Une réaction rapide de l’UE a permis d’atténuer la crise alimentaire
ÉDITION SPÉCIALE / Confrontées à une aggravation des sécheresses et de la crise alimentaire dans la région du Sahel en Afrique l’année dernière, les Nations unies ont reçu une injection soudaine de liquidités de l’UE afin d’apporter une aide alimentaire à 1,5 million de femmes enceintes et d’enfants.
ÉDITION SPÉCIALE / Confrontées à une aggravation des sécheresses et de la crise alimentaire dans la région du Sahel en Afrique l’année dernière, les Nations unies ont reçu une injection soudaine de liquidités de l’UE afin d’apporter une aide alimentaire à 1,5 million de femmes enceintes et d’enfants.
Selon des responsables de l'ONU, la décision de la Commission européenne de transférer 30 millions d'euros de l'aide humanitaire de l'UE au plan d'urgence en nutrition du Programme alimentaire mondial (PAM) a permis d'éviter une crise beaucoup plus profonde, mais a également illustré l'intérêt d'une réponse et d'un financement souples. Une semaine auparavant, l'exécutif européen avait par ailleurs déjà attribué 275 millions d'euros pour le Sahel.
L'office humanitaire de la Commission européenne, ECHO, a transféré de l'argent au PAM afin de fournir de la nourriture d'urgence et des compléments nutritionnels pour les femmes enceintes et les enfants de moins de deux ans en vue d'éviter des retards de croissance et d'autres conséquences sanitaires graves d’une malnutrition sévère », a déclaré Valerie Guarnieri, directrice régionale du PAM pour l’Afrique centrale et orientale.
L'argent a été utilisé afin de s'attaquer à « la malnutrition aiguë et d'éviter que […] les retards de croissance sous-jacents ne se transforment en une crise aiguë et ne l'aggravent ».
La crise du Sahel est loin d'être terminée. Environ 10 millions de personnes sont toujours confrontées à des pénuries alimentaires et 1,4 million de jeunes enfants souffrent de malnutrition, selon des données de l'ONU.
Selon Mme Guarnieri, le Sahel nous montre toutefois l'importance d'une intervention précoce et d'une réponse humanitaire plus vive de la part de l'UE et d'autres donateurs, une demande récurrente d'organisations caritatives.
Les travailleurs humanitaires et les donateurs réagissent souvent trop lentement et demandent une utilisation plus souple de l'aide humanitaire ainsi que des fonds de développement pour répondre aux crises, comme celles au Sahel, celle des réfugiés en Syrie et la forte sécheresse qui a touché plus de 13 millions de personnes dans la Corne de l'Afrique en 2011.
La plupart des donateurs se restreignent à des dons annuels ou pluriannuels, ce qui oblige les comptables à essayer de deviner les besoins en dépenses.
La législation est rédigée de telle façon que les fonds humanitaires sont dans la plupart des cas affectés et ensuite alloués en fonction de critères relativement stricts en matière de temps […] et d'utilisation », a expliqué Mme Guarnieri à EURACTIV lors d'un entretien.
C'est donc assez encourageant, certaines avancées réalisées par l'UE dans le contexte du Sahel [visaient] réellement à inciter l’augmentation de cette enveloppe dans le domaine des ressources humanitaires. Et je pense que certaines étapes prometteuses prises auparavant pourraient se généraliser, je l'espère. »
Des défis budgétaires en vue
La durabilité pourrait à l’avenir constituer un plus grand défi que la souplesse budgétaire.
Même si la Commission, le Conseil et le Parlement n'ont pas encore conclu un accord sur le budget 2014-2020, le financement du développement à l'étranger et de l'aide humanitaire devrait rester identique ou diminuer.
Dans le même temps, peu d'États européens devraient respecter leurs engagements en matière d'aide au développement, ce qui pourrait éventuellement mettre à mal les promesses de l'UE envers les pays les moins avancés. Dans sa nouvelle communication, la Commission s'est engagée à placer l'enfance et la nutrition maternelle en bonne place dans ses programmes alimentaires et sanitaires.
Les commissaires Andris Piebalgs et Kristalina Georgieva, respectivement en charge de l'aide au développement et de l'aide humanitaire, ont promis de lutter contre des coupes budgétaires. Ils ont également mentionné des défis et les engagements de l'UE dans les pays en développement et les zones de conflit.
« Si la proposition de la Commission était réduite, la question serait : le domaine de l'aide humanitaire serait-il réduit davantage ? Je ne l'espère pas, car nous faisons confiance aux faits et selon les faits, le budget de l'aide humanitaire est minuscule. Il représente 0,62 % [du budget total de l'UE], mais avec cet argent, nous aidons 150 millions de personnes. Pour ces personnes, il s'agit de la chose la plus importante que font la Commission et l'Europe », a déclaré Kristalina Georgieva lors d'un entretien récent avec EURACTIV.
Le financement est une préoccupation importante pour le PAM, dont un quart des contributions en matière d'opérations humanitaires provient de l'UE. L’ensemble des contributions de la Commission et des États membres s’est élevé à 1,63 milliard d’euros en 2011 et en 2012.
Mme Guarnieri est en charge depuis février des opérations du PAM en Afrique orientale. Lorsqu'EURACTIV lui a demandé ce que l'UE pouvait entreprendre pour faciliter son travail, elle a répondu : « J’envisagerais une législation qui permette et impose la souplesse dans l'utilisation des ressources. Nous devons donc abattre le mur entre l'humanitaire et le développement.
« Cela complique davantage un travail déjà difficile si nous disposons de structures différentes si nous ne pouvons pas investir et nous engager à plus long terme dans ces pays et régions […] où nous avons l’occasion de soutenir les populations dans le temps et de les rendre plus résistantes. »