roman Vassilenko, c’était encore plus important maintenant, à une époque qui a connu un changement notable dans l’équilibre des pouvoirs.
« Maintenant, cette responsabilité n’incombe pas seulement aux « grandes puissances » traditionnelles, mais à un éventail plus large d’acteurs internationaux. Des pays comme le Kazakhstan sont de plus en plus aptes à contribuer de façon fondamentale aux questions géopolitiques, en tirant parti de leurs relations diplomatiques solides et multidimensionnelles, mais aussi de leurs ressources », a déclaré le diplomate.
Il a reconnu que c’était un plaisir d’être mentionné par une institution allemande respectable dans un tel contexte, mais qu’il s’agissait évidemment d’une reconnaissance du rôle du Kazakhstan dans le jeu du pouvoir diplomatique mondial et d’un appel à un engagement plus fort et plus actif.
« Et nous voyons cela à la fois comme une opportunité et une responsabilité. C’est pourquoi nous nous astreignons sans cesse à déployer des efforts pour relancer le dialogue diplomatique autour de questions mondiales primordiales, notamment par le biais d’initiatives comme le Forum international d’Astana, dont la deuxième édition aura lieu en juin. »
Le Forum international d’Astana (FIA) est une version améliorée du Forum économique d’Astana, organisé chaque année depuis 2008. Le changement de nom reflète l’éventail plus large de sujets abordés pendant ce nouveau forum, par exemple le climat, la sécurité alimentaire et énergétique, et son ambition d’attirer des participants de haut niveau du monde entier.
Selon les diplomates, le Kazakhstan a pris la place internationale libérée par la Russie et le FIA remplace le célèbre Forum économique de Saint-Pétersbourg.